Opinion>Méfaits diversLe pouvoir des hommes

Avatar Ewan Sauves14 mars 20123 min

«Rien n’est plus puissant qu’une idée dont le temps est venu. Dont le temps est maintenant.» Depuis quelques jours, une vidéo s’est mise à circuler sur le cyberespace, créant un buzz gigantesque avec plus de 50 millions de visionnements sur Youtube. Sur Facebook et Twitter, elle est au cœur de tous les échanges. Le temps de Rebecca Black et son hymne à la fin de semaine est enfin révolu.

Intitulé «Kony 2012», le documentaire de 30 minutes du cinéaste et activiste américain Jason Russel présente l’histoire d’un jeune Ougandais nommé Jacob, poursuivi par les rebelles de l’État d’Afrique centrale. Pour Invisible Children – une organisation créée par le réalisateur qui milite contre l’exploitation des enfants soldats –, «Kony 2012» a été filmé à des fins de sensibilisation. Images choquantes, témoignages crève-cœur et promesses d’un avenir meilleur… le court-métrage a l’allure d’une campagne présidentielle.

Et c’en est une, en quelque sorte. Le but de la vidéo? Implorer – littéralement – l’aide du gouvernement américain. Entre en scène alors le «vilain» de l’histoire: Joseph Kony, chef des rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (l’acronyme LRA en anglais). Ce dernier est présentement l’homme le plus recherché par la Cour pénale internationale pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Par le partage de «Kony 2012», il est question de dénoncer et de rendre visible aux yeux de tous ses actes de torture. L’initiative a définitivement eu un succès hors du commun. Mon petit frère de 16 ans, qui ne pense qu’aux séries télévisées américaines, m’appelle en panique. «L’équipe d’Invisible Children est venu il y a deux ans à l’école! Utilise tes pouvoirs de journaliste pour passer le message!» Ses amis se rassembleront cette semaine pour créer un groupe de soutien étudiant. Ils veulent d’ores et déjà organiser des levées de fonds. Mignon, certes, mais pour arriver à capter l’attention de ces ados, c’est la preuve qu’une corde sensible a été touchée.

Mais tout n’est pas si rose. Déjà, les commentaires amers et saignants envers Invisible Children et leur projet font surface sur la Toile. On critique à Jason Russel et son équipe d’avoir fait appel aux vedettes hollywoodiennes telles que Rihanna, Taylor Swift et Ellen Degeneres. En effet, en se rendant sur le site Internet officiel de la campagne Kony 2012, il est possible de tweeter la cause aux célébrités en cliquant sur leur photo. La logique derrière ça: si on arrive à passer le message aux vedettes américaines, le gouvernement n’aura d’autre choix que d’écouter la nouvelle «tendance».

Alors que plusieurs s’empressent à ridiculiser cette initiative, j’appelle ça du pur génie. De nos jours, les jeunes utilisent constamment le Web et les réseaux sociaux, qui sont devenus littéralement les nouveaux moyens de communication. Cette vidéo, ce message d’espoir, les jeunes se l’ont partagé, l’ont aimé, commenté, envoyé, tweeté, etc. N’est-ce pas beau de voir que nos jeunes possèdent dorénavant une opinion publique sur une partie peu connue du monde? Mieux: que certains étudiants sont prêts à en faire leur combat?

Malgré sa simplicité excessive et sa campagne qui tombe entièrement dans le sensationnalisme, le film pousse les gens à discuter d’une problématique importante. On a laissé les dépenses faramineuses des élections primaires républicaines ou le dévoilement du nouveau iPad 3 de côté pour quelques jours.

«Les gens pensent que 30 000 enfants kidnappés, sur une période de plus de 26 ans, c’est un grand nombre. Il y a trois ans, au Darfour, le nombre de morts était de presque 300 000 personnes.» Lorsque je lis des commentaires de ce genre sur le Web, ça m’exaspère. Il est indéniable que l’arrestation de Joseph Kony ne restaurera pas la paix en Afrique. Mais il s’agirait par contre d’un exemple concret du pouvoir des hommes.

Ewan Sauves
Chef de pupitre Société
société.campus@uqam.ca

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