CultureVaincre la peur par le rire

Camille Avery-Benny13 septembre 20183 min

Le 11 septembre dernier, l’humoriste Anas Hassouna rassemblait onze collègues à l’Olympia pour y présenter des blagues grinçantes aux thématiques extrémistes. Si racisme, homophobie et religion sont des sujets qui peuvent sembler délicats, c’est le tabou qui les entoure qui a attiré près d’un millier de personnes sur la rue Sainte-Catherine, mardi soir.

Entrant sur scène sur une musique traditionnelle arabe, l’humoriste de 24 ans a mené la soirée d’une main de maître, offrant une tribune aux blagueurs issus de la communauté multiculturelle québécoise. De Rachid Badouri à Mariana Mazza en passant par Roman Frayssinet, le spectacle Extrémiss a présenté un alignement impressionnant à un public aux horizons des plus diversifiés et qui en redemandait.

« Je suis tanné d’avoir peur », avoue Anas Hassouna, sur scène, avant d’enchaîner avec des blagues mordantes oscillant entre la satire et l’ironie. C’est au lendemain d’attentats terroristes en France que l’animateur a eu l’idée de lancer une soirée à thématique extrémiste.

« Mes amis et moi, on a vraiment senti un malaise et le besoin d’adresser ce genre de choses », affirme celui qui a présenté son projet pour la première fois au Zoofest l’an dernier. « L’objectif pour nous était clair : on voulait rire du sujet de manière à rassembler les gens », ajoute l’humoriste, qui croit arrogant de dire que son spectacle peut faire changer les mentalités.

Devant une thématique qui aurait pu soulever une controverse, selon Fishnet TV, la production du spectacle a été rassurée par l’attitude optimiste de ses partenaires. « La direction de Zoofest et de l’Olympia ont été de précieux alliés », souligne le président de Fishnet TV et producteur Lamine Chetoui.

Sans filtre

Dans l’assistance, l’ambiance est légère et la foule, énergique. « Vaut mieux en parler et en rire que d’ignorer le sujet, soulève le spectateur Juan Carlos Silva Lenares. Pour moi qui viens d’une communauté latine, c’est naturel de faire des blagues racistes. »

Si déconstruire les stéréotypes et les préjugés n’est pas l’objectif principal du spectacle, c’est inévitablement ce qu’il encourage. « Je sais, j’ai de la famille dans le domaine », plaisante notamment l’humoriste Reda Saoui en abordant les motivations des groupes terroristes.

« Les gens qui assistent aux numéros vont peut-être avoir moins peur et se prendre moins au sérieux », avance l’étudiante au cégep André-Laurendeau, Lamis, venue voir Rachid Badouri.

« Ça doit faire du bien à des gens différents, non seulement du point de vue ethnique, mais aussi sexuel et social, de se retrouver dans une salle et de se dire que finalement, on pense tous pareil », soulève Anas Hassouna. Il précise qu’il ne s’agit cependant pas d’un spectacle de défense des communautés ethniques et que son mandat est avant tout de « faire passer à tous une soirée incroyable ».

Extrémiss était présenté pour la troisième fois mardi soir et sera remis sur pied éventuellement par son animateur, Anas Hassouna, qui se concentre actuellement sur sa carrière solo d’humoriste.

photo: Production Fishnet TV 

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