À la uneUQAMPolitesse : mode d’emploi

Avatar Raluca Tomulescu3 décembre 20144 min

Un guide de civilité compte apprendre les bonnes manières à des étudiants au comportement récalcitrant.

La mi-session bat son plein. Pour son cours d’Introduction à la négociation collective, Gilles Dulude, chargé de cours au Département d’organisation et ressources humaines de l’École des sciences de la gestion (ESG), a une soixantaine d’examens à corriger. Loin d’appréhender le temps que la correction lui prendra, il redoute plutôt la réaction de ses étudiants à la réception de leur copie. Lors de la session d’hiver, l’une d’entre eux l’a qualifié d’incompétent devant tous ses congénères, mécontente de la note qu’elle avait obtenue.Si les enseignants du département sont en faveur de l’adoption d’un guide sur la civilité, l’UQAM s’oppose à son application.

Selon le directeur des programmes de premier cycle en gestion des ressources humaines, Noël Mallette, le manque de respect devient la norme des rapports interpersonnels à l’université. En mars, pour tenter de mettre fin à ce qu’il considère comme un problème endémique, il a proposé au comité de son programme une politique relative à l’obligation de civilité. «J’ai décidé que c’était la fin de la récréation là-dessus», affirme-t-il.

La politique tient en deux pages. Elle condamne les «propos injurieux, grossiers, insolents ou offensants, les gestes de contestation gratuite ou inopportune et les actions impolies ou indélicates » qui peuvent entraver le climat d’enseignement et d’apprentissage. La vice-rectrice aux Études et à la vie étudiante, Diane Demers, s’est toutefois opposée à son application. «Un comité de programme ne peut pas adopter de sanctions à l’égard des étudiants, explique-t-elle. Il existe plusieurs politiques qui couvrent cette réalité, dont la politique 42 sur le harcèlement psychologique.»

Le règlement de Noël Mallette lui confère le pouvoir d’attribuer aux personnes contrevenantes «les sanctions appropriées», qui vont de l’obligation de s’excuser à l’expulsion du programme. Pour que le processus soit valide et équitable aux yeux du juriste de formation, un sous-comité devrait approuver la méthode à employer pour réprimander les comportements plus graves ou les récidives. «Personne ne pense que les gens vont respecter la réglementation sans possibilité de sanctions», s’exclame-t-il, outré de la réponse de Diane Demers.

La vice-rectrice a tout de même tenté de répondre aux doléances de Noël Mallette. Après avoir mené une enquête sur l’occurrence de ces incidents d’impolitesse à l’UQAM, elle a demandé au Service des communications de mettre sur pied une campagne de sensibilisation. La campagne vise à rappeler à toute la communauté universitaire l’importance de tenir des propos et des gestes respectueux. «On a décidé d’inviter tout le monde à avoir une attitude plus positive et plus respectueuse. On n’est pas dans un modèle qui veut punir», précise-t-elle. La position est également défendue par la présidente de l’Association des étudiants en gestion des ressources humaines (AEGRH), Marie- Josée Fréchette. «La politique est très réactive devant des comportements qui sont jugés désobligeants. Il y a un caractère très subjectif à ça», déplore-t-elle.

Effet de meute

Selon les personnes interviewées, le phénomène de cohorte, c’est-à-dire lorsque les étudiants suivent la plupart de leurs cours ensemble, pourrait être à l’origine des impolitesses qui surviennent dans les cours du programme. «Il y a beaucoup de camaraderie. Le phénomène de groupe fait en sorte que les étudiants deviennent de moins en moins gênés de dire leur opinion au professeur parce qu’ils savent qu’ils vont avoir l’appui de leurs collègues», admet Marie-Josée Fréchette. Selon l’étudiante au baccalauréat en gestion des ressources humaines, il arrive aussi que des professeurs ou des chargés de cours soient impolis envers les étudiants. «Moi, j’appelle ça de l’intimidation professionnelle, tranche-t-elle. Des commentaires dégradants comme “ça fait 20 ans que je suis dans le domaine donc j’ai la vérité sur tout”, ça se produit assez fréquemment.»

Lorsqu’elle enseigne à une cohorte, la chargée de cours Lucie Poulin, une collègue de Gilles Dulude, présente son propre code de civilité à ses étudiants au premier cours. Elle insiste sur les échanges respectueux, même dans le cas d’une contre-performance de mi-session, sur la ponctualité, et va jusqu’à interdire l’utilisation de tout appareil électronique dans la classe. «C’est une valeur ajoutée à la qualité de l’enseignement et la dynamique de groupe», se réjouit-elle. La chargée de cours souhaiterait que ce genre de code s’implante à l’échelle de l’université. «Ça n’exclut pas d’en avoir un dans sa classe, même verbal», ajoute-t-elle. Pour Gilles Dulude, il en faut plus que la politique 42 contre le harcèlement psychologique pour encadrer les relations interpersonnelles. «On est mieux d’avoir un programme basé sur le respect, c’est là que ça commence, quand un employé ne respecte pas son supérieur, nuance-t-il. Le harcèlement, ça vient après.»

Noël Mallette pense présenter une fois de plus sa politique relative à l’obligation de civilité au comité de programme, mais en version plus allégée. «La sanction serait simplement une obligation d’excuses», résume-t- il. Quant aux étudiants, ils s’y opposeront tant que les termes utilisés ne seront pas mieux définis. «Le mandat d’un professeur, c’est d’agir en pédagogue, pas en père de famille», conclut Marie- Josée Fréchette.

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