UQAMLes étudiants qui portent conseil

Ils ont comme devoir de représenter sur le conseil d’administration les quelque 42 000 Uqamiens touchés par les décisions des têtes dirigeantes de l’Université
Laurence Philippe Laurence Philippe4 avril 20185 min

Nadia Lafrenière et Samuel Cossette sont les deux seuls étudiants à avoir eu accès au conseil d’administration de l’UQAM au cours des trois dernières années. Les deux délégués terminent un mandat qui s’est amorcé dans la turbulence et qui a nécessité plusieurs confrontations.

Les deux étudiants, nommés à l’automne 2015, ont eu droit à une arrivée difficile autour de la table. « Au début, j’avais l’impression qu’on était plutôt perçus comme étant très dérangeants. On était là et [les membres du conseil d’administration] devaient faire avec parce que c’était le règlement, mais ça ne leur plaisait pas vraiment », raconte Nadia Lafrenière, étudiante au doctorat en mathématique.

Selon Lise Bissonnette, présidente du conseil d’administration de 2013 à 2018, les deux représentants étudiants ont bien rempli leur mandat, consistant à rappeler aux membres du conseil comment certaines décisions peuvent affecter la vie étudiante. « On pouvait être en désaccord avec leur analyse, mais ils ont toujours bien porté leurs points », explique-t-elle.

« C’est essentiel que les personnes qui vont se présenter au conseil d’administration s’engagent à être des délégués des étudiants et des étudiantes, souligne M. Cossette, étudiant à la maîtrise en communication. C’est dangereux que les étudiants le fassent [en leur nom personnel] parce que le principe de délégation, c’est de discuter des enjeux pour les étudiants afin qu’ils soient portés au conseil d’administration. »

« Leur avantage est d’être sur le terrain. Ils sont véritablement en contact avec les réalités quotidiennes des étudiants », appuie le délégué du Syndicat des chargées et chargés de cours de l’UQAM (SCCUQ) Alain Gerbier. Il expose un déséquilibre face aux représentants du milieu académique et membres administratifs, plus nombreux autour de la table.

« Il y a une relation plus difficile entre les membres externes et les gens de la communauté parce qu’on ne provient pas du même milieu et parce que nos approches sont différentes », explique M. Cossette.

« On a plus de légitimité dans les points qu’on défend parce qu’on a l’appui des associations [facultaires] », fait valoir Nadia Lafrenière. C’est ce qui évite un changement de position de leur part malgré la pression de certains membres du conseil, pense-t-elle.

Alain Gerbier déplore néanmoins que les dissidences au sein des représentants académiques, parfois ouvertement exprimées, ne modifient pas nécessairement les décisions finales.  

Image à redorer

Lors du printemps 2015, les prédécesseurs de M. Cossette et Mme Lafrenière ont été renvoyés par la direction avant la fin de leur mandat pour avoir pris part à certaines manifestations perturbantes contre l’austérité.

À l’époque, les deux nouveaux délégués ont dû redorer le blason de leur rôle. Les relations entre les étudiants et les membres du conseil d’administration étaient très tendues, explique Mme Lafrenière. « [Les membres] comprenaient dans quel contexte on se présentait et ils savaient qu’on se positionnait contre plusieurs décisions qu’ils avaient prises dans la dernière année. On n’arrivait pas là avec la meilleure image », ajoute-t-elle.

Avec le temps, les deux étudiants ont réussi à s’imposer et à se faire entendre lors des réunions. « Ce qui a changé, c’est qu’on sent que les gens ont compris qu’on n’était pas là juste pour déranger, mais pour défendre les intérêts des étudiants et des étudiantes. On ne veut pas se faire dire de se taire », mentionne Nadia Lafrenière.

Si après un an au sein du conseil d’administration les deux étudiants notaient un manque de transparence de l’instance administrative face à la communauté universitaire, ils remarquent un changement positif à l’approche de la fin de leur mandat.

« Le fait qu’on pose souvent des questions et qu’on écrive des rapports publics à chaque rencontre met de la pression sur la direction. Ça fait en sorte qu’il y a beaucoup moins de documents confidentiels et que les membres doivent mieux se justifier lorsqu’ils imposent la confidentialité sur une information », soutient Mme Lafrenière.

Ils racontent avoir été menacés plusieurs fois d’être traînés devant le comité de déontologie de l’UQAM par les membres externes et par la direction.

Complicité durable

Le devoir des étudiants sur le conseil d’administration est de faire en sorte que les membres se sentent surveillés, de manière à ce que leurs paroles puissent être reprises contre eux, rapporte Samuel Cossette. « Le rôle des étudiants, c’est le rôle de chiens de garde », enchaîne Nadia Lafrenière. « Parfois, si des détails nous avaient échappé, ils nous les signalaient », se rappelle Lise Bissonnette.

Lorsque la complicité professionnelle entre les deux délégués est relevée, ils approuvent, sourires en coin. « Nadia, c’est les yeux et la raison. Elle ne manque aucun détail, autant dans les documents qu’aux réunions. Elle réussit aussi à moins se fâcher que moi », note M. Cossette.

En éclatant de rire, Mme Lafrenière explique à son tour que le point fort de son collègue est « sa capacité à s’indigner au bon moment ». « Parfois, je me trouvais trop posée et j’étais contente que Samuel soit là pour bien représenter les étudiants », ajoute-t-elle.

« Ils étaient différents dans leur analyse, mais très proches dans les positions qu’ils prenaient. Ils se complétaient bien à cet égard, ça m’apparaissait clair », remarque l’ex-présidente du conseil d’administration.

Bien que seulement 3,56 % des étudiants de l’UQAM aient voté pour eux en 2015, les deux délégués n’ont cessé de militer en faveur des intérêts étudiants dans le but d’en rejoindre le plus possible.

C’est d’ailleurs une vision qu’ils souhaitent que les futurs représentants étudiants, qui seront nommés le 17 avril, reprennent en main.

photo: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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