À la uneCultureAu voleur!

Avatar Frederic Comeau5 décembre 20134 min

Dissimulée dans la catégorie «autres crimes» aux côtés du vol de bicyclettes, la rapine d’œuvres d’art se fait discrète. Si les musées sont parés pour se mesurer aux cambrioleurs, les galeries et les particuliers restent vulnérables.

Les institutions d’art québécoises tuent dans l’œuf tout scandale sur le vol d’œuvres d’art. Cette culture du secret règne tant dans les musées que dans les galeries. Rien n’est trop cher quand vient le temps de protéger la collection des musées. Systèmes d’alarme, détecteurs de mouvements et caméras de surveillance épient les moindres déplacements et guettent la prochaine entrée par effraction.

La majorité des vols dans les musées sont commis par des employés internes. «Ils volent un petit objet pour se venger de leur employeur dans la plupart des cas», observe l’ex-sergent du Service de police de Montréal, Alain Lafrenière. Les cambrioleurs armés réalisent l’autre partie des vols. Contre des individus, les lieux d’art sont sans ressources. Malgré les demandes du Montréal Campus, les musées sont demeurés muets quant à la fréquence de ces crimes. Sans politiques communes sur la sécurité de ces objets d’art, la méthode employée fluctue d’une institution à l’autre.

Pour protéger les Riopelle, Borduas et Barbeau, tous les moyens sont bons. «Des écrous spéciaux, inaccessibles en magasin, permettent de solidifier l’ancrage des œuvres d’art, lance la cheffe du service de sécurité du Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), Sophie Boucher. Nous utilisons des caméras, des contrôles et des portes démagnétisées à distance pour assurer leur sécurité.» La surveillance s’applique jusqu’à l’installation de l’œuvre, mise en place de façon à rendre plus difficile son décrochage. Certains musées réalisent même des simulations de vols pour identifier les points faibles de leur système et les améliorer, selon Alain Lacoursière.

Le Musée de la civilisation, de son côté, opte pour des mesures de protection propres à la valeur des pièces exposées. Pour les présentations internationales comme ROME. De ses origines à la capitale d’Italie, l’établissement a établi un plan de crise. Ce genre de pratique est en œuvre depuis l’exposition Diamants, il y a 12 ans. Les valeurs monétaire et historique des pièces peuvent en faire une cible pour les groupes internationaux spécialisés dans le vol d’objets d’art. «Nous portons en ce sens une attention particulière à ces expositions même si ces mesures s’inscrivent à contre-courant de l’approche habituelle du personnel», affirme le porte-parole des Musées de la civilisation, Serge Poulin.

Culture du secret

La plupart des artéfacts volés proviennent de collections privées où les mesures de sécurité sont minimales ou inexistantes, remarque Alain Lacoursière. Suivent les galeries qui imposent souvent des mesures de protection sur les objets d’art après un, voire deux vols dans leur collection. Pour éviter de dédommager davantage d’œuvres extorquées, les compagnies d’assurances de ces lieux d’exposition exigent l’installation de mesures de protection. Des mesures qui ne sont souvent pas mises en place adéquatement. «Les responsables de galeries ne sont pas sensibilisés à la possibilité d’un cambriolage», lâche Alain Lacoursière.

Le schéma des vols semble tout droit sorti d’un film d’espionnage. Les pièces de collection dérobées sont accumulées pour régler les dettes du crime organisé, dont la mafia italienne et les Hells Angels, précise Alain Lacoursière. «Nous avons remarqué qu’ils vendent les œuvres au quart du prix qu’elle valent, soutient cet ex-collaborateur d’Interpol France et Canada. C’est plus subtil qu’une liasse de billet.» L’arrestation d’un membre influent de la pègre libanaise, Joseph Ghaleb, a mis à jour ce marché au début du millénaire, considère ce spécialiste des crimes de l’art. Sa demeure contenait une soixantaine d’œuvres volées dans une résidence de Westmount et une galerie de Montréal.

Depuis l’instauration d’Art Alerte en 2006, un service qui informe par courriel près de 150 000 personnes à la suite d’un vol, le taux de récupération des œuvres d’art a bondi de 5 à 7 % depuis les années 1990. «Ça donne des bons résultats, insiste Alain Lacoursière. Il arrive qu’un objet volé signalé le matin soit retrouvé l’après-midi même.» Selon cet ex-collaborateur d’Interpol France et Canada, les musées ont tout intérêt à dévoiler les objets volés le plus tôt possible, sans quoi quelques heures suffissent à les expédier d’un océan à l’autre.

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Les vols connus

Dans la dernière décennie, les musées du Québec ont révélé des informations sur trois vols pour que le public les aide à retrouver les œuvres d’art perdues.

Octobre 2011 : au Musée des beaux-arts, un homme place discrètement deux statuettes de l’époque romaine dans son sac à bandoulière. Les premières informations sur le crime sont divulguées quatre mois plus tard.

21 septembre 2005 : deux pièces archéologiques sont dérobées à Montréal durant une importation d’objets provenant de Libye.

Été 2003 : quatre personnes ont acheté plus de 150 œuvres d’art avec de fausses cartes de crédit dans plus de 45 galeries au Québec. Les individus sont retrouvés et arrêtés, mais les artéfacts dont la valeur dépasse 1,5 M $ n’ont jamais été retrouvés.

Crédit photo: Marc Cramer

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