À la uneCultureJ’aime Hydro: les cœurs qui balancent

Sarah Daoust-Braun6 septembre 20162 min

Un amour parfois sincère, parfois désavoué, mais surtout, à degrés variables, profondément ancré en nous. C’est le constat que dresse la comédienne Christine Beaulieu au terme de son enquête sur la relation entre les Québécois et Hydro-Québec. Elle livre les trois premiers épisodes de sa réflexion, intitulée J’aime Hydro, au Théâtre La Licorne jusqu’au 10 septembre.

On ne peut s’empêcher d’être charmé par l’approche franche et honnête de l’artiste, qu’on a pu voir entre autres dans le film Le Mirage de Ricardo Trogi, qui avoue qu’à l’époque elle n’était pas particulièrement conscientisée aux enjeux liés à la société d’État. Les choses changeront en cours de route lorsqu’Annabel Soutar, la directrice artistique de la compagnie de théâtre documentaire Porte Parole, lui confira en 2014 les rênes d’une nouvelle pièce qui souhaite savoir si le « pacte social » entre les citoyens et Hydro-Québec tient toujours.

C’est ici que débute l’aventure de Christine Beaulieu, enfilant le chapeau de détective, qui fait peu à peu la rencontre de plusieurs intervenants rattachés au dossier de l’hydroélectricité, de Roy Dupuis à Pierre-Luc Desgagné, vice-président des Affaires corporatives et secrétaire général à la société d’État. « Pourquoi on ne récupère pas au lieu de produire? » s’interroge-t-elle par rapport au controversé projet de La Romaine, qui engrangerait à terme un surplus d’électricité.

Les épisodes 1, 2 et 3 de J’aime Hydro sont portés par tout l’humour, l’innocence et la soif de comprendre de la comédienne sans parti pris, qui réussit dans ses textes à équilibrer les discours entre les divers camps. Surtout, c’est le questionnement constant de cette dernière sur sa démarche — avec les peurs, les craintes, l’enthousiasme qui l’accompagnent au fil de ses entrevues, de ses participations à des audiences publiques et de sa visite d’un barrage — qui fait la force de l’œuvre.

Sur scène, l’actrice peut compter sur la présence du talentueux Mathieu Gosselin, qui incarne presque tous les personnages, et du concepteur sonore Mathieu Doyon dans une mise scène minimaliste mais efficace signée Philippe Cyr.

« Parce qu’Hydro-Québec nous a un jour rendus “Maîtres chez nous”. […] Et parce qu’une fois que j’aime je ne peux plus être indifférente », lance Christine Beaulieu dans une prose simple et sensible. Celle-ci, tout comme nous, ne peut rester de marbre face à Hydro-Québec, qui charrie et contrarie nos cœurs un peu toujours.

4/5

La pièce J’aime Hydro (épisodes 1, 2 et 3) est à l’affiche jusqu’au 10 septembre au Théâtre La Licorne. Les épisodes 4 et 5, actuellement en cours de création, seront présentés du 4 au 15 avril 2017 à l’Usine C. Il est par ailleurs possible d’écouter à distance, en direct et gratuitement, les représentations du spectacle jusqu’au 10 septembre.

 

Photo : Porte Parole

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