UQAMÉternelle étudiante

Avatar Simon Dansereau16 avril 20134 min

Passionnée d’éducation et forte d’un parcours de journaliste et de gestionnaire, Lise Bissonnette revient à l’Université du peuple, là où elle avait commencé sa carrière il y a près de 40 ans.

Par un après-midi ensoleillé dans un café pas trop loin de chez elle, Lise Bissonnette, attablée près des revues porte un veston marine orné des insignes dont elle a été honorée. Malgré cette allure sérieuse au premier abord, elle se dévoile comme une femme volubile au rire communicateur. Enchaînant les projets, la dame de 67 ans est loin de vivre une retraite tranquille. En plus de co-diriger le chantier sur une loi-cadre des universités au Québec, elle a été nommée présidente du conseil d’administration de l’UQAM le 5 mars dernier. Pour celle qui a participé à la genèse de l’institution, il s’agit d’un retour aux sources.

Son objectif global comme présidente du C.A. demeure par- dessus tout que l’Université soit fidèle aux idéaux qui l’ont vue naître à la fin des années 60. «Je veux que l’UQAM reste une université préoccupée par la démocratisation», affirme avec conviction l’ancienne journaliste. Elle n’a toutefois pas de projets précis en tête pour l’institution à court terme. «Présentement, je me familiarise avec les structures de l’Université, car elles ont changé quand même», mentionne-t- elle tout bonnement.

Le lien qui unit Lise Bissonnette à l’UQAM remonte à 1970. À l’époque, elle a travaillé au texte fondateur qui définissait l’essence et les fondements de l’Université. L’UQAM se présentait à ce moment-là comme «critique, créatrice et ouverte au public».

Malgré les progrès considérables en matière de démocratisation de l’enseignement depuis les années 60, Lise Bissonnette pense qu’il reste beaucoup à faire au Québec pour atteindre cet idéal. Ce processus inachevé a des racines profondes, d’après son analyse. «L’accès égal à l’éducation n’a pas encore réussi, parce que beaucoup pensent encore que ce n’est pas pour eux», affirme-t-elle. La démocratisation va beaucoup plus loin que le simple accès à l’Université. Ce processus implique, selon l’intellectuelle, une meilleure valorisation de l’enseignement supérieur de sorte que cette sphère d’études puisse interpeller le plus de gens possible. C’est dans cette optique de libéralisation du savoir qu’elle a accepté, de 1998 à 2009, de diriger le vaste projet de la Grande Bibliothèque. «À défaut d’avoir pu le faire avec l’enseignement supérieur, j’ai pu travailler à démocratiser le savoir avec ce chantier, précise-t-elle, le regard pétillant. Les bibliothèques sont un des plus grands outils de démocratisation de l’histoire de l’humanité.»

Comme Obélix dans sa potion magique, Lise Bissonnette est tombée dans l’éducation quand elle était jeune. «Mes parents n’étaient pas riches, mais tenaient beaucoup à ce qu’on aille à l’école et qu’on réussisse. Si on n’était pas premiers de classe, on le savait», raconte-t-elle. La sixième d’une famille de sept enfants est d’ailleurs entrée en première année à quatre ans, alors qu’elle savait déjà lire et écrire. Après avoir complété une partie du bac ès arts, le diplôme du cours classique de l’époque, elle poursuit des études en pédagogie à l’École Normale de Hull, en 1966, puis en sciences de l’éducation à l’Université de Montréal. Elle ne souhaite toutefois pas devenir enseignante, mais veut plutôt étudier les systèmes universitaires. C’est ce qu’elle fait en allant suivre un doctorat en sciences de l’éducation, à Paris puis à Strasbourg. L’éternelle étudiante poursuit aussi actuellement un doctorat en lettres à l’Université de Montréal.

Libre de diriger

Lise Bissonnette entre au quotidien Le Devoir comme chroniqueur en éducation en 1974. Elle sera tour à tour correspondante parlementaire à Québec et à Ottawa, éditorialiste puis rédactrice en chef. Son patron de l’époque, Benoît Lauzière, veut la rapatrier de Québec à Montréal, ce qu’elle refuse. Elle démissionne le même jour. Après quatre années comme journaliste pigiste, elle reviendra au Devoir en 1990 comme directrice,alors que le journal est en faillite. Elle procède à une restructuration majeure, autant au plan technique que financier. Grande amatrice d’arts visuels, elle tient à ce que le design du journal se distingue. «Je voulais faire un magnifique journal, presqu’une œuvre d’art», se souvient-elle avec passion.

Elle sera également aux prises avec des querelles internes avec le syndicat des employés, au point où à l’été 1993, elle fait fermer le journal durant deux jours pour faire accepter la convention collective. Elle y reste jusqu’en 1998. Malgré tout, son successeur, Bernard Descôteaux se souvient d’elle comme d’une collègue d’exception. «C’est quelqu’un qui a des visions bien arrêtées,mais qui est capable de convaincre du bien-fondé de ses positions. Autant au Devoir qu’à la Grande Bibliothèque, elle a su prouver qu’elle pouvait concevoir des projets et les mener à terme», explique-t-il.

Lise Bissonnette demeure optimiste quant à l’avenir des universités. «Je suis persuadée qu’en réfléchissant ensemble il y aurait moyen d’induire une certaine dose de liberté universitaire dans les programmes qui visent à former des professionnels», conclut-elle avant de retourner à ses nombreuses activités.

Crédit photo: Gabrielle Lauzier

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