Non classéLe gène Terminator

admin2011morn2 décembre 20083 min

Dans ma famille, on fait des enfants. Ma mère avait neuf frères et sœurs, qui ont eu une trâlée de rejetons qui, eux aussi, ont eu la fibre procréatrice. Une centaine de personnes quand tout le monde est là.
Les cousins et les cousines, ils savent comment «magasiner» ça, un bébé. Enfin, presque.

Une de mes cousines et son conjoint sont passés maîtres dans l’art du magasinage stérile. Il a fallu trois ans avant que Jeanne soit conçue. Dénichée au fond du magasin, après plusieurs visites au centre commercial…
Aujourd’hui, Jeanne a 10 ans. Elle est toujours fille unique. La cousine et le conjoint, épuisés par le lèche-vitrine, ont baissé les bras.

Le problème vient de monsieur. Il a les gamètes amorphes. Tout le contraire des spermatozoïdes au début du film Look Who’s Talking (1989). Vous vous souvenez? Une course frénétique entre une horde de spermatozoïdes vigoureux dont un seul – celui affublé de la voix de Bruce Willis – arrivait à féconder l’ovule.

Il est là le problème du conjoint. Pas de horde de spermatozoïdes et surtout, pas de Bruce Willis dans sa potion magique. Que des patapoufs un peu pantouflards, parfois difformes. Un sperme de piètre qualité.

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En 2004, une étude portant sur la mutation sexuelle des poissons du fleuve Saint-Laurent était rendue publique. Des chercheurs de l’Institut Armand-Frappier et d’Environnement Canada y révélaient que les mâles de certaines espèces de poissons étaient en voie de féminisation dans des proportions pouvant aller jusqu’à 50%. Hermaphrodites, les poissons voyaient leurs fonctions reproductrices grandement diminuées.

Pis encore: des rats mâles nourris avec ces poissons subissaient une baisse importante de production de spermatozoïdes, également affectés d’une perte significative de motricité.

L’accumulation dans l’organisme de contaminants chimiques, aussi appelés perturbateurs endocriniens (dans ce cas-ci, l’œstrogène), fut montrée du doigt. Naturelles ou de composition humaine, ces substances envoient de faux messages hormonaux au système glandulaire animal.

Détergents industriels, pesticides, urine de femmes prenant des anovulants, phtalates (hydrocarbures utilisés dans les cosmétiques et matières plastiques): les perturbateurs endocriniens sont omniprésents. Et ils pourraient bien affecter la fertilité des hommes.

C’est ce que met en lumière le documentaire Mâles en péril, diffusé récemment sur la chaîne franco-allemande ARTE. Les réalisateurs Sylvie Gilman et Thierry de Lestrade lèvent le voile sur des études françaises et danoises portant sur la baisse alarmante de la qualité spermatique des mâles étudiés. En 20 ans, la production de spermatozoïdes des Parisiens aurait diminué de 40%, passant de 100 millions de spermatozoïdes par millilitre de sperme à 60 M.

En dessous de 20 M par millilitre, la chance d’avoir un enfant est divisée par deux. «Si la chute n’est pas freinée, c’est la capacité d’une population à se reproduire qui est en jeu», peut-on entendre dans le documentaire.

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Terminator: brevet détenu par la multinationale Monsanto, un des plus importants producteurs d’organismes génétiquement modifiés au monde. La technologie consiste à introduire un transgène tueur à l’intérieur des semences afin que les grains produits par les plants de ces dernières soient biologiquement stériles. Le but: rendre indispensable l’achat annuel de graines.

Tous les composés chimiques (plus de 750 000 sont commercialisés au Canada) avec lesquels nous entrons en contact chaque jour seraient-ils des transgènes tueurs pour la semence humaine?

Heureusement, il n’y a pas encore de brevet sur le sperme humain. On peut donc compter sur des procédés sophistiqués et légaux pour déjouer l’infertilité (fécondation in vitro, congélation du sperme avant des traitements de radiothérapie, etc.). Selon la revue Science actualités, cela pourrait toutefois conduire à de futures générations de garçons stériles.

D’autres procédés, plus naturels (consommation d’aliments riches en zinc et en acide folique), permettraient, selon une recherche néerlandaise, d’augmenter la production de spermatozoïdes de 74%. Une augmentation dont auront bien besoin les hommes comme le conjoint s’ils veulent revenir du magasin avec un poupon dans les bras.

societe.campus@uqam.ca

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