UQAMUne aspirine, s’il vous plaît

Sandrine Champigny12 septembre 20127 min

Les plages horaires allongées et les cours en conflit d’horaire causent des maux de tête en cette session condensée.

Les yeux rivés sur son horaire, Antoine*, étudiant en sciences politiques, voit tout de suite que quelque chose cloche. Il a deux cours qui se chevauchent le mardi matin. Antoine décidera lequel est le plus important, comme tant d’autres étudiants qui doivent composer avec une session intensive.Le parachèvement post-grève s’annonce comme un vrai casse- tête pour les étudiants, les professeurs et la direction.

La reconfiguration condensée de la session d’hiver 2012 a été un véritable chemin de croix pour l’institution. Le commencement de la session, maintes fois reportée, a donné énormément de travail aux employés qui ont dû reconfigurer l’horaire chaque fois. «On s’est basé sur les disponibilités des professeurs et sur celles des locaux pour faire des horaires, explique la directrice intérimaire au service des communications de l’UQAM, Jennifer Desrochers.

Les professeurs, les étudiants et la direction sont tous mis à profit pour tenter de gérer les problèmes logistiques.«On sent que l’UQAM a les mains liées dans cette situation, souligne la responsable à la coordination à l’Association facultaire étudiante de langues et communication (AFELC), Mélissa Ross. On ne peut pas dire qu’on n’a pas d’appuis, mais ils ne sont pas tout à fait avec nous non plus.» Les professeurs ont reçu la directive d’atteindre les objectifs d’apprentissage, mais de rester conciliants, indique le président du Syndicat des professeurs de l’UQAM (SPUQ), Jean-Marie Lafortune. «On invite les professeurs à mettre en place des modalités particulières et à s’entendre avec des collègues, s’il y a conflit d’horaire, pour éviter le chevauchement de cours primordiaux et accommoder les étudiants autant que possible.»

Bien que beaucoup soient satisfaits du retour en classe, tout ne se passe pas sans heurts pour les étudiants. Dans le cas d’Antoine, son conflit d’horaire s’est réglé quand un de ses cours a été annulé et remboursé par l’UQAM. Le chargé de cours attitré, Jacques Duchesneau, faisait campagne pour la Coalition avenir Québec pendant les élections. Chanceux, Antoine? «Pas vraiment, répond celui qui voit ses plans d’étude bousculés. Je pensais terminer mon bac en décembre et aller à la maîtrise, explique le jeune homme. Mais avec mon cours annulé, je vais devoir attendre un an supplémentaire.»

Des étudiants en troisième année du bac subiront le même sort. «On a dû annuler un cours pratique de nos étudiants en troisième année, admet Catherine Mounier, directrice du Département de sciences biologiques. Il sera reporté à l’automne prochain, c’est tout ce qu’on a pu faire.» Même si les professeurs et chargées de cours se montrent conciliants, certains étudiants n’ont d’autre choix que d’annuler des cours. «Je dois travailler pour payer mon loyer, je n’aurai pas le temps de reprendre les huit ou dix cours à mon horaire, lance Mélissa Ross, résignée. J’ai fait le choix d’en abandonner certains pour arriver financièrement, mais aussi pour avoir des meilleures conditions d’étude.»

À l’UQAM, l’administration n’a pas été encore en mesure d’évaluer les conséquences à long terme de ce parachèvement sur les étudiants. «Il y aura un impact sur la session d’automne, qui sera comprimée, explique Jennifer Desrochers. Mais à toutes fins logistiques, on ne verra pas d’impact à la session d’hiver 2013.»

Diplôme à rabais?

Dans la mesure où la session sera parachevée en un temps record de cinq semaines, il semble légitime pour Mélissa Ross de se questionner sur la validité de son diplôme. «On sent que la direction favorise l’accès au diplôme, alors qu’à l’AFELC, on favorise l’accès à l’éducation», critique celle qui voit une claire dichotomie entre la philosophie étudiante et rectorale. De son côté, Catherine Mounier, Directrice du département des sciences biologiques, se défend de décerner des diplômes à rabais. «Nous avons dû annuler un laboratoire ou deux, mais en aucun cas il est question de donner des diplômes sans valeur, soutient-elle avec vigueur. Ça demande plus d’investissement de la part de tout le monde, dont l’inclusion de cours la fin de semaine, mais pour le moment, tout se passe à merveille.»

Si plusieurs professeurs choisissent de réduire le nombre de séances de reprises, il n’est aucunement question d’annulation unilatérale pour le président du SPUQ, Jean-Marie Lafortune. «Les ententes d’évaluation, ça se fait entre étudiants et professeurs, mais on tient mordicus à ce que les objectifs d’apprentissage soient réalisés.» En plus de gérer un horaire conflictuel, les professeurs doivent assumer une charge de travail herculéenne. «Les cours d’hiver à l’automne, ça complexifie la gestion de la rentrée, parce que plusieurs professeurs sont indisponibles ou en train de faire de la recherche», précise Jean-Marie Lafortune.

Avec un cours qui se termine au pavillon central à 15h et un autre qui débute 15 minutes plus tard à l’autre bout de la ville, Antoine, comme bien d’autres, est toutefois loin d’avoir fini de jongler avec un horaire chaotique.

*Nom fictif

Crédit photo: Daphné Caron

 

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Retour brutal

Rentrée éprouvante pour les parents étudiants, qui se retrouvent avec des contraintes encore plus importantes que la moyenne. «Ce sont les plus touchés par la conclusion précipitée de la session, insiste l’adjoint exécutif qui assure la permanence à l’Association facultaire étudiante des langues et communication, Alain Thibeault. Financièrement, c’est très difficile pour eux, sachant qu’ils ne peuvent généralement pas jumeler travail et études.» Caroline Bourbonnais, mère étudiante et membre du comité de soutien aux parents étudiants de l’UQAM, se plaint de l’absence de considération de la part de la direction. «On est laissés à nous-mêmes. On se retrouve avec des cours à des heures que nous n’avons pas choisies et on se demande si on va être capable de les suivre.» De l’avis de la jeune mère, des abandons sont aussi à prévoir pour ces étudiants. «Comme l’aide financière n’arrivera pas avant octobre, on a besoin de travailler plus, on a des horaires d’étude plus chargés, on a besoin de faire garder les enfants, s’indigne Caroline Bourbonnais. C’est un cercle vicieux.»

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Rentrée d’ailleurs

Le parachèvement de la session d’hiver 2012 a créé des problèmes d’importance chez les étudiants étrangers. «On a eu pas mal d’appels de la part des étudiants étrangers, de la Belgique, de la France, pour savoir si on allait poursuivre la grève, déclare la responsable à la coordination à l’Association facultaire étu- diante de langues et communication, Mélissa Ross. En voyant la longueur du conflit, beaucoup ont décidé d’annuler leur session.» Noémie Mabilon, étudiante en journalisme, a choisi de ne pas annuler sa session, mais s’est vue contrainte de redoubler d’efforts. «J’ai décidé de rentrer en France mi-mai. N’étant pas rentrée pour la reprise de la session d’hiver, j’ai envoyé des travaux par courriel en essayant de suivre les cours, tant bien que mal, à distance, relate l’étudiante. Tout cela n’a pas été facile, mais j’aime mieux me plier en quatre pour rattraper cette session, plutôt que d’être obligée de la recommencer.» Les conséquences financières sont aussi notables pour les étudiants qui ont dû repousser leur date de retour dans leur pays d’origine. «Il a fallu que je décale ma date de retour en France. Le changement de date sur mon billet d’avion a bien sûr eu un coût. Et lorsqu’on est étudiant, sans le sou, on s’en passerait bien», poursuit celle qui a aussi dû annuler des projets d’emploi en raison de son retour retardé.

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Prise trois

Le chamboulement de la session d’hiver 2012 n’affecte pas seulement la vie académique. Les employés de soutien ont aussi vécu une rentrée chaotique. Le principal problème s’est présenté bien avant le retour en classe du 27 août dernier. Les multiples scénarios de retour en classe ont causé de nombreuses réorganisations pour ces travailleurs. «À chaque fois que la date de retour à été reportée, ça a été du travail en double et en triple pour les employés afin de gérer les horaires, les locaux et les fournisseurs», soulève la présidente du Syndicat des employés de soutien de l’UQAM (SEUQAM), Thérèse Fillion.

Les entreprises auxiliaires ont été touchées financièrement avec l’absence d’étudiants et de personnel à l’Université. Avec les étudiants absents des classes, les photocopies, par exemple, n’étaient plus nécessaires. «Pour la cafétéria, on a dû faire le choix de ne pas rappeler certains sous-traitants et salariés à contrat, parce qu’on ne pouvait pas leur fournir de date de retour.» Le personnel du SEUQAM a aussi vu ses vacances reportées, en raison de leur surcharge de travail. La rentrée, bien que bienvenue pour les employés de soutien, n’est pas de tout repos.

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Quelle grève ?

Les étudiants des cycles supérieurs sont sans doute ceux qui s’en tirent avec le moins de conséquences. À l’Association facultaire étudiante des langues et communication (AFELC), on note la quasi absence de requêtes des étudiants des deuxième et troisième cycles. Alain Thibeault, employé permanent à l’AFELC et étudiant à la maîtrise, explique cela par la flexibilité qu’offrent les études supérieures. «À la maîtrise, tu peux être en rédaction et dans ce cas, il n’y a pas de cours. La gestion des horaires se fait donc de la même façon que d’habitude.»

Ce groupe est aussi celui qui souffre généralement le moins de difficultés financières. La flexibilité des horaires leur laisse la possibilité de travailler. «L’appauvrissement est moins important chez les étudiants de maîtrise et de doctorat, c’est donc normal qu’on en entende moins parler», note Alain Thibeault. Un dilemme s’impose cependant aux finissants au baccalauréat. «Mon copain doit faire un choix, soit il entre à la maîtrise avec une fin de bac bâclée, ou il retarde son entrée et annule des cours pour mieux intégrer la matière», explique Mélissa Ross, responsable à la coordination à l’AFELC.

Illustration: Cloé Létourneau

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