BaromètreCultureQuintessence du vide

Avatar Simon Dansereau14 février 20122 min

Francis, un écrivain, loue une maison sur une l’île de Sant Erasmo, au large de Venise, pour écrire son prochain roman. Il habitera finalement la demeure avec Judith, l’agent immobilier qui lui a proposé la maison isolée. Toutefois, lorsqu’il est amoureux, Francis n’a plus d’inspiration. L’été suivant, sa fille Alice débarque, mais tout se corse, car elle disparaît rapidement. Francis est désespéré et ne sait plus quoi faire pour la retrouver, mais il veut résoudre ce mystère. Tel est le tableau de départ d’Impardonnables, le nouveau film d’André Téchiné

Antidote 10

Il avait, de prime abord, tout pour faire une bonne histoire, car la disparition d’Alice déclenche, dès début du film, un questionnement chez le spectateur. Francis fait même appel à une experte en filature pour retrouver sa fille, laissant supposer qu’une vaste enquête se prépare. Ainsi, le potentiel était là pour ficeler une intrigue solide qui aurait pu nous tenir en haleine jusqu’à la fin. En vain, puisque l’adaptation du roman de Philippe Djian est plutôt un collage malhabile d’épisodes de la vie d’un écrivain durant une année. Il n’y a pas de fil conducteur, ni de propos comme tel. On assiste à des tranches de vies, décousues et sans portée significative. Cela aboutit à une œuvre fade, sans intérêt ni émotions. Les personnages eux-mêmes ne sont pas attachants, mais plutôt déviants et excessifs. Leurs comportements sont souvent incompréhensibles et dénudés de sens, si ce n’est qu’ils révèlent des êtres profondément fêlés. Par exemple, Alice, la fille de l’écrivain, qui, une fois disparue, envoie à son père une vidéo porno d’elle-même. L’enquête sur sa disparition est donc de courte durée et la filature n’aboutit pas. Citons aussi Francis qui fait suivre son amante, de peur qu’elle le trompe, par un jeune directement sorti de prison. Les exemples de la sorte affluent. On y présente une série de gestes impardonnables, mais sans portée dramatique réelle. Le spectateur reste sur sa faim par le manque d’éléments qui font avancer le récit. On sort du visionnement avec un grand sentiment de vide face à cette œuvre. J’ai souvent regardé ma montre, ce qui n’est jamais bon signe.

Notons par contre la réalisation efficace d’André Téchiné, un vétéran du cinéma français. L’œuvre est complètement filmée avec un objectif à longue focale, c’est-à-dire qu’il permet un cadrage plus serré et beaucoup de gros plans. Ainsi, on a l’impression d’être dans l’intimité des personnages. Intention louable et réussie. Cependant, comme la fiction ne décolle jamais vraiment et que les protagonistes sont assez insaisissables, difficile de rester accroché. La trame sonore est appropriée, avec une musique qui nous transporte bien dans le décor de Venise, par ses sonorités légères et oniriques. Enfin, donnons crédit aux acteurs principaux André Dussollier, Carole Bouquet, Mélanie Thierry, Adriana Asti et Mauro Conte, pour leur jeu crédible et vrai. En somme, les ingrédients étaient là, mais la pâte n’a pas levé. Dommage…

Impardonnables d’André Téchiné, coproduction France-Italie, 111 minutes.

En salle depuis le 10 février.

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