À la uneCultureUne cueillette qui porte ses fruits

Avatar Geneviève Jetté2 septembre 20163 min

Le groupe hip-hop québécois Alaclair Ensemble amorce la rentrée avec un nouvel opus intitulé Les Frères Cueilleurs. Album nostalgique, moins dansant, mais avec une graine de maturité s’harmonisant aussi bien avec des soirées Olé! Olé! que mélancoliques. Un album complet qui se dépose comme une pomme rouge et juteuse sur le bureau de ses admirateurs et admiratrices en ce début d’année scolaire.

L’époque du synthétiseur et des parodies lyriques est terminée pour le groupe, ou presque. Avec Frères Cueilleurs, le collectif bas-canadien offre des rythmes de qualité exécutés avec plus de précision qu’auparavant. Les sons des derniers albums semblaient avoir été créés par six membres qui blaguaient dans leur studio. C’est ce qui faisait leur charme, en même temps. Avec les treize chansons des Frères Cueilleurs, l’auditeur est ailleurs. Il sort des folies créatives pour se retrouver directement dans le ghetto montréalais. Plus l’album avance, plus l’ambiance du hip-hop/rap des années 90 s’installe. La « gang » de minces a évolué, sans dénaturer sa douce folie musicale et lyrique.

Ambiance renouvelée

Les six jeunes hommes aux carrières individuelles prolifiques ont créé tout sauf une œuvre de surface. La musique forme une ambiance plus dense que sur leurs dernières sorties musicales. Ouvrant le bal, la chanson Coucou les coucous donne le ton à l’entièreté de l’album. Dès le début, l’auditeur est transporté dans une soirée arrosée, où les sons des bouteilles et les différents tons répétant « No smoking allowed » construisent l’habillage sonore avec minutie. Les Bas-Canadiens meublent davantage leur espace sonore. Cet aspect fructifie nettement la qualité de leur son et leur permet de se livrer à d’autres avenues musicales. Par exemple, la piste Fouette rappelle certaines saveurs de jazz, que le collectif s’approprie parfaitement. C’est qui renforcera leurs paroles tantôt nostalgiques et réfléchies, tantôt loufoques.

Paroles inchangées

« Tu peux devenir un avocat, faire mariner des atocas, tu peux chiper sur la véranda, ou ben wiper à Baroda », récite Maybe Watson dans la chanson groovy DWUWWYL (Do What U Want With Your Life). Rien de nouveau pour Alaclair Ensemble. On reste toujours dans un esprit de gamins qui déconnent ensemble. Ce qui ne déçoit pas, mais ne surprend pas les admirateurs pour autant. Leur chanson Les infameux, composée de références évidentes à la chanson The Next Episode de Dr. Dre entre autres, transporte l’auditeur comme s’il était dans un sous-sol en train d’écouter de la musique en pleine crise existentielle. Les paroles des Frères Cueilleurs sont teintées de nostalgie et de remises en question. Sujets qui diffèrent des morceaux des albums précédents, il faut le dire. Reste que ces maigres changements dans leurs paroles ne présentent pas un groupe qui a voulu faire peau neuve. Simplement un groupe qui maintient un style singulier et frais.

Comme une pomme croquante, fraîchement cueillie : même si on connaît son bien goût, elle satisfait toujours le cueilleur.

*** ½

Coups de coeur :

  • Bazooka Jokes : pour la partie à Eman
  • Humble French Canadiens et Ça que c’tait : pour des rythmes enlevants

Coucou les coucous et Alaclair High : pour les meilleures ambiances sonores

Photo: Bandcamp Alaclair Ensemble

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