À la uneCultureAnne Hébert en quatre voix

Avatar Émilie Lavallée15 septembre 20163 min

« Clara, ne reste jamais en retrait de ce que tu veux », dit Mademoiselle. Cette phrase guidera toutes les actions de Clara au fil de la pièce qui porte le même nom. Une œuvre, présentée à l’Espace GO, où s’entremêlent deuil, injustice, solitude, regrets et perte de l’innocence.

La pièce commence avec un bébé naissant dont la mère est décédée. Son père, qui doit vivre avec le deuil de sa femme, ira s’établir à la campagne à l’écart du village. En raison de cet isolement, à dix ans, Clara ne sait ni lire ni écrire. Mademoiselle, la professeure du village, décide alors de visiter le père de Clara pour lui proposer d’enseigner à sa fille. Cette dernière se révèle être une jeune fille très intelligente qui apprend plus rapidement que les autres enfants. Mademoiselle lui enseignera tout ce qu’elle sait avant de succomber à une douloureuse maladie. À la suite de quoi Clara tombera sous le charme d’un mystérieux lieutenant anglais… 

Cette nouvelle pièce du Théâtre de l’Opsis est une adaptation d’Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais, un bref récit de 96 pages publié en 1995, écrit par l’auteure québécoise Anne Hébert. Cette œuvre, qui est jouée à quatre voix, a été créée pour la scène par Pierre Yves Lemieux et mise en scène par Luce Pelletier. Les personnages interprétés par Alice Moreault (Clara), François-Xavier Dufour (le lieutenant), Émilie Bibeau (Mademoiselle) et Étienne Pilon (le père), sont souvent amenés à faire de la narration, ce qui rappelle aux spectateurs les fondements littéraires de l’œuvre. L’utilisation de ce procédé sert bien la pièce puisqu’elle permet aux spectateurs de mieux se situer dans l’histoire en décrivant les lieux ou encore les saisons qui passent.

En écrivant ce roman, Anne Hébert avait osé traiter de plusieurs sujets qui peuvent être très lourds lorsque mis ensemble. L’auteure y aborde entre autres le deuil et les traces qu’il laisse derrière lui. Pour certaines personnes, il est si difficile à vivre qu’il ne se termine jamais. Le traitement d’une histoire d’amour complexe entre une fille de 15 ans et un lieutenant dans la trentaine brille lui aussi par son audace. Le jeu précis d’Alice Moreault laisse d’ailleurs voir au spectateur la passion, le désir et l’innocence au fond des yeux de Clara, qui s’éprend comme toute jeune fille un peu trop facilement de son premier grand amour.

L’histoire semble se situer au début du 20e siècle que ce soit par les costumes d’époque, le langage dans lequel s’expriment les comédiens ou encore les décors qui évoquent la simplicité dans laquelle vivent les personnages. Tout est fait pour faire voyager le public dans le passé.  

En sortant de la salle, les spectateurs ne peuvent que se sentir ébranlés par ce qu’il vient de se passer devant eux. Même si la pièce ne dure qu’une heure et quart, elle arrive à nous toucher par la beauté des textes évoquant les paysages québécois ainsi que par l’interprétation des acteurs. Souvent, un seul de leur regard suffit à comprendre toute l’émotion que les personnages sont en train de vivre.

4/5

La pièce Clara est présentée au Théâtre Espace Go jusqu’au 1er octobre.

Photo: Marie-Andrée Lemire

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