SociétéLabeur outre-atlantique

Avatar Marie-Ange Zibi6 mars 20133 min

Les semences sont mises en terre au Québec et germeront de l’autre côté de l’océan. De plus en plus nombreux, les jumelages entre cultivateurs de Lanaudière et du Mali contribuent à redorer la profession agricole.

Claude Houle est un agriculteur qui sort des chantiers battus. De sa voix éraillée, celui qui a remué la terre du village de Saint-Élisabeth, dans Lanaudière, toute sa vie raconte que sa ferme hiberne de moins en moins le froid venu. Il participe à des jumelages agricoles avec les habitants de Sanankoroba, au sud-ouest du Mali, depuis près de 15 ans. Plusieurs volontaires de l’organisme Des mains pour demain prêtent leurs terres en vue d’y récolter des denrées qui seront ensuite expédiées à Sanankoroba. Depuis plusieurs années, de nombreux projets similaires florissent aux quatre coins de Lanaudière.

«Nous mobilisons des agriculteurs, nous cultivons ici-même, puis nous amassons aussi des sous pour qu’on puisse ensuite contribuer là-bas», explique la présidente du comité Des mains pour demain, Solange Tougas. Créé en 1985, l’organisme regroupe plus d’une soixantaine de cultivateurs et agriculteurs – résidents et nonrésidents – du village de Saint-Élisabeth dans Lanaudière.

En 1997, Claude Houle s’est rendu dans le petit village du Mali sous l’initiative de Jeunesse Canada Monde. L’organisme voulait initialement que le village de Saint-Élisabeth accueille de jeunes Maliens. «J’ai essayé de leur montrer quelques techniques utiles que l’on pratique régulièrement ici comme l’embourrure ou l’accumulation de nourriture dans les périodes difficiles», raconte-t-il. Plusieurs allers-retours entre les deux pays s’en sont suivis par la suite. «Je prête ma terre à mes amis du Mali. Parce que nous sommes devenus de vrais amis depuis toutes ces années.» Le jumelage a permis à la région de Sanankoroba de se classer parmi les villages les plus développés du Mali.

Claude Houle a pu constater une réelle différence au cours de ses voyages. «Il y a dorénavant moins d’enfants dans les champs et plus d’enfants sur les bancs d’école», affirme-t-il. Pour lui, il est important de veiller à l’éducation des plus jeunes. «Les habitants de Sanankoroba ont un proverbe qui veut que le développement passe aussi par le Bic», lance-t-il en faisant allusion à la marque de stylo.

Contagion

Au Québec, de telles initiatives citoyennes pourraient être un des facteurs efficaces pour revaloriser le métier d’agriculteur, confirme Solange Tougas. Plusieurs autres communautés de Lanaudière ont rapidement suivi les traces de Sainte-Élisabeth. Depuis 2002, le comité Saint-Félix Coeurs Solidaire a notamment vu le jour à quelques kilomètres, dans le village Saint-Félix-de-Valois. De l’autre côté de l’océan, au Mali, un autre groupe de bénévoles transmet les besoins en matière d’agriculture à la présidente Solange Tougas et son comité. «Nous travaillons constamment ensemble», explique-t-elle.

Les premiers contacts ont été difficiles, admet Solange Tougas. Les habitants du village malien étaient à priori sceptiques lorsque la proposition d’un partenariat leur est parvenue. Leur perception a néanmoins changé. L’idée n’était pas d’y aller à la manière de colonisateurs, spécifie Claude Houle maintenant membre du comité. «Ils nous ont vu labourer la terre de nos mains et travailler de nombreuses heures d’affilée, témoigne le cultivateur. Ils ont vu qu’on venait en tant qu’amis.» À l’heure actuelle, le climat politique tendu au Mali complique l’exécution de nouveaux projets dans la zone de Sanankoroba.

Coup de vieux

La Fédération canadienne des municipalités (FCM) gère le financement de projets agricoles coopératifs. Depuis quelques années, l’implication du FCM dans le projet a considérablement diminué. «Nous avons plusieurs projets similaires dans différentes régions d’Afrique comme le projet de développement de la commune de Banfora au Burkina Faso, se défend la coordonnatrice des projets en Afrique du FCM, Édith Gingras. Il nous est difficile de maintenir le même taux de financement dans tous les projets que nous chapeautons.»

Les initiateurs de projets de coopérative en agriculture comme les membres Des mains pour demain ne semblent pas près de baisser les bras. Mais tous n’ont plus la forme d’antan. «Plusieurs personnes sont dans le comité depuis plusieurs années: éventuellement, ça va prendre une relève, soutient la présidente. Nous travaillons actuellement là-dessus.» En attendant, elle se dit fière de son équipe et nourrit l’espoir que d’autres municipalités en dehors de la zone de Lanaudière agrandissent la famille, de moissons en moissons.

Illustration: Marie-Pier Côté-Chartrand

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