Le Printemps érable m’a permis de découvrir le bonheur de l’engagement, raconte Léa Clermont-Dion, documentariste, activiste féministe et chargée de cours à l’UQAM depuis 2024. Le Montréal Campus s’est entretenu avec elle pour revenir sur cinq moments forts de son parcours.
Son intérêt envers le féminisme commence en 2004 pour Léa Clermont-Dion par l’écoute d’une entrevue radio de la militante Françoise David sur la parution de son livre Bien commun recherché. Lors de cet entretien, l’activiste racontait son engagement auprès de la Fédération des femmes du Québec. Léa Clermont-Dion, alors âgée de 13 ans, se sent interpellée par le parcours de la militante.
Après cette entrevue, elle rédige – à seulement 13 ans – un travail de recherche sur l’histoire des femmes du Québec. « Ça m’avait semblé saugrenu de penser que les femmes avaient obtenu le droit de vote seulement en 1940, qu’elles n’avaient pas pu avoir de compte en banque avant longtemps », avoue-t-elle au Montréal Campus. Sa prise de conscience l’amène, très jeune, à s’impliquer pour le féminisme et à faire ses premiers pas dans l’engagement militant. Lorsqu’elle a 14 ans, le 8 mars 2006, elle est l’une des têtes d’affiche de la conférence « L’égalité, acquise? » à l’UQAM qu’elle a organisée avec Cathy Wong et plusieurs autres militantes.
Printemps érable
Le Printemps érable marque un tournant dans ses études à l’UQAM, alors qu’elle est étudiante au Baccalauréat en science politique. Mme Clermont-Dion raconte que cet événement prenait tout son temps comme elle était présente à tous les jours aux manifestations. Le 13 février 2012, la majorité des associations étudiantes du Québec, dont l’Association facultaire étudiante de science politique et droit (AFESPED), entre en grève en contestation à la hausse des frais de scolarité.
Cette grève prend fin le 7 septembre 2012, faisant d’elle la plus importante de l’histoire du Québec et du Canada. « Vivre la solidarité concrètement, physiquement, c’est vraiment galvanisant. On trouve un sens à notre vie avec l’engagement. »
« Je n’ai jamais vécu quelque chose de similaire. Une effervescence collective. Je veux dire, c’était fou. J’ai fait des assemblées de cuisine chez nous avec des centaines de personnes », raconte Léa Clermont-Dion. La jeune femme explique que ce mouvement lui a permis de comprendre la « joie » entourant l’implication.
« On trouve un sens à notre vie avec l’engagement »
Léa Clermont-Dion, activiste féministe, réalisatrice et chargée de cours à l’UQAM
Un film à dimension personnelle
En 2021, alors candidate au doctorat, elle réalise le documentaire T’as juste à porter plainte qui relate les différentes étapes du processus judiciaire et des failles du système dans des cas de plaintes pour agression sexuelle. « Cette série documentaire a été intégrée dans les formations obligatoires des tribunaux spécialisés en matière de violences conjugales et sexuelles. Donc, c’est marquant pour la communauté », explique-t-elle.
« Son rôle de féministe engagée a définitivement fait avancer le Québec sur les questions liées au corps, à l’acceptation de toutes et aux violences de genre », a expliqué dans un courriel envoyé au Montréal Campus son amie, la chercheuse et autrice Maïka Sondarjee.
Le projet a aussi une dimension personnelle pour la réalisatrice. Le long-métrage suit son parcours en justice en lien avec une agression sexuelle, qu’elle a vécu adolescente, par son ancien patron Michel Venne.
Avortement et haine en ligne
En 2023, son long-métrage Je vous salue salope lui a valu une nomination au Gala Québec cinéma et deux prix Gémeaux. Dans ce documentaire, elle analyse la haine en ligne envers les femmes, tout comme dans les thèses doctorale et postdoctorale de l’étudiante. « J’ai identifié des figures de résistance [aux discours haineux]. Puis, ça [le documentaire] me permettait de garder un pied sur le terrain. Je pense que c’est vraiment important quand on fait ce genre de travail », raconte-t-elle. Elle travaille d’ailleurs sur un livre sur le même sujet, intitulé Le silence des filles.
Mitsou Gélinas, animatrice et ex-collègue de Léa Clermont-Dion, raconte s’être posé la question si la démarche de cette dernière allait devenir redondante pour la population. « Au contraire, parce qu’elle s’intéresse à tout. Avant tout le monde aussi. Ou au bon moment. Elle a vraiment un sens du timing exceptionnel. Elle sent le pouls de la population. » C’est ce qu’en est venue à la conclusion l’ancienne chanteuse, en entrevue avec le Montréal Campus. En 2024, le documentaire La peur au ventre sur la montée des groupes antiavortement au Canada voit le jour, réalisé par Léa Clermont-Dion. Ce projet fait suite au recul du droit à l’avortement dans plusieurs pays, dont les États-Unis, ce qui a fortement touché le Québec, dit-elle. « Ce qui a été le plus marquant pour moi, c’est La peur au ventre, parce que j’ai été en contact avec des gens qui étaient diamétralement opposés à moi. C’était vraiment une très, très, très forte expérience. »



Laisser un commentaire