Non classéUn frigo aussi vide que le portefeuille

Guillaume Jacob14 janvier 20094 min
L’insécurité alimentaire chez les étudiants
L'adjoint au vice-président de Jeunesse au soleil, Tommy Kulczyk, note une augmentation des demandes d'aide alimentaire. Photo : Jean-François Hamelin
La distribution de paniers de Noël a battu des records cette année à l’UQAM. Confrontée à une tempête économique qui ne fait pas de cadeaux, l’Association facultaire étudiante des lettres, langues et communication vient en aide aux étudiants dans le besoin.
À l’UQAM, 35 paniers de Noël ont été distribués cette année. Le permanent à l’Association facultaire étudiante des lettres, langues et communication (AFELLC), Alain Thibeault, en poste depuis 2002, n’avait jamais vu ça. «Habituellement, c’est assez stable, autour de quatre, cinq», indique celui qui traite toutes les demandes. À l’Université de Montréal, où le service de paniers de Noël existe depuis 15 ans déjà, le nombre de paniers distribués dépasse les 200.
L’AFELLC a une entente avec Jeunesse au soleil pour la distribution de ses paniers de Noël. Là-bas aussi, un plus grand achalandage a été remarqué par l’adjoint au vice-président de l’organisme, Tommy Kulczyk. «Les données n’ont pas encore été compilées mais c’est une hausse d’au moins 5%», indique-t-il.
Selon Alain Thibeault, la récession économique expliquerait cette demande accrue d’aide alimentaire. D’après lui, la peur de manquer d’argent aurait poussé davantage d’étudiants à faire appel aux services de paniers de Noël. Par ailleurs, il souligne que l’alimentation est un des seuls budgets compressibles pour un étudiant. «Quand vous êtes à l’université, vous ne pouvez pas couper votre loyer, à moins de le partager, et les livres non plus. Les recueils de textes pour les cours coûtent cher. Donc le budget sur lequel on coupe le plus est celui de l’alimentation», explique-t-il.
L’augmentation du coût des aliments s’ajoute aux prévisions économiques pessimistes. D’après Statistique Canada, le prix des denrées alimentaires a augmenté en décembre pour un neuvième mois consécutif. En novembre, la hausse était de 7,4% par rapport au mois précédent, soit la plus forte hausse depuis 1986.
Toutefois, les mauvaises habitudes alimentaires des étudiants expliqueraient également cette précarité. «Les étudiants vont acheter des conserves, du congelé, ou du tout fait, parce que tu mets ça dans le micro-ondes et puis c’est tout, ce qui coûte plus cher [que les aliments de base]», souligne Alain Thibeault. D’après les calculs de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), les montants des prêts et bourses prévoient 7$ par jour pour manger. Toutefois, selon le Dispensaire diététique de Montréal,où l’on vient en aide aux mères monoparentales, qui établit tous les quatre mois le prix d’un panier d’épicerie conforme aux prescriptions du Guide alimentaire canadien, il coûterait quotidiennement 6,67$ par personne pour se nourrir convenablement à Montréal. L’aide gouvernementale serait donc suffisante pour combler les besoins alimentaires des prestataires.
 
Les nouveaux arrivants et les parents d’abord
Les premiers touchés sont les immigrants récemment arrivés, particulièrement ceux qui suivent des cours de francisation non crédités. Ce sont eux qui ont fait le plus de demandes d’aide alimentaire à l’AFELLC. En plus d’être happés par une société de consommation où l’endettement est facile, les nouveaux arrivants ont souvent des dépenses particulières, selon le permanent de l’association. «Ils doivent payer des interurbains pour parler à leur famille. Et quand ils travaillent ici, ils envoient en général de l’argent là-bas à cause de la pression familiale.»
Les parents-étudiants sont aussi très vulnérables. Ils ont davantage de frais à assumer et, bien qu’ils reçoivent un soutien plus important qu’un étudiant seul, certaines incohérences demeurent, selon le président de la FEUQ, David Paradis. «L’Aide financière aux études prend les pensions alimentaires du gouvernement comme un revenu des parents étudiants. Du coup, le même montant est retiré de l’aide financière. La FEUQ demande qu’elles soient considérées comme destinées à l’enfant et non aux parents.»
Au Dispensaire diététique de Montréal, les étudiantes sont nombreuses dans le cabinet de la nutritionniste Suzanne Lepage. «Les relations sont moins stables au début de la vingtaine et ça se complique quand les jeunes femmes tombent enceintes. Si leur conjoint ne veut pas avoir de bébé, il quitte et elles se retrouvent seules. Le programme des prêts et bourses aide, mais pas assez.» Elle ajoute que les parents-étudiants sont souvent obligés d’arrêter de travailler pour concilier leurs études et leurs responsabilités parentales, ce qui les place dans une situation financière encore plus fragile.
Pour le président de la FEUQ, David Paradis, cette nécessité d’aide alimentaire n’est qu’une preuve de plus de la précarité financière des étudiants. La FEUQ fait pression sur le gouvernement pour que son prochain budget, présenté à la mi-mars, prévoit une indexation des prêts et bourses. Avec seulement cinq indexations des prêts et bourses en 14 ans, les montants alloués ne correspondent plus au coût actuel de la vie. «Ce que demande la FEUQ, c’est une indexation automatique annuelle. On dirait que depuis 1994, quelqu’un oublie de changer les calendriers au gouvernement.»

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *