BaromètreNon classéRecettes, poèmes, pêche et autres facéties

Ariane Thibault-Vanasse22 janvier 20132 min

Pour réussir une mayonnaise, il faut mélanger vigoureusement des œufs en versant de l’huile dans un bol. On peut y rajouter un peu de moutarde aussi. Le miracle s’opère quand la mayonnaise prend. L’on observe alors le mariage parfait entre deux ingrédients qui ne s’amalgament pas d’ordinaire. Le livre Mayonnaise d’Éric Plamondon est l’allégorie de ce condiment : des chapitres épars aux réflexions très larges sans tout à fait de liens entre eux. L’unique fil qui unit le livre est Richard Brautigan, auteur américain considéré comme le dernier des beatniks.

À première vue, le livre a davantage l’allure d’un recueil de poèmes, de pensées instantanées rédigées à la hâte. Puis, le lecteur est introduit à Gabriel Rivages. Passionné de Richard Brautigan, Rivages trouvera des similitudes entre sa vie et la sienne. Les deux destins s’entrecroiseront.

Éric Plamondon signe avec le présent récit le second tome de sa trilogie 1984. Par une forme complètement éclatée, il fait la biographie de Brautigan dont il sort de l’oubli. L’exercice de style est des plus intéressants. Alors que certains chapitres sont des passages narratifs dans la plus pure tradition littéraire, d’autres ne sont que des haïkus ou bien des listes hétéroclites. Le livre sort des sentiers battus et c’est rafraîchissant. Racoleur, le style de Plamondon évoque bien toute la complexité et l’étendue de l’œuvre de Brautigan, cette âme tourmentée (il a d’ailleurs passé de nombreux séjours en asile et met fin à sa vie le 14 septembre 1984).

Le fil conducteur est néanmoins mince et se perd rapidement dans les diverses recettes partagées pour une mayonnaise réussie. Le personnage de Gabriel Rivages est aussi vite éclipsé par la figure colossale de Brautigan. Son histoire passe inaperçue et Plamondon aurait gagné à mettre davantage l’accent sur ce personnage. N’empêche que l’auteur a bien su recréer l’essence d’un roman typique issu des années des Jack Kerouac de ce monde.

Mayonnaise demeure tout de même un petit bijou qui allie plaisir de lecture tout simple et grandes réflexions. Il ne reste plus qu’à essayer chez soi de mélanger minutieusement des œufs et de l’huile et d’espérer que prenne la mayonnaise.

Mayonnaise, Éric Plamondon, Le Quartanier, 201 pages.

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *