Non classéLes mécènes du Net

Alice Côté Dupuis31 janvier 20114 min
Des artistes réticents à recourir aux subventions traditionnelles choisissent de financer leurs projets de création grâce aux dons du public. L’idée, propulsée par le site Internet Kickstarter, fait son chemin jusqu’au Québec.
 
Le groupe de musique montréalais Kite rêve d’un premier album. Pour enregistrer son opus avec l’ingénieur de son Corey Barn, le trio de jazz a besoin d’argent, beaucoup d’argent. Mais les subventions consenties par le gouvernement, comme celles des Conseils des arts du Québec et du Canada, l’ont refroidi: les démarches sont souvent longues et complexes. C’est en naviguant sur le Web que les membres du groupe découvrent, par hasard, le site Internet Kickstarter. La plateforme permet aux artistes du monde entier d’être financés directement par les dons d’internautes. Les trois compères se lancent alors dans l’aventure, dans l’espoir de conquérir le cœur du public, et son portefeuille aussi. 
 
Sur Kickstarter, le public joue aussi le rôle de producteur. Un mélange grâce auquel chaque jour, des projets musicaux, cinématographiques ou de design sont financés par des milliers de donateurs. Attention toutefois: les contributions impliquent une obligation de résultats. Les requérants doivent se fixer des objectifs de temps et de somme à atteindre. S’ils échouent, les créateurs ne perçoivent pas un sou. En revanche, s’ils gagnent leur pari, les mécènes 2.0 sont récompensés, que ce soit avec des albums autographiés, des t-shirts ou même des promesses de cours privés. «On n’a pas l’impression de quêter de l’argent, soutient Éric Couture-Telmosse, le guitariste de Kite. Les donateurs reçoivent un cadeau en fonction du montant qu’ils versent. On peut dire qu’ils en ont pour leur argent.»
Vente directe
Avec humour, le porte-parole de Kickstarter Justin Kazmark note que les Beatles ont été refusés par beaucoup de compagnies de disques et que George Lucas a d’abord été incapable de trouver un studio de cinéma qui voulait produire Star Wars. Kickstarter souhaite donc éviter que des chefs-d’œuvre avortent, faute de financement. Ses fondateurs sont convaincus qu’avec l’avènement de l’Internet, «une bonne idée, bien communiquée, peut se répandre rapidement et largement.» Efficace, la contribution volontaire? La méthode de promotion du dernier album de Radiohead semble faire la démonstration que oui. Le groupe demandait aux fans de payer le montant voulu pour l’obtenir. L’exercice leur rapporta en moyenne 5 $ par album vendu, mais le 1,2 million de téléchargements laissent croire que l’expérience fût rentable.
 
Même son de cloche du côté de l’auteur-compositeur-interprète Greg Holden. Après avoir lancé deux extended play (un album de transition, avec seulement quelques chansons), le chanteur new-yorkais a utilisé Kickstarter pour l’aider à financer son premier album. Bien que son nom ne soit pas encore familier, après deux semaines seulement, son objectif de 20 000 $ était atteint. Selon lui, Kickstarter est un concept extraordinaire qui pourrait réellement révolutionner la façon dont les artistes font de la musique. «Avant, il était impossible de créer un album de grande envergure sans l’aide d’une maison de disques, explique l’artiste. Maintenant, si tu as assez de supporters, tu peux le faire par toi-même et garder le contrôle sur toutes les décisions. C’est un énorme pas en avant pour les artistes indépendants.» Malgré les 30 001 $ amassés, le musicien n’aura pas suffisamment de fonds pour les coûts de production, le montage, l’imprimerie et la promotion. Les quelques milliers de dollars restants, il devra les débourser de sa poche, mais il est loin de s’en plaindre. «Ce concept changera l’industrie de la musique. En fait, c’est déjà fait.»
Un bémol
La sélection naturelle reste cependant impitoyable et certains déchantent. Depuis sa création, environ 25 millions de dollars ont transigé par le site Kickstarter. Sur les 10 000 projets présentés, quelque 3 500 ont été réalisés avec succès. Selon Justin Kazmark, responsable des communications du site Web, ces chiffres démontrent que la quantité de philanthropes demeure insuffisante. «Dans bien des cas, on peut penser que les donateurs se limitent au cercle d’amis des créateurs de projets.» Créé en avril 2009, Kickstarter a d’abord pour but d’encourager l’entourage des artistes à faire leur part. Éric Couture-Telmosse, du groupe montréalais Kite, constate que la plateforme n’attire pour l’instant qu’un public restreint «C’est nous qui devons amener nos connaissances à aller sur la page Kickstarter. Nous n’avons pas encore de traces de donateurs ou de visiteurs qui ne nous connaissent pas.» Le trio de jazz n’est pas encore dans son studio d’enregistrement, mais il espère bientôt prendre la route du succès grâce à des mécènes nouveau genre.
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L’Hexagone, plus capitaliste que l’Amérique?
Le site français FriendsClear Pro permet à des artistes de recevoir le financement d’internautes à la manière de Kickstarter. Toutefois, sur la plateforme bleu blanc rouge, les donateurs deviennent de véritables investisseurs. Ils reçoivent des redevances sur les profits réalisés par l’artiste. Ils sont ainsi les actionnaires d’une œuvre d’art, tout l’inverse du principe de Kickstarter, où les concepteurs demeurent propriétaires à 100 % de leur création.

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