Le Montréal Campus a compilé et analysé les statistiques d’inscriptions de l’UQAM des cinq dernières années selon le sexe des étudiants. En moyenne, plus de femmes s’inscrivent à l’Université que d’hommes, mais certains programmes présentent toujours des disparités de genre impressionnantes.

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Six des sept facultés affichent un taux de femmes supérieur à 50%: l’École des sciences de la gestion (ESG), sciences de l’éducation, communication, arts, sciences humaines ainsi que science politique et de droit. En queue de peloton, la Faculté des sciences affiche un taux de 37%. Une statistique qui demeure la même depuis cinq ans.

Cette situation ne surprend pas la directrice de l’Institut de recherches et d’études féministes de l’UQAM (IREF), Rachel Chagnon. «Il y a des enjeux systémiques qui ne changent pas», explique-t-elle. Selon la professeure, la société de libertés individuelles est aveuglée face au sexisme toujours latent. Si le message véhiculé est que tous peuvent réussir pleinement, les femmes se dirigent malgré tout vers des domaines moins valorisés, souligne Rachel Chagnon.

La chercheuse s’inquiète tout autant de la sous-représentation des hommes dans le milieu universitaire en général. Elle pointe du doigt le système d’éducation jugé trop «autoritaire» et les disparités sur le marché du travail. «Il faut se poser deux questions, souligne-t-elle, est-ce que la façon d’enseigner prédispose mieux les femmes? Et pourquoi, sur le marché du travail, une femme doit être systématiquement plus diplômée pour avoir droit au même salaire moyen qu’un homme?»

Le cas des sciences

Bien au courant que sa Faculté fait piètre figure au classement, le doyen Luc-Alain Giraldeau a commandé en février dernier une étude à l’IREF pour tenter d’expliquer la faible présence féminine aux cycles supérieurs. «On a eu des rencontres avec l’IREF mais pas de retour, raconte le doyen. Moi j’étais prêt à mettre des assez bonnes bourses pour qu’ils fassent l’étude.»

Pour sa part, l’Institut de recherches explique les retards par un imprévu avec l’étudiante devant réaliser l’étude. «[Le dossier] a malheureusement peu avancé car l’étudiante pressentie pour le contrat n’a finalement pas pu l’accepter. Mais le projet devrait normalement débuter à l’automne», explique Rachel Chagnon.

En mars dernier, le Montréal Campus soulignait aussi que la sous-représentation des femmes se faisait sentir au sein du corps professoral de la Faculté.

Des cas précis permettent toutefois de nuancer un peu mieux le «boys’ club» que semblent être les sciences. C’est le cas de la biochimie, où les femmes tirent leur épingle du jeu. Au baccalauréat, elles représentent en moyenne 62% des inscriptions depuis cinq ans et ce taux grimpe à 71% à la maîtrise pour redescendre à 49% au doctorat.

À titre de comparaison, le domaine de l’informatique est tout à l’opposé: 12% en moyenne de femmes au baccalauréat, 29% à la maîtrise et 15% au doctorat.

Surreprésentations féminines

Certains domaines, au contraire, affichent une forte présence de la gent féminine. En éducation, 80% des inscriptions sont effectuées par des femmes. Ironiquement, bien que les étudiantes soient sous-représentées à la Faculté des sciences (37%), un peu plus de la moitié des inscriptions en enseignement au secondaire des sciences (54%) et des mathématiques (59%) sont de femmes. «On reconnaît les compétences des femmes en éducation, explique Rachel Chagnon. [Les sciences appliquées] c’est un monde matériel et de construction donc réservé aux hommes.»

Du côté des arts, des domaines comme l’histoire de l’art atteignent une représentation de 87% au doctorat et le baccalauréat en danse est composé à 90% de femmes, en moyenne.

Mais qui dit plus de doctorantes ne signifie pas nécessairement plus de femmes professeures. À titre d’exemple, le Département d’histoire de l’art de l’UQAM affiche presque la parité au sein de son corps professoral malgré une majorité écrasante d’étudiantes au doctorat.

Au-delà des chiffres se cachent des histoires d’étudiantes et d’étudiants. Le Montréal Campus vous propose donc un survol des réalités vécues dans quatre domaines bien distincts: celle d’étudiantes finissantes au baccalauréat en sciences économiques, un milieu à forte majorité masculine, celle d’un étudiant au baccalauréat en danse, un milieu à forte majorité féminine, et celle d’étudiantes aux baccalauréats en informatique et en biochimie, le premier programme hautement masculin et le second, rare, paritaire.

Photo: Alexis Boulianne

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