À la uneSociétéAlimenter l’autisme

Dans son ouvrage intitulé Être et ne plus être autiste (éditions Fides), Nathalie Champoux défend avec difficulté l’hypothèse que les changements récents dans l’exploitation du blé et dans les habitudes alimentaires occidentales seraient les causes centrales de l’apparition de l’autisme chez ses enfants.

Dans son ouvrage, l’auteure relate les évènements marquants de la rémission de ses enfants à la suite de leur diagnostic d’autisme. Elle emploie pour ce faire un langage émotif qui, par des tournures de phrases pseudo-poétiques, nous enlise dans le sentiment plus que dans le raisonnement.

La recension à la semaine près des faits entourant la vie des enfants est teintée d’un vocabulaire qui emprisonne le lecteur dans une spirale émotive. Cela a pour effet de l’éloigner, non sans raison, du véritable message qui veut être diffusé: l’autisme est réversible.

Une argumentation douteuse

Malgré sa tendance à faire appel aux émotions, Nathalie Champoux élabore dans quelques-unes des 181 pages certains arguments pour étayer sa thèse. Cette argumentation met de l’avant, contrairement aux résultats recensés dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM), «que l’autisme n’est peut-être pas un trouble d’origine neurologique, mais plutôt gastro-entérologique.»

L’auteure écrit qu’une augmentation du nombre de diagnostics de trouble du développement a été observée il y a une quarantaine d’années, au même moment où «80% des protéines du blé sont devenues des protéines de gluten». Ceci est le point d’arrimage de l’argumentaire, bien qu’il soit appuyé d’un nombre insuffisant de sources et qu’il omette les liens causaux pouvant expliquer le nombre croissant de diagnostics. On aurait pu mentionner parmi ceux-ci la spécialisation des chercheurs dans ce domaine, ou même l’élargissement de la définition de l’autisme, qui a nécessairement fait augmenter le bassin d’individus suivis pour leur condition. Le reste de l’argument consiste à dire que l’autisme de ses enfants est causé par certain aliments.

Nathalie Champoux veut nous faire croire que l’autisme est guérissable, en plus de se réduire à une sorte «d’infection» alimentaire. Pourtant, les études qui englobent généralement le trouble du spectre de l’autisme (TSA), comme celles menées par la gastroentérologue Karoly Hogarth de l’Université du Maryland, confirment que ce trouble est à la base neuro-cognitif et qu’il a une influence sur la porosité du système digestif.

La situation des enfants de Mme Champoux qui, soudain, «guérissent» de l’autisme n’est pas unique, quoiqu’isolée. Ajoutons à cela que la définition de l’autisme est large et parfois vague, et qu’il est possible que ses enfants aient été diagnostiqués à tort. Un diagnostic si précoce est hors du commun, l’auteur elle-même soulève ce point. Cette nuance, une fois considérée, remet en question la pertinence de l’ensemble de l’oeuvre.

Tourbillon émotif

La force idéologique de ce livre réside précisément et strictement dans l’émotion. En imbriquant l’argumentation avec le récit émouvant de sa famille, le lecteur est pris dans le tourbillon de la compassion, et ne demande qu’à croire, sans pouvoir se poser de questions.

Nathalie Champoux a même l’audace de citer en épigraphe une phrase du philosophe Arthur Schopenhauer, qualifiant son œuvre de vérité, mot particulièrement chargé pour l‘étude d’un cas isolé.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *