À la uneUQAML’UQ en perte de vitesse

Avatar Annabelle Caillou10 octobre 20133 min

Si le réseau de l’Université du Québec a permis la démocratisation de l’enseignement supérieur, un demi-siècle plus tard, il entre dans une sévère crise identitaire.

Lors de sa création en 1968, le réseau de l’Université du Québec (UQ) s’est donné comme mission principale de démocratiser et faciliter l’accès à l’enseignement supérieur au Québec. Sa mission accomplie, sa pertinence est maintenant remise en question.

Dans le rapport intitulé L’Université québécoise: Préserver les fondements, engager des refondations, déposé le 11 septembre dernier, les deux co-présidents, Lise Bissonnette et John R. Porter excluent formellement l’idée d’un démantèlement de l’UQ. «Abroger une loi désuète, pour la remplacer par une structure plus adéquate, ne signifie pas et n’a jamais signifié mettre fin à des institutions! Il s’agit au contraire de mieux les servir et les soutenir», souligne Lise Bissonnette. John R. Porter pense, quant à lui, qu’il est primordial de sauver «ce bel esprit de collaboration entre les universités du réseau, tant sur le plan de la recherche que de l’enseignement».

Ils préconisent toutefois, dans le projet de loi-cadre, une refondation du réseau. Le professeur et muséologue estime que les dix établissements, institutions et écoles, qui le composent, ont beaucoup évolué depuis leur création en 1968. «Ils ont atteint une telle maturité qu’ils méritent de bénéficier d’une plus grande marge de manœuvre de la part du siège social», plaide-t-il. Le recteur de l’UQAM, Robert Proulx, salue cette reconnaissance de l’autonomie des universités. «Toutes les universités du réseau, et pas seulement l’UQAM, ont la capacité de se gouverner elles-mêmes», assure-t-il. Il croit aussi que la loi-cadre apportera plus de rigueur et de transparence dans le fonctionnement de chacune des composantes du réseau.

Aux yeux des auteurs du rapport, la structure du réseau «a fait son temps». «Il faut refonder le système de l’UQ et donner un nouveau souffle à ses universités, préconise John R. Porter. Cela nécessite d’interroger la pertinence du siège social qui est une structure très lourde.» Max Roy croit également que la hiérarchie de l’UQ ne répond plus forcément aux besoins actuels. «Les composantes du réseau vont devoir engager de longues discussions autour de la nécessité de maintenir le siège social de l’UQ et des éventuels changements à y apporter», souligne-t-il.

Sur le même piédestal

Le rapport Bissonnette-Porter mentionne également la création future d’un réseau d’établissements universitaires publics, élargi à l’ensemble des universités et non restreint à celles de l’UQ. «Les universités sont toutes financées par le gouvernement du Québec», explique John R. Porter. Cela permettrait, par la même occasion, aux universités de l’UQ d’être traitées d’égal à égal avec les universités dites à charte, qui détiennent déjà une totale autonomie pour gérer leurs institutions. «Autrefois, on considérait que les universités de l’UQ étaient encore jeunes et qu’elles avaient donc moins d’expérience. Maintenant, elles ont de l’ancienneté et peuvent bénéficier de la même renommée que les universités à charte.»

Un réseau nécessaire

Selon le président de la Fédération québécoise des professeures et professeurs d’université (FQPPU), Max Roy, la création de l’UQ a joué un rôle essentiel dans l’enseignement. «Autrefois, seuls ceux qui étaient capables de se déplacer dans les grands centres comme Montréal ou Québec avaient la chance de pouvoir bénéficier d’un enseignement supérieur», rappelle-t-il. L’accessibilité n’est dorénavant plus un problème dans la société québécoise. Le rapport de l’UQ, daté de décembre 2012, intitulé L’accès à l’enseignement universitaire pour toutes et tous, démontre que le nombre de personnes inscrites dans les établissements du réseau a quintuplé depuis sa création, passant de 50 000 à plus de 280 000 étudiants par année sur les différents campus. «En quarante-cinq ans, l’UQ a réussi à pallier ce problème d’accessibilité, elle a rempli sa promesse», reconnaît John R. Porter qui espère voir le réseau revivre de ses cendres.

 

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