UQAMAccès refusé

Catherine Lévesque23 novembre 20114 min

L’UQAM fait piètre figure auprès des médias québécois. Armés de leurs demandes d’accès aux documents publics et d’entrevues refusées, des journalistes dénoncent le manque de transparence de l’Université.

Monique Dumont, chef recherchiste à l’émission Enquête de Radio-Canada, est considérée comme le «bulldog» des demandes d’accès à l’information par certains de ses collègues. En octobre 2009, elle fait une demande d’accès à l’information à l’UQAM, question d’alimenter différents dossiers qui pourraient aboutir à l’émission. Elle demande à voir les résolutions du conseil d’administration et correspondances du rectorat concernant le scandale immobilier de l’Îlot Voyageur de mai 2008 à octobre 2009. «Il ne doit pas s’écrire beaucoup de choses là-dessus en un an», suggère-t-elle.

Sa demande est rejetée par l’UQAM. Mais les motifs invoqués, soit le caractère abusif des documents demandés et l’entrave qu’ils constituent à la mission d’enseignement de l’université soulèvent en elle une vive passion. «L’excuse de l’enseignement, c’était la cerise sur le sundae, s’exclame Monique Dumont. Je comprends qu’enseigner est important, mais la transparence doit être la priorité parmi la fonction administrative.» La recherchiste maintient que sa demande n’était pas abusive. L’UQAM, elle, ne commente pas les décisions prises. Selon elle, l’information est confidentielle, en vertu d’une entente de confidentialité qu’elle entretient avec la firme Busac, qui a construit l’Îlot Voyageur.
L’Université ne comprend pas pourquoi les journalistes veulent tant lui parler, n’étant plus propriétaire du bâtiment. «Le vérificateur général a déposé un rapport public en 2008. Quiconque le veut peut le consulter, se défend Francine Jacques. Nous n’avons rien à dire de plus que lui.»

Créature publique
À titre d’organisme public, les universités sont soumises à la Loi d’accès à l’information, qui les oblige à rendre les documents publics accessibles à quiconque en fait la demande. Selon l’article 137.1 de la loi, l’institution qui refuse de transmettre des documents sous prétexte que la demande est abusive doit le prouver à la Commission d’accès à l’information (CAI) qui décide si le refus est justifié ou non. Selon Me Jean-Sébastien Desmeules, avocat à la CAI, une entrave à la mission d’éducation n’est pas un argument prévu par la loi. Francine Jacques, elle, n’a pas voulu commenter. «Si une demande est refusée, le demandeur peut toujours reformuler sa demande afin qu’elle soit peut-être acceptée», ajoute l’avocat.

En tentant d’obtenir une réponse à leurs questions, les journalistes se heurtent aux murs bruns de l’Université à chaque fois. «De toutes les universités québécoises, l’UQAM est celle qui me met le plus de bâtons dans les roues, confirme Lisa-Marie Gervais, journaliste au Devoir. Quand j’essaie de leur parler ou d’avoir une entrevue, c’est toujours très long, très compliqué.»

«L’Îlot Voyageur est un sujet délicat», confirme Marie Allard, journaliste à La Presse. Sa collègue Ariane Lacoursière a exigé des documents concernant l’Îlot Voyageur l’année dernière. Finalement, le refus de l’UQAM a été réglé en médiation. Monique Dumont, elle, attend une convocation de la CAI depuis deux ans. «On ne se précipite pas pour donner de l’information», soupire-t-elle.
Alors que l’Université de Montréal et Concordia reçoivent une trentaine de demandes par année, l’UQAM en reçoit jusqu’à 50. Selon l’avocat, les décisions de l’UQAM auraient été contestées par la Commission cinq fois dans les trois dernières années. Un nombre important en comparaison aux deux contestations de Concordia dans les 15 dernières années, selon le vice-recteur concordien Bram Freedman.

Des documents à huis clos
Ce n’est pas la première fois que la chef recherchiste éprouve des difficultés avec l’Université du peuple. En 2007, l’une des émissions Enquête concernait la tricherie dans les universités au Québec. Même si elle était visée par les témoignages récoltés, l’UQAM est la seule université québécoise à avoir refusé de fournir les documents demandés en vertu de la Loi d’accès à l’information. «L’UQAM était la base de notre reportage, se remémore Monique Dumont. On n’a contacté d’autres universités que pour voir si le problème était un fléau dans le système.» Francine Jacques soutient, toutefois, que des journalistes de l’émission avaient eu droit à des entrevues, à défaut d’avoir accès aux documents. Le programme «Tolérance zéro» a été instauré après la diffusion du reportage d’Enquête. «L’UQAM est une créature publique. Elle reçoit l’argent de nos taxes et impôts, martèle Monique Dumont. Elle a des comptes à rendre à la population.»

La tempête passée, le service des communications de l’UQAM n’arrive pas à redorer son image, malgré les efforts fournis. «Nous avons eu des relations difficiles avec la presse pendant la saga de l’Îlot Voyageur, se remémore Francine Jacques. On avait les mains liées.» L’Université balaie du revers de la main le passé et insiste sur les améliorations entreprises par sa direction. «Depuis que Claude Corbo est à la tête de l’UQAM, tout va beaucoup mieux, insiste la directrice des communications. Il a la reprise en main, il se dirige vers l’avenir.» Quant à elle, Monique Dumont ne compte pas lâcher le morceau. «C’est peut-être une stratégie, suppose-t-elle. Ils savent que les journalistes passent à autre chose et qu’ils oublient les dossiers, mais pas moi!»

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Les capricieux
Ne parle pas qui veut aux universités. Certains médias sont privilégiés, alors que d’autres voient leurs demandes d’entrevue refusées. Le Devoir avait vivement critiqué la décision de l’Université McGill d’augmenter le prix de son MBA jusqu’à 30 000 $. «Nous avons un peu plus de difficulté à les rejoindre, étant donné notre ligne éditoriale», confirme Marie-Andrée Chouinard, journaliste au Devoir. Mais la majorité des journalistes sollicités estiment que le ministère de l’Éducation leur met plus de bâtons dans les roues que n’importe quelle université.

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