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Avatar Guillaume Lepage10 avril 20154 min

À la suite de l’arrestation de 22 étudiants, l’UQAM a été le théâtre de violentes échauffourées le 8 avril. Quelques centaines de manifestants ont occupé le pavillon J.-A.-DeSève pendant plus de huit heures.

En après-midi, des étudiants, certains étant masqués, levaient les cours au palier métro du pavillon J.-A.-DeSève lorsque des gardes de sécurité les auraient violemment interpellés afin de les neutraliser. La direction de l’UQAM a dépêché des policiers du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) sur les lieux de l’escarmouche. Ils ont procédé à l’arrestation de 22 manifestants.

Plusieurs dizaines d’étudiants se sont rapidement massés devant les policiers et gardiens. Scandant sporadiquement des slogans pour décrier la présence policière entre les murs de l’UQAM, la foule estudiantine a promptement exigé la libération immédiate de ses «camarades». «Devant ce que ça représentait d’avoir des policiers dans l’école, je n’ai pas pu faire autrement que de me joindre à la manifestation et de crier mon désaccord», confie un étudiant de science politique, Éric* qui préfère garder l’anonymat.

Une vingtaine de professeurs et de chargés de cours, parmi lesquels se trouvait la présidente du Syndicat des professeurs et professeures de l’UQAM (SPUQ), Michèle Nevert, s’est intercalée entre les étudiants et les forces de l’ordre. Le corps enseignant s’est ensuite ligué pour former une chaîne humaine, solidaire des étudiants attroupés et pour éviter que la situation ne s’envenime davantage. Les escaliers des étages supérieurs du pavillon J.-A.-DeSève, desquels il était possible d’apercevoir la scène, se sont rapidement remplis d’étudiants curieux. «Les professeurs, qui se sont mis entre nous et la police, ont demandé le silence pour appeler le rectorat», indique Éric.

Après plusieurs minutes de climat tendu entre manifestants, agents de sécurité et policiers, le vice-recteur à la Vie universitaire, Marc Turgeon, s’est présenté sur les lieux. Après quelques discussions infructueuses, il a annoncé à la foule estudiantine qu’une délégation formée de professeurs, de chargés de cours et d’étudiants rencontre le recteur de l’université, Robert Proulx, afin de l’exhorter de trouver une solution à l’impasse pour apaiser les tensions. Marc Turgeon a déclaré que le sort des neuf étudiants menacés d’expulsion relevait désormais du comité exécutif.

À la demande du vice-recteur, les policiers ont levé le siège en premier. Les gardes de sécurité leur ont emboîté le pas peu après. Les étudiants massés au niveau métro du pavillon ont ensuite investi le rez-de-chaussée en guise de soutien aux étudiants arrêtés. Réuni dans une assemblée improvisée, l’essaim de manifestants a adjuré le contingent d’ouvrir le dialogue sur les questions de l’injonction, des neuf étudiants menacés d’expulsion et de l’abandon des charges déposées contre les 22 étudiants arrêtés. Un étudiant présent lors de l’évènement se souvient d’une «occupation festive», mais tendue.

La ligne dure

Parallèlement au sit-in, un groupe formé de dirigeants des associations étudiantes, de professeurs et de chargés de cours ont d’abord rencontré Marc Turgeon ainsi que le vice-recteur à la Vie académique, René Côté pour ensuite s’entretenir avec le recteur, Robert Proulx. «Ce qu’on voulait, c’était un signe fort pour désamorcer la crise», indique le chargé de cours à l’École des médias, Alain Gerbier, présent lors des pourparlers. Les membres de la direction se sont ensuite retirés. «Lorsqu’ils sont revenus après une heure et demie, ç’a été une fin de non-recevoir totale», a-t-il laissé tomber. Après plus deux heures d’attente, Michèle Nevert s’est présentée devant les étudiants réunis en cercle à l’entrée du pavillon J.-A.-DeSève pour leur exposer le bilan des négociations. «Ce qui est ressorti c’est que le recteur n’a rien voulu savoir», déplore un étudiant qui a refusé de divulguer son nom.

L’UQAM s’est défendue d’avoir eu recours aux forces policières sur son campus par voie de communiqué, plus tard dans la journée du 8 avril. Le recteur de l’université du Quartier latin «condamne avec force» les agissements «d’une minorité» et que par mesure de sécurité, la direction a fait appel aux policiers du SPVM. «Ce qui nous a guidés dans nos décisions, c’est en tout premier lieu la sécurité et le maintien d’un climat propice à la poursuite des activités académiques», a affirmé Robert Proulx.

Le DS vandalisé

Mécontents de la décision rendue par l’administration, une poignée d’étudiants ont entrepris de barricader les portes d’accès au pavillon J.-A.-DeSève. «Lorsque je suis arrivé, c’était un peu plus agité. Des gens commençaient à vider le mobilier des classes pour bloquer les portes», témoigne Pierre*, aussi étudiant de l’UQAM. Des individus cagoulés ont arpenté les corridors et les locaux du pavillon, vandalisant au passage plusieurs caméras de surveillance et des machines distributrices. Selon les dires de Pierre, deux manifestants se sont ensuite introduits dans les bureaux des Services à la vie étudiante. Sans être en mesure de confirmer la chose, cet étudiant estime que les étudiants sont innocents quant au ravage causé dans le pavillon. «En venir à saccager les bureaux des services financiers, je n’étais pas d’accord avec ça. Je ne voyais pas le message qu’on envoyait avec ça, donc à ce moment je n’étais plus à l’aise alors j’ai quitté», soutient une autre étudiante, Kim*.

Des policiers du SPVM ont reçu l’ordre vers minuit de pénétrer dans le pavillon afin de mettre fin à l’occupation. Plusieurs manifestants avaient déjà quitté les lieux lorsque les policiers sont parvenus à entrer, forcés de fracasser une vitre puisque les portes d’accès étaient bloquées.

*des noms fictifs ont été utilisés parce que les sources craignent des représailles

 

Crédit photo: Alexis Boulianne

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