À la uneCultureŒdipe, moi

Avatar Alexis Boulianne26 octobre 20153 min

La célèbre tragédie grecque de Sophocle, Œdipe Roi, a subi un remodelage extrême aux mains du candidat à la maîtrise en théâtre Ricard Soler i Mallol, dans un “mémoire-création” présenté vendredi et samedi soir dernier à la salle Alfred-Laliberté de l’UQAM.

Le récit mille fois raconté d’Œdipe, ce roi maudit victime de prophéties macabres et coupable de crimes infects, nécessitait un remaniement particulièrement audacieux pour éviter de sombrer dans une tragique banalité.

Dans la mise en scène de Soler i Mallol, des oreillettes sont remises à chaque membre du public. À travers l’écouteur, Œdipe s’adresse personnellement aux spectateurs tout au long de la pièce. C’est ainsi que la voix du personnage principal est souvent celle de la confidence, du dialogue intérieur, que les autres acteurs ne peuvent pas entendre.

Le public est au cœur de la création, prenant place au milieu de la salle. La pièce se déroule tout autour de cette scène centrale, à travers des vidéos diffusés dans cinq télévisions disposées en pentagone autour de l’assistance, chaque personnage habitant un écran.

Œdipe lui-même est uniquement présent à travers sa voix, que les spectateurs entendent soit dans la salle lorsqu’il parle aux autres personnages, soit directement dans l’oreillette lorsqu’il s’adresse directement au public, devenu par le fait même une part entière de la tragédie grecque.

La création de Soler i Mallol est certes une ode au théâtre classique, entre autres par l’utilisation de l’assistance comme un chœur grec, qui sert d’interlocuteur au personnage principal. Sa scénographie rend également hommage aux amphithéâtres gréco-romains, berceaux du théâtre moderne.

Avant tout, l’Oedipe roi de Ricard Soler i Mallol est une poussée novatrice, résolument contemporaine. L’œuvre délaisse la complexité des textes classiques et y mêle des éléments nouveaux, comme une prestation entièrement délivrée sur vidéo. La mise en scène offre finalement une solution de rechange aux vieux espaces unilatéraux de la dramaturgie du dernier siècle.

Le véritable coup de maître est d’avoir fait du public un acteur silencieux, qui réalise avec effroi, au même rythme qu’Œdipe, qu’il est coupable lui aussi des crimes odieux du roi damné.

4,5/5

Photo : Patrice Tremblay

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