Non classéPersonnalité chère payée

Rachele Robert3 décembre 20084 min

Illustration Pascaline Lefebvre

 

Drôles d’oiseaux facilement repérables, mais difficiles à capturer, les Hipsters ne pensent qu’à dépenser. Représentants d’un mouvement de contre-culture apolitique, il rêvent d’un monde où American Apparel et le foulard palestinien ne feraient qu’un. Bienvenue dans un univers de consommation et d’apparence.

Hipster: terme apparu dans les années 1990 pour désigner les jeunes de classe moyenne adhérant au mouvement alternatif. Peut-être en avez-vous détecté quelques-uns marchant nonchalamment sur les rues Saint-Laurent ou sur Sainte-Catherine, vêtus de la tête aux pieds de vêtements moulants ou de trouvailles vintage. Agés dans la vingtaine, ils portent souvent de fausses lunettes, des couleurs fluo, des leggings ou encore le fameux Keffieh, un foulard carreauté porté pour afficher son soutien au peuple palestinien. Politisés, les Hipsters? Pas vraiment. Contrairement à leurs prédécesseurs punks ou hippies, ce mouvement de contre-culture ne défend aucune idéologie, outre la consommation.

Les Hipsters ne sont qu’une mode, selon la publicitaire Anne Darche. «C’est une manifestation édulcorée. Les Hipsters achètent leur look dans des magasins populaires. Le symbole de révolution est très loin du propos.» Elle cite en exemple la chaîne de vêtements Gap, qui propose cet automne le fameux Keffieh (originalement en noir et blanc) dans un éventail impressionnant de couleurs. «C’est comme les T-shirts de Che Guevara. La mode fait qu’on les porte, sans vraiment penser à la signification qui vient avec. C’est vraiment pour le style, pour avoir l’air intello et songé», croit-elle.

Ying Gao, professeure à l’École supérieure de mode de Montréal, ne partage pas cet avis. «Les Hipsters représentent plus qu’un simple phénomène de mode. C’est davantage le miroir de notre société, qui reflète leur manque d’idéologie.» Consciente de l’apolitisme de ces jeunes, elle attribue avant tout cette tendance à l’individualisme contemporain.

Anne Darche croit aussi que la mode Hipster est en quelque sorte le retour du balancier de la tendance «guidoune», vêtue de grandes marques de la tête aux pieds observée depuis quelques années. En d’autres mots, le contraire des Paris et Britney de ce monde. «Cette contre-culture se veut plus nerd. Les adeptes veulent se donner une allure d’artiste. C’est le règne de l’intello.» La publicitaire pense d’ailleurs que cette tendance aura elle-même sa propre contre-tendance.

Le style Hipster n’irait toutefois pas à l’encontre d’un look glamour. Selon Ying Gao, les deux tendances vivent ensemble. «L’une ne dérange pas l’autre et elles continueront à se partager le marché. Les Hipsters arrivent à une époque où l’éclectisme prend le dessus sur plusieurs styles.»

Les vrais de vrais
Très branchés, les Hipsters n’osent généralement pas s’affirmer au grand jour. En trouver un est une lourde tâche. Ce groupe est une fois de plus en contradiction avec ses prédécesseurs punks et hippies qui revendiquaient la paix et la démocratie. Montréal Campus a malgré tout réussi à mettre le grappin sur un oiseau rare: Mathilde Savard-Corbeil, étudiante en littérature et en histoire de la mode.

Crinière blonde frisée, lunettes fumées surdimensionnées, la jeune femme se dit à l’avant-garde du mouvement. Selon elle, l’authentique Hipster est celui qui sait dénicher un item unique que personne n’aura vu. «Un vrai Hipster va encourager et consommer de la culture. Il est à l’avant-garde, a un style recherché et une grande curiosité intellectuelle.» Être Hipster serait aussi une question de découverte musicale, ajoute-t-elle.

«Tout le monde est à la recherche du nouveau band cool. C’est un peu une course pour savoir qui le trouvera.» La jeune étudiante est consciente que les Hipsters sont totalement pro-consommation. «Sans nous, les industries mourraient!» lance-t-elle, à la blague.

Mathilde déplore cependant que le phénomène en devienne un de masse. «Les Hipsters de masse sont une plaie! Ils vont tous voir les mêmes spectacles et copient notre style six mois après. Ce sont des Hipsters faciles. Ils n’apportent rien de nouveau.» Pour Mathilde, les vrais de vrais sont destinés à être copiés. «C’est la popularisation de la Hipsterisation! s’exclame-t-elle en riant. C’est rendu cool d’être un nerd à lunettes et les personnes qui le sont pour vrai n’ont plus leur authenticité!»

Le look des «vrais» demeure en constante évolution. C’est pourquoi ils sont si difficiles à définir. «Je remarque que les gars autour de moi sont habillés en pépères. Chez les filles, je crois que la féminité prend le dessus, avec une touche des années 1920 et 1940. C’est un retour au classicisme. Faut dire que le fluo, ce n’était pas très féminin», dit Mathilde, s’amusant à faire des prédictions.

Pour l’étudiante en littérature, les vrais Hipsters s’affichent de moins en moins. «C’est méprisé! Les vrais ont quitté le Plateau parce que ça pue la banlieue, tranche l’ex-Lavalloise. C’est le désir de vouloir copier le style qui me donne mal au cœur, c’est vraiment une question d’apparence. Le plus triste, c’est qu’ils pensent qui sont dans le coup. Ils ont tous l’air de dire: « regarde comment j’suis hot! » parce que finalement, c’est l’image qui compte.»

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *