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Avatar Daphnee Malboeuf9 décembre 20144 min

Devenir forgeron est une ambition en perdition. De moins en moins d’enclumes sont frappées à cause du manque de formation, mais le métier tente tout de même de renaître.

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Surclassés par les nouvelles technologies et le développement industriel, les forgerons se font rares aujourd’hui. Longtemps considérés comme les ouvriers les plus importants de la chaîne des métiers traditionnels, les hommes de forges doivent trouver d’autres emplois pour gagner leur vie. Depuis quelques années, le métier regagne une infime popularité, mais le manque de formation générale empêche les aspirants forgerons de vivre de leur passion.

Les Forges de Montréal est le seul organisme au Québec qui offre un lieu où les artisans peuvent se rencontrer et échanger leurs connaissances. «Nous apprenons tous les uns des autres, ce qui permet de perpétuer le savoir et le retransmettre, rapporte le fondateur des Forges de Montréal, Mathieu Collette. Pour que le métier ne meure pas, il faut former le plus de gens possible et accroître nos connaissances.»

Au Québec, il n’y a aucune formation générale officielle pour ceux qui aspirent au métier. L’entreprise les Forges de Montréal offre, depuis le printemps, un atelier d’initiation à la forge où les apprentis travaillent les techniques de base, la maîtrise du feu, à utiliser les différents outils dans un environnement sécuritaire. Son fondateur recense à ce jour 26 apprentis au total, dont des étudiants de l’Université Concordia en arts, des joailliers et des artisans qui viennent élargir leurs connaissances. La véritable relève se fait toutefois rare lors des fins de semaine de formation. «En ce moment, je dirais qu’il y a environ 80 % de notre clientèle qui est des gens qui veulent ajouter des connaissances à ce qu’ils font déjà, sinon ils viennent tout simplement pour le plaisir», ajoute Mathieu Collette.

Gabriel Northroch s’intéresse à la forge et assiste parfois à ces ateliers. Sa passion pour le médiéval lui fait découvrir les métiers d’antan. «Les vieux métiers sont très importants à préserver pour pouvoir garder une connaissance vivante de ce qui se passait avant», ajoute-t-il. Gabriel Northroch ne compte pas devenir forgeron à temps plein. Comme plusieurs jeunes, il voit plutôt ce travail comme simple passe-temps sans être un futur métier.

Il faut mettre environ trois à quatre ans de travail acharné pour pouvoir exercer le métier de forgeron. Constituer sa clientèle s’avère un défi pour les débutants. «Il y a beaucoup de personnes qui s’intéressent à la forge, mais c’est un métier peu payant, atteste le propriétaire des Forges Urbaines, Luc Lapointe. Être passionné, c’est la prémisse.» Le métier de forgeron a changé depuis l’époque de la révolution industrielle, soutient Mathieu Collette. «Environ 90 % de la forge est maintenant utilisée pour tout ce qui est architectural et tout ce qui est lié à la décoration intérieure, notamment des rampes d’escaliers», atteste-t-il. Toutes les pièces fabriquées par les forgerons sont uniques et prennent parfois jusqu’à une année entière à confectionner. Auparavant, tous les paysans faisaient affaire avec les forgerons, explique Luc Lapointe. La clientèle est maintenant constituée de gens fortunés qui se tournent vers des garde-corps faits sur mesure pour décorer leur demeure. «Il y a deux types de clientèle, précise-t-il. Il y a les gens fortunés qui choisissent plusieurs options sans être regardant sur les coûts, et puis, il y a les gens un peu moins fortunés qui ramassent leurs sous pour s’acheter une pièce et qui prennent les temps de choisir quelque chose qu’ils aiment.»

 

La descente aux enfers

Mathieu Collette croit que la révolution industrielle a tué le métier de forgeron. «Au début des années 1900, les industries ont commencé à procurer aux consommateurs des outils fabriqués à la chaîne», rapporte-t-il. Selon lui, les forgerons sont devenus mécaniciens, quincailliers ou vendeurs, en raison des coûts de production. La plupart des produits sont aujourd’hui fabriqués dans des pays sous-développés, où le coût de la main-d’œuvre est minime. «Les industries vendent des produits qui sont très peu durables, à moindre coût, déplore Mathieu Collette. Les gens achètent des outils de mauvaise qualité, plus souvent, alors que s’ils avaient acheté le produit fait à la main, ils auraient payé plus cher sur le coup, mais moins cher en fin de compte.»

Pour Mathieu Collette, les techniques de forge utilisées il y a 3000 ans fonctionnent toujours. «Le but, c’est de revenir à des méthodes plus simples, plus fiables et plus durables.» Les nouvelles technologies ont écrasé les techniques de base qui ont été oubliées d’année en année, selon Luc Lapointe. «Notre mandat maintenant, c’est d’essayer de les ramener à jour, de refaire valoir les vieilles techniques laissées de côté», enchaîne-t-il.

Le métier de forgeron tente de renaître de ses cendres, notamment en laissant de côté les technologies qui l’ont dirigé vers sa perte. Malgré l’absence de formation générale, les forgerons transmettent leurs connaissances pour encourager la relève à prendre le flambeau et faire rayonner ce métier. En dépit des embûches auxquelles ils sont constamment confrontés, les forgerons passionnés tenteront de raviver la flamme.

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