À la uneCultureEntre les craques du système

Avatar Audrey Neveu10 septembre 20134 min

Victime de son double statut aux yeux du gouvernement, la Ligue nationale d’improvisation (LNI) tente de faire valoir sa contribution à l’univers théâtral. La LNI et les autres ligues d’improvisation tombent souvent entre deux chaises lorsqu’arrive la saison des demandes de subventions gouvernementales.

Le professeur à l’École supérieure de théâtre de l’UQAM et coresponsable du Centre de recherches théâtrales (CERT), Yves Jubinville, abonde en ce sens. «L’improvisation s’est toujours tenue entre le théâtre et le divertissement populaire», affirme-t-il. Bien que le budget annuel tourne autour des 550 000 $ par année, la LNI ne bénéficie que d’une subvention de 50 000 $ par an et de quelques aides ponctuelles de la part du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ). Malgré l’aide  que procure ce financement, la LNI aurait besoin au minimum du double de ce montant, selon son directeur général, Étienne Saint-Laurent.

«La LNI, c’est une patate chaude: on ne se définit dans aucune catégorie claire», renchérit- il. Au coeur d’une zone grise, la ligue n’est pas favorisée par le système d’attribution des subventions. «Le rôle du CALQ est de donner des subventions aux organismes qui se classent le mieux selon les critères de sélection de chaque programme de subvention», explique le directeur des communications par intérim du CALQ, Christian O’Leary. Celles-ci sont attribuées selon des critères d’évaluation bien précis par un jury de pairs représentant le milieu théâtral. La qualité artistique, le rayonnement et la gestion sont jugés. «Comme on ne satisfait pas ces critères, ça nous a nui», déplore Étienne Saint-Laurent.

Le Conseil des arts du Canada (CAC) refuse quant à lui de subventionner la ligue, car elle ne rencontre pas les critères d’admissibilité de sa catégorie théâtrale. Le côté spontané et l’absence de répétitions en vue d’un spectacle sont des obstacles à l’obtention de subventions dans cette catégorie, croit la professeure d’improvisation à l’école Impro Montréal, Christine Goyer. Épuisée d’essuyer des refus année après année, la LNI n’a pas déposé de demande au CAC l’an dernier.

Yves Jubinville parle plutôt d’une sorte d’entente tacite quant au financement culturel entre les deux paliers de gouvernement, mais qui n’est pas toujours respectée. «Il y a comme un partage des responsabilités du financement de la culture entre le gouvernement du Québec et celui du Canada», explique-til. Ottawa vise le financement de la culture via les infrastructures qui demeurent permanentes, comme la construction d’une salle de spectacle, tandis que Québec favorise davantage l’aide directe aux artistes à la création et à la production, comme le financement d’une pièce de théâtre.

Le CALQ reconnaît de son côté le caractère atypique de la LNI, mais aucun statut particulier n’a été créé pour l’improvisation dans les catégories de subventions, une mesure que l’organisme pourrait envisager. «C’est une demande ambitieuse, mais qui serait légitime compte tenu de notre statut», croit Étienne Saint-Laurent. Pour la ligue, le temps est venu de passer à l’action : des démarches en ce sens pourraient être entreprises prochainement.

Victime de son succès

De plus en plus populaire, l’improvisation a fait des petits et les différentes ligues se sont multipliées durant la dernière décennie. «Il n’y a pas que la LNI qui fait de l’improvisation maintenant», note le professeur de l’École supérieure de théâtre, Yves Jubinville. N’étant plus unique, elle doit se distinguer de ses compétiteurs en plus des divers organismes de théâtre plus conventionnels lors de l’attribution des subventions. «Il n’est pas étonnant que la LNI n’arrive pas à augmenter ses subventions. Le gouvernement doit se demander: si on finance la LNI, pourquoi on ne financerait pas les autres ?», indique Yves Jubinville.

Les subventions font défaut dans tous les secteurs de la culture depuis plusieurs années, fait valoir Christine Goyer. Selon elle, le sous-financement affecte tous les organismes culturels, et ce, sans égard à la qualité de leur production.

«L’improvisation a pris des proportions qui mériteraient qu’on se penche sur une façon de l’appuyer», remarque Yves Jubinville. Exaspérée d’être perpétuellement prise entre deux chaises, la LNI a entrepris de faire reconnaître sa particularité à travers de nombreuses conférences et colloques. L’heure de l’action a sonné, la ligue se démène pour atteindre son but : sortir de l’entre-deux et créer sa propre niche du rire improvisé

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Système D

Malgré diverses tentatives pour obtenir davantage de subventions, la LNI est obligée de financer ses activités à 90 % par sa billetterie et ses interventions dans les entreprises et écoles. La tâche est d’autant plus ardue que la ligue ne dispose pas d’une salle permanente où jouer ses matchs. «Une partie importante de notre budget provient de formations et ateliers que nous donnons auprès d’écoles et d’entreprises. Sans ces revenus, nous aurions de terribles problèmes financiers. On produit déjà nos matchs de saison régulière à perte», explique Étienne Saint-Laurent, directeur général de la LNI. A.N.

crédit photo: Hugues Bergevin

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