Une succulente polémique

Tout porte à croire que David Mamet plaît aux Québécois. Après avoir reçu une pluie d’éloges pour sa pièce de théâtre Glengarry Glen Ross, voilà que le réalisateur présente Race. La pièce, diffusée du 17 février au 26 mars prochain au théâtre Jean-Duceppe, plonge sans éclaboussures ni clichés le spectateur dans une polémique raciale.

L’action se déroule dans un bureau d’avocats. Henry Brown (Frédéric Pierre) et Jack Lawson (Benoît Gouin) sont deux avocats de renommée. Sollicités dès le départ par Charles Strickland, un homme d’affaires fortuné (Henri Chassé) accusé d’agression sexuelle et de tentative de viol, les deux hommes se questionnent quant à la véracité des faits avancés par leur client.

Pour ceux qui croient assister à une représentation identique de l’affaire Dominique Strauss-Kahn (DSK), l’homme accusé de viol au premier degré et d’agression sexuelle, détrompez-vous. La pièce de théâtre, créée sept ans avant la polémique entourant le politicien français, amène le spectateur sous des cieux totalement différents. À un certain point, l’intrigue de l’homme d’affaires devient même passagère.

La péripétie liée au riche personnage se complexifie et transporte les spectateurs vers une toute autre dimension: le racisme. La secrétaire noire du bureau d’avocats (Myriam de Verger) prend en charge le dossier en questionnant ses deux patrons sur les intentions du client.

Cette secrétaire, plus futée qu’elle le laissait croire, parvient même à se hisser au-delà de l’affaire, tout en faisant ressurgir un côté avare, voire raciste de son patron (Benoit Gouin). D’un coup, la pièce de théâtre s’anime, en ajoutant au suspense tant attendu une réflexion sur le racisme. Les dialogues percutants surprennent le spectateur. Malgré tant de vélocité, les répliques sont saupoudrées d’humour, ce qui permet d’alléger le contenu de la pièce.

Race offre une vitrine parfaite aux quatre comédiens pour se faire valoir aux yeux des spectateurs. Frédéric Pierre se démarque dans un rôle qui ne laisse pas beaucoup de place à la créativité. L’acteur, qu’on peut voir dans Mémoires Vives, nous montre l’efficacité de son autodidaxie du jeu théâtral en intensifiant le côté rationnel d’un avocat.

La beauté de l’œuvre demeure dans la subtilité utilisée par la metteure en scène Martine Beaulne pour traverser le thème déjà vu du racisme. Race renverse les idées préconçues du spectateur en inversant les stéréotypes de chaque personnage. La symbiose des acteurs dans la pièce est tout simplement renversante.

Photo : Caroline Laberge

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