UQAMLa richesse des étudiants aînés de l’UQAM

Étienne Robidoux12 novembre 20184 min

Plus de 500 aînés occupaient les bancs de l’UQAM l’an dernier et Suzanne Maurice, 70 ans, s’est jointe à ce groupe cet automne en réalisant un retour aux études, 40 ans après les avoir quittées. Portrait de ces étudiants qui influencent à leur façon le milieu académique.

« Si les gens se demandent quel est le plus grand défi de retourner aux études à un âge plus qu’honorable, c’est  “est-ce que je vais avoir l’énergie ?”, fait part Suzanne Maurice, dont les dernières études remontent à près de quarante ans. On est plus fatigué, peut-être, que les gens dans la vingtaine. »

Fraîchement septuagénaire, Mme Maurice suit sa première session au certificat en études littéraires. Elle explique que la plupart de ses collègues étaient au cégep l’an dernier et sont déjà habitués à suivre le cadre scolaire pour les travaux et répondre aux attentes du professeur. « Est-ce que je vais dans la bonne direction ? Est-ce que c’est ça que le professeur veut ? », se demande-t-elle régulièrement.

Le Groupe de recherche universitaire sur le troisième âge (GRUTA) proposait, jusqu’en 2001, un certificat d’études personnalisées destiné aux personnes de 50 ans et plus. À la suite de compressions budgétaires, l’UQAM a dû suspendre le programme.

« En dix ans, on s’est aperçu que la population des personnes âgées est devenue plus scolarisée », observe le responsable du GRUTA et professeur au Département d’éducation et pédagogie de l’UQAM, André Lemieux. Celui-ci constate notamment une hausse d’étudiants du troisième âge qui détiennent un premier cycle universitaire.

Courtoisie de Suzanne Maurice

La première formation de Mme Maurice remonte il y a cinquante ans, au Conservatoire d’art dramatique de Montréal, en 1969. Une décennie plus tard, elle retourne aux études à l’Université de Montréal, cette fois-ci en ergothérapie.

Quittant le Québec pour la Virginie, elle pratique le métier d’ergothérapeute dans un hôpital psychiatrique de 1997 à 2014. Durant cette période, elle réalise, en tant que metteuse en scène, au moins un projet par année.

En 2014, elle tourne un nouveau chapitre en revenant au Québec, laissant tout derrière elle. C’est quatre ans plus tard, en janvier dernier, qu’elle consulte le répertoire des programmes de l’UQAM et découvre le certificat en création littéraire. « Je me suis souvenue que j’avais toujours eu une belle plume. Et je me suis dit : “tiens, ça pourrait être intéressant” », raconte-t-elle, la voix pétillante.

Expérience et autonomie

Dans certains programmes, l’âge avancé d’un étudiant peut lui conférer un avantage. C’est notamment le cas pour le baccalauréat en design de l’environnement, selon le professeur de design de l’UQAM Philippe Lupien. « C’est un métier qu’on apprend lentement et qu’on développe sur le tard, fait remarquer l’architecte. C’est très rare qu’il y ait de jeunes vedettes du design. Ça prend beaucoup de temps pour maîtriser toutes les contingences liées à ce métier-là. »

« C’est sûr que les étudiants dans la trentaine ou la quarantaine ont vécu d’autres choses et trouvent plus facilement leurs repères dans cette forme d’autonomie que les plus jeunes », note-t-il.

Un DESS dédié aux aînés ?

Le GRUTA compte mettre sur pied un diplôme d’études supérieures spécialisées (DESS) en gérontagogie de deuxième cycle, rapporte M. Lemieux. Ce programme inclurait notamment des cours de droits des personnes âgées et d’intergénérationnalité.

« On va avoir une formule d’approche spéciale : on va mettre ensemble les intervenants en gérontagogie et les personnes âgées, explique avec enthousiasme André Lemieux. Cet apprentissage va se faire par communauté de savoir et non plus [seulement] comme transmission […] d’informations. »

Selon lui, même si les chercheurs sont prêts, cela dépend de la volonté des administrateurs pour qu’un tel programme soit mis en place l’an prochain, comme il le souhaite.

« Je suis très contente quand je pars de chez moi pour aller à l’UQAM », lance Suzanne Maurice, le sourire aux lèvres. L’énergique uqamienne souhaite vivre jusqu’à 93 ans et demi et « faire sourire les gens » en écrivant des textes humoristiques.

photo: MONTRÉAL CAMPUS

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