Non classéComment accoucher d’un film sur les étudiants

Gabriele Briggs10 septembre 20084 min

Le banquet, un film sur le crise de l’éducation

Sur fond de contestation étudiante et de violence, Le banquet trace le sombre portrait d’un système d’éducation à la dérive. Les militants mis en scène laissent toutefois les vrais acteurs du mouvement étudiant sur leur faim.

Sébastien Rose a affronté une pluie de couteaux lors de la présentation de son film Le banquet, le 29 août dernier à la Cinémathèque québécoise. Le portrait du militantisme étudiant dépeint par le réalisateur a suscité de vives réactions de l’auditoire, majoritairement composée d’uqamiens, qui n’a pas hésité à exprimer des critiques virulentes au cinéaste.

 

Le dernier-né de Sébastien Rose, réalisateur de Comment ma mère accoucha de moi durant sa ménopause et de La vie avec mon père, entrelace trois conflits humains au sein d’une université en crise. Bertrand (Alexis Martin), professeur idéaliste, est harcelé par Gilbert (Benoît McGinnis), un étudiant révolté. Absorbé par ses ambitieux projets immobiliers, le recteur de l’université (Raymond Bouchard) doit affronter sa fille toxicomane (Catherine De Léan). Louis-Ferdinand (Frédéric Pierre) et Granger (Pierre-Antoine Lasnier) sont deux leaders étudiants dont les convictions s’opposent lorsque la grève éclate.

Alexandre Leduc, ancien exécutant de l'Association facultaire étudiante des sciences humaines - photo Joel Lemay

 

Difficile pour les militants uqamiens de ne pas se reconnaître dans les manifestants mis en scène par Sébastien Rose. «D’un bout à l’autre, c’était l’UQAM: les lieux, les problèmes immobiliers, le militantisme étudiant», observe Benoît Lacoursière, auteur du livre Le mouvement étudiant au Québec de 1983 à 2006.

Il juge que le réalisateur a adroitement dépeint les deux camps du mouvement étudiant. Dans le personnage de Granger, le militant combatif, Benoît Lacoursière voit l’incarnation de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ). La Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ) est quant à elle personnifiée par Louis-Ferdinand, le négociateur, moins prompt à monter aux barricades.

Cette opposition simplifie toutefois la complexité du mouvement étudiant, estime Alexandre Leduc, ancien représentant étudiant et responsable des communications au Syndicat des étudiants employés de l’UQAM.

Le 29 août dernier, l’auditoire hésitait entre la joie de voir le problème du sous-financement de l’éducation porté à l’écran et la colère devant ce portrait grossier de la contestation étudiante. La scène de l’assemblée générale, dépeinte comme un vote expéditif où une cinquantaine de personnes déclenchent la grève, a provoqué l’indignation de la salle. «C’est le moment le plus décevant, critique Alexandre Leduc. Ça aurait été une belle occasion de montrer de vrais discours étudiants.» «Le cinéma a un côté caricatural, se défend Sébastien Rose. J’ai essayé de représenter les différentes facettes du mouvement étudiant.»

Loin de vouloir dépeindre les militants comme des extrémistes, le réalisateur veut encourager l’action estudiantine. «Je trouve que dans la réalité, il y a peu de mobilisation. J’espère que mon film va inciter les jeunes à se prendre en main pour redéfinir l’université.»

Éducation à rabais

Sébastien Rose s’alarme de la dérive du système d’éducation. «Les universités du Québec sont déficitaires. Même le plan de redressement de l’UQAM est déficitaire! C’est grave! Il faut un refinancement massif de l’État.»

L’éducation gratuite n’est cependant pas la solution miracle pour le réalisateur. Dans Le banquet, Bertrand, le professeur, se plaint du nivellement par le bas qui ouvre les portes de l’université au plus grand nombre de personnes possible. «Moi, si une plus grande démocratisation ça veut dire un niveau qui baisse, une université qui est une usine à diplômes, je suis contre, plaide Sébastien Rose, qui revendique les propos du personnage. C’est un beau rêve, l’université accessible pour tous, mais ça ne fonctionne pas. Qu’est-ce que ça vaut un bac aujourd’hui? Tout le monde a un bac!»

Le personnage de Bertrand méprise également les «pédagogues pouvant enseigner n’importe quoi à n’importe qui et qui en savent à peine plus que leurs étudiants». La boutade fait sourire Alexandre Leduc: «Il ne faut pas croire que les étudiants en éducation sont des imbéciles. Mais le système d’enseignement veut la polyvalence pour placer ses pions partout. Les profs sont moins spécialisés. Ça influence la qualité de l’éducation.» Le réalisateur estime quant-à lui qu’une telle politique mène directement à la perte du savoir, de génération en génération.

Le militantisme, le sous-financement et la crise du savoir sont mis au rancart lors de la chute brutale du Banquet. Une tuerie dans l’université met fin à tous les combats. «La grande question du film, soutient Sébastien Rose, c’est la crise de l’éducation. Le symbole ultime de la crise, c’est que les gens tirent dans les écoles».

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *