Lundi soir, j’ai assisté à un débat entre trois candidats aux élections provinciales organisé par CHOQ.ca, la radio web de l’UQAM. Le thème : l’éducation et la jeunesse. À une semaine du scrutin, c’était la première fois que j’entendais plus que trois ou quatre mots prononcés à ce sujet de toute la campagne électorale. Seuls des candidats de Québec solidaire (QS), d’Option nationale (ON) et de la Coalition avenir Québec (CAQ) étaient présents pour débattre devant les étudiants. Le ministre de l’Enseignement supérieur lui-même, Pierre Duchesne, a fait faux bond aux organisateurs quelques heures avant le débat après avoir appris l’absence d’un adversaire libéral, nous a-t-on informés. L’éducation, ça ne fait pas partie des «vraies affaires» pour les libéraux, semble-t-il. Quant au PQ, il a encore une fois opté pour la stratégie électorale : s’il n’y a pas de libéraux à planter, ça ne vaut pas le coup de se déplacer.

Antidote 10

Les «vieux partis» ont-ils la mémoire si courte ? On aurait cru qu’avec la grève sans précédent de 2012, cet épisode historique qui a divisé les Québécois bien plus que la charte des valeurs, l’éducation aurait pris davantage de place dans le discours des candidats. Qu’est-ce qu’il va falloir pour qu’on comprenne que c’est un sujet qui tient à cœur aux jeunes ? Oui, oui, vous savez, ces centaines de milliers d’électeurs qui affichent un taux de participation catastrophique aux scrutins électoraux parce qu’ils ne s’intéressent soi-disant pas à la politique ? Et si on commençait par leur parler des choses qui les intéressent, pour voir…

Mais je reviens à ce débat, qui fut davantage une discussion à deux contre un. Les candidats d’ON et de QS, Alexandre Lavallée (Jean-Talon) et Alexandre Leduc (Hochelaga-Maisonneuve), ont discuté avec intelligence et nuance des enjeux reliés à l’enseignement supérieur. Le candidat caquiste, Carl Dubois (Rosemont), a complètement manqué le bateau, lançant des lignes de parti toutes faites et étalant au grand jour sa méconnaissance de plusieurs enjeux ainsi que son manque de réflexion philosophique sur le sujet. Lui qui s’était pourtant présenté comme la référence en matière d’éducation à la CAQ à l’ouverture du débat… on repassera.

Lavallée et Leduc ont parlé de gratuité scolaire, Dubois a parlé d’indexation et de statu quo. Eux parlaient avec passion et éloquence, lui avec monotonie. À la lumière de ce débat, impossible de s’y méprendre : seuls Option nationale et Québec solidaire font de l’éducation un enjeu prioritaire. Eux seuls ont entendu les étudiants en 2012 et ont compris l’importance et les bénéfices sociaux d’investir dans l’enseignement supérieur. Quant au Parti québécois et au Parti libéral du Québec, ils n’ont pas eu le courage de discuter de jeunesse devant des jeunes. Pourtant, l’un comme l’autre a des candidats qui ont beaucoup discuté de ce sujet dans la sphère publique au cours des dernières années. Mais voilà qu’on fait comme si rien de tout cela n’avait existé…

Cette semaine, j’irai voter sur mon campus. Contrairement à d’autres, j’irai apposer mon «X». Peut-être suis-je naïve, mais j’ai encore espoir qu’à un moment donné, si on leur en donne la chance, plein de petits «X» réussiront à faire pencher la balance.

Camille Carpentier

Chef de pupitre UQAM

uqam.campus@uqam.ca

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