Opinion>Esprit de clocherCorrespondance engagée

Williams Fonseca-Baeta29 février 20123 min

Les temps changent. Enfin, c’est ce qu’on raconte. L’échiquier politique du Québec est en plein mouvement. Et cela, depuis que les étudiants ont décidé de chômer dans les rues. Le choix collectif des Québécois aux dernières élections provinciales est depuis remis en question. Le Parti québécois fait une percée étonnante dans les sondages et la date d’un prochain scrutin est un zézaiement inaudible de la part des libéraux. Le vent a tourné et il est temps de changer de disque. De mon côté, c’est déjà commencé. Un vieux vinyle de Bob Dylan, The times they are a-chagin’, roule sur ma table tournante. Cinquante ans après cette chanson, le mot «changement» est devenu un slogan carmin sur les étendards des grévistes.

La grève actuelle est bien plus qu’une protestation contre la hausse des frais de scolarité, elle est un appel à la responsabilité collective. Après neuf ans de politiques néo-libérales, un sentiment d’apathie s’est généralisé au sein de notre société. À tel point que la corruption gouvernementale n’influe plus sur le choix des électeurs. La manifestation brasse les cartes et réveille la population. Par le passé des grèves étudiantes ont modifié le paysage politique de différents États. En 1968, des étudiants français avaient amorcé une grande grève qui à sa conclusion acheva la carrière d’un intouchable politicien – Charles de Gaulle. L’analogie est limitée, mais tout de même intéressante. J’ai d’ailleurs trouvé dans un bric-à-brac de papiers jaunis une lettre de mon père datant de mai 1968. Entre deux automobiles dévalisées et quelques trottoirs ravagés, mon père avait écrit à ma grand-mère un billet sur cette grande grève.

Paris, 1968
Bonjour maman, en quelques mois mon régime alimentaire a quelque peu changé. Fini la chair de porc et la grande cuisine française. Le pigeon est devenu le plat principal de tous les Parisiens. Depuis la grève, les épiceries ne reçoivent plus rien pour remplir leurs étalages. Le pays a pourtant connu de belles années de prospérité. Les gens avaient peu à dire sur la politique et Charles de Gaulle était bien ancré dans son siège de Président de la République. Mais la grande pomme française était remplie de vers. Le chômage a augmenté, pendant que le pays s’est enrichi. Comme moi de nombreux immigrants se sont installés à Paris sans l’ombre d’un emploi à l’horizon. En plus, on nous traite comme des déchets. Les gendarmes se trouvent des raisons pour user de la matraque quand on est dans les parages. Oui, la France était laide à l’intérieur, mais tout le monde s’en fichait. Mais cela a changé depuis que les étudiants ont pris la rue. On parle de démocratie en verlan et on crie liberté quand on a reçoit une dans les dents. Cette grève a du bon parce qu’elle est un baume à nos maux trop souvent cachés.
Victor-Manuel dos Santos-Baeta

Montréal, 2012
Bonjour grand-maman, ici, les trottoirs ne se dégarnissent pas de protestants étudiants. Et cela parce qu’ils ne veulent pas se résigner à manger du pigeon pour étudier. L’indignation est palpable. L’automne dernier, des gens ont campé au Square Victoria pour revendiquer l’égalité. Le taux de chômage ne se stabilise pas et il ne tient pas compte du nombre de travailleurs qui ont abandonné la recherche d’un emploi. Le plus ironique dans cette histoire, c’est que les étudiants ne se battent pas avec un Charles de Gaulle, mais avec un premier ministre mielleux qui place l’intérêt de consortiums en avant de celui de sa population. Au moins, la grève étudiante représente une lueur d’espoir. Elle vient dire au peuple québécois que, oui, nous pouvons changer ce qui est en place pour nous. J’espère seulement que ces derniers ne feront pas la sourde oreille ou encore qu’ils ne formeront pas leur opinion à l’aide de piètres discours démagogiques. Parce que dans cette histoire, les vrais flémards sont ceux qui refusent d’agir. Ce ne sera pas mai 2012 à Montréal, mais je crois au changement d’ici l’automne. Je profite de cette dernière ligne pour te dire adieu grand-maman – Para sempre, eu te amo.

Williams Fonseca-Baeta
Chef de pupitre UQAM
uqam.campus@uqam.ca

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *



À lire aussi

Lettre à nos nobles

Lettre à nos nobles

12 mars 2018
4 min
S’asseoir sur ses lauriers

S’asseoir sur ses lauriers

15 février 2017
3 min