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Des critères financiers et moraux ont soulevé les passions au sein du comité de sélection de l’UQAM dans l’attribution d’un espace commercial au Ginkgo, nouveau café-bar qui a ouvert ses portes le 4 septembre.

En décembre 2016, le bistro Sanguinet fermait ses portes pour des raisons financières, forçant l’UQAM à relouer l’espace. Parmi une vingtaine de propositions, le concept du café-bar Ginkgo a été retenu. « C’était un espace assez convoité. Nous avons issu un comité de sélection en début d’année, rencontré une dizaine de groupes et fait un choix à l’unanimité », raconte le directeur du Bureau des transactions immobilières de l’UQAM, Alain Milette.

Le co-représentant étudiant au conseil d’administration Samuel Cossette offre un discours aux antipodes de M. Milette. « On avait argumenté beaucoup contre cette location-là. Il y a eu beaucoup de discussions au conseil d’administration, beaucoup de critiques ». Il ajoute que  la co-représentante étudiante au conseil d’administration Nadia Lafrenière et lui-même n’étaient pas les seuls à s’opposer au projet.

Lors de l’attribution d’un local, l’identité uqamienne se présenterait comme une priorité. « Nous voulons louer à des commerçants qui rejoignent les valeurs de l’UQAM et les besoins de notre communauté, affirme Alain Milette. On veut louer à des compagnies qui vont desservir nos étudiants, employés et professeurs », ajoute-t-il.

Le Ginkgo a entre autres été choisi au détriment d’un projet soumis par le Groupe de Recherche d’Intérêt Public (GRIP), qui s’intéresse aux enjeux socio-écologiques auxquels fait face la communauté uqamienne. L’association étudiante, qui a su mettre la main sur un autre local depuis, met sur pied une coopérative vendant les récoltes de producteurs maraîchers avoisinant l’île de Montréal. Pour le coordonnateur administratif du GRIP-UQAM, Michael Brophy, l’aspect « un peu moins conventionnel » de l’entreprise, qui visait à évaluer des « pratiques de gestions alternatives », aurait nui à leur proposition. 

M. Cossette, étudiant à la maîtrise en communication, a également confié au Montréal Campus que l’association étudiante de l’École des Sciences de la Gestion (AéESG), représentant la clientèle principale du café-bar Ginkgo, prévoit boycotter le nouveau locataire.

Le co-propriétaire du Ginkgo, Amilouis Bujold, souhaite attirer à la fois les étudiants et la clientèle habituelle du Quartier latin avec son nouveau café-bar.
Le co-propriétaire du Ginkgo, George Ejeil, souhaite attirer à la fois les étudiants et la clientèle habituelle du Quartier latin avec son nouveau café-bar.

Encaisser et valoriser

L’enjeu financier pèse lourd dans la balance, croit M. Cossette. « On considère que quand il y a des projets menés par des groupes étudiants, particulièrement de l’Université, ils devraient être priorisés. Ce n’est pas ça qui s’est passé. L’UQAM est allée selon une liste de critères principalement financiers », raconte M. Cossette. Il soutient cependant qu’il y a eu « ouverture de l’administration » au projet.

M. Milette souligne que cette importance accordée aux revenus joue en faveur de la communauté universitaire. « Tous les gains et revenus sont redistribués dans la communauté pour financer des installations et des projets, explique-t-il. Il y a des joueurs comme COOP UQAM. Ils sont à la fois partenaires et donateurs. Ils donnent beaucoup d’argent en bourse pour les étudiants ».

Pour la directrice de la division des relations avec la presse à l’UQAM, Jenny Desrochers, le projet déposé par le Ginkgo concordait avec l’exigence de zonage commercial exigé par la réglementation municipale et répondait aux demandes du comité de sélection mis en place à l’hiver dernier afin de trouver le remplaçant du Bistro Sanguinet. « Le nouveau locataire des lieux devait avoir des moyens financiers suffisants afin de mettre à jour les équipements et restaurer les lieux », dévoile-t-elle, ajoutant que l’UQAM n’accorde aucune aide financière à la viabilité du projet.

Le co-propriétaire du Ginkgo, Amilouis Bujold, ne mise pas uniquement sur la communauté étudiante pour faire prospérer son entreprise.  « On a créé une valeur ajoutée à l’endroit afin d’attirer une clientèle plus vieille. On veut englober tout ce qui se passe dans le coin et devenir une plaque tournante du quartier. Pour les déjeuners, les dîners, les soupers, on veut que les gens pensent à nous », soutient-il.

« L’UQAM est basée sur des valeurs de critique et d’engagement social. C’est une université qui depuis sa création […] a refusé l’image de la grosse boîte qui se veut ancrée dans l’action et dans la communauté », décrivait le co-représentant étudiant au conseil d’administration de l’UQAM Samuel Cossette en entrevue téléphonique avec le Montréal Campus.

 

Avec l’aide de Laurent Lavoie

photos: MARTIN OUELLET MONTRÉAL CAMPUS

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