SociétéDes milliers de personnes sorties manifester contre « les politiques racistes de la CAQ »

Étienne Robidoux8 octobre 20183 min

« La Meute, raciste – Legault, complice! », ont scandé quelques milliers de manifestants, venus décrier les « politiques racistes » de François Legault, premier ministre élu et chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), à la Grande manifestation contre le racisme, dimanche.

Le nombre de manifestants a bondi lors de cette deuxième édition, passant de quelques centaines l’an dernier à près de 3 000 personnes hier, selon une agente du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). La manifestation, qui a réuni une soixantaine de groupes, a quelque peu réorienté ses revendications à la suite de l’annonce du projet de loi de la CAQ visant à interdire les signes religieux chez les employés de l’État en position d’autorité, en incluant cette fois-ci le corps professoral. Présenté plus tôt cette semaine, ce projet de loi a été caractérisé de « véritable loi sur la laïcité » par le député caquiste de Borduas, Simon Jolin-Barrette.

« Est-ce qu’il y a un réel problème de manque de laïcité dans la fonction publique? Je ne crois pas », avance l’une des membres du groupe de la Riposte socialiste, Hélène Bissonnette.

« On parle de laïcité, mais, ultimement, qui ça touche?, se questionne-t-elle. Bien souvent, des femmes musulmanes qui devraient enlever leur voile. […] Je pense que ce projet de loi va juste accentuer l’oppression qu’elles vivent déjà. »

Safa Chebbi, l’une des porte-parole de la manifestation, juge les mesures de Legault « racistes », car elles visent « un groupe de personne en particulier : les personnes qui ont une apparence religieuse visible, principalement les musulmans, les juifs et les sikhs ».

« L’État en tant qu’institution devrait être laïque, c’est-à-dire qu’il ne s’identifie pas à aucune religion, poursuit la membre cofondatrice de la Table de concertation contre le racisme systémique. Par contre, ça ne concerne pas les individus. Ils ont tout à fait la liberté d’afficher ou d’exprimer leur appartenance de façon très libre. L’État a aussi la responsabilité de traiter ses citoyens et citoyennes de façon égale, qu’ils soient croyants ou non. »

Inquiétudes face à l’intégration

« Mon voile, je l’ai choisi. Personne ne m’a obligé à le mettre, donc personne ne m’obligera à travailler sans mon voile », lance Saïda Benabdesselam, une éducatrice en service de garde à la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.

Celle qui attend bientôt son permis d’enseignement se dit préoccupée par la proposition d’interdire les signes religieux ostentatoires, qui toucherait également le corps professoral.

« Ce qui m’a choqué, c’est que dès le lendemain de son élection, [François Legault] s’est directement attaqué aux minorités visibles et spécialement aux femmes voilées, dénonce-t-elle. On veut exclure certaines femmes du milieu du travail, mais c’est par le travail qu’on s’intègre dans le pays. »

« Ce ne sont pas les urnes qui sont la seule légitimité pour [exprimer] une opinion politique, affirme Mme Chebbi. La rue a aussi la légitimité d’exprimer une autre opinion politique. […] La CAQ ne représente qu’un quart des [électeurs], ce qui n’est pas représentatif de l’opinion politique du Québec. »

photo: CAMILLE AVERY-BENNY MONTRÉAL CAMPUS

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