Abolition du PEQUne « trahison » pour des immigrant(e)s qui sortent dans les rues

Immigrant(e)s, syndicats, milieux patronaux, chambres de commerce et partis politiques ont bravé le froid montréalais samedi pour dénoncer d’une seule voix l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). 

Rassemblé(e)s devant les bureaux du ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration, les manifestant(e)s ont dénoncé une décision qui plonge de nombreuses personnes immigrantes dans l’incertitude. 

« On veut le PEQ! On veut le PEQ! » ont scandé quelques centaines de manifestant(e)s, dont les voix s’élevaient malgré un mercure affichant -15 °C. Entre les écharpes et les tuques, les pancartes brandies portaient une demande claire : l’instauration d’une clause de droit acquis. Cette mesure garantirait l’accès au PEQ pour tous ceux et celles qui étaient déjà sur le territoire avant son abolition.

Pour Alae Amarouch, 46 ans, d’origine marocaine, le gouvernement n’a pas tenu sa promesse. « Je me sens démuni, trahi, détruit. Je vis actuellement dans l’incertitude et dans l’angoisse », a confié l’homme à la foule, serrant le microphone d’une main tremblante depuis le petit parc de la Place de la paix, situé devant les bureaux du ministère. Le 19 novembre dernier, deux jours seulement avant qu’il puisse déposer son dossier au PEQ, ce chauffeur d’autobus à Chambly a vu le programme supprimé sans préavis.

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) promettait une voie d’accès rapide à la résidence permanente pour la main-d’œuvre et la population étudiante étrangère grâce au PEQ. 

Cliquez pour voir les positions des deux candidat(e)s à la course à la chefferie de la CAQ
Alors que la course à la chefferie de la CAQ bat son plein, la candidate Christine Fréchette s’est engagée mardi à réactiver le programme pour deux ans si elle est élue. Cette mesure permettrait d’accorder une clause de droit acquis aux candidat(e)s déjà présent(e)s sur le territoire au moment de la fermeture du programme. De son côté, Bernard Drainville propose une clause de droits acquis selon des critères d’admissibilité plus stricts que ce que prévoyait le PEQ : elle viserait les immigrant(e)s établis depuis au moins deux ans, maîtrisant le français et occupant un poste « prioritaire », notamment dans les secteurs de la santé, de l’éducation ou du manufacturier. 
Mention photo : Julianne Mondoloni

Après le PEQ, un programme qui « exclut »

Le PEQ a cédé la place au Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), qui privilégie notamment les candidat(e)s établi(e)s à l’extérieur de Montréal en leur offrant plus de points, augmentant ainsi leurs chances de sélection. Le PSTQ fonctionne avec un système de points décernés selon le niveau d’éducation, les années d’expérience de travail à l’étranger et au Québec, le niveau de maîtrise de la langue française, l’âge et la région de résidence. 

« À 46 ans, je n’ai aucune chance d’être sélectionné, malgré mes compétences », a lâché Alae Amarouch à la foule, qui vit au Québec avec sa conjointe et ses enfants depuis juin 2023.

Pauline, jeune Française arrivée en 2022 avec un permis d’études pour rejoindre sa famille, croit que le PSTQ ne lui permettra pas de rester. « Je travaille dans le secteur de la justice, qui n’est pas considéré comme prioritaire », déplore-t-elle. Elle ajoute avoir dépensé des milliers de dollars pour un diplôme d’études collégiales non reconnu en France. 

« Si j’avais su que les choses allaient changer en cours de route, jamais je ne me serais lancée ici », dit-elle. 

Un constat similaire pour Nasrine et Samir, rencontré(e)s par le Montréal Campus alors que la foule marchait le long du boulevard Saint-Laurent. Le couple était prêt à soumettre son dossier au PEQ lorsque le programme a été aboli. Pour espérer obtenir des points dans le cadre du PSTQ, le couple devrait quitter Montréal. « On devrait faire une immigration express, quitter la ville, perdre notre emploi, notre maison, notre famille, nos amis et tout recommencer à zéro », explique Nasrine.

Front commun

Des élu(e)s de Québec solidaire (QS) et du Parti libéral du Québec (PLQ) ont joint leur voix à celle des manifestant(e)s, tandis que le Parti Québécois, actuellement en tête des sondages, était absent. QS et le PLQ s’opposent à la suppression du PEQ, soutenant que le gouvernement doit respecter ses engagements envers ceux et celles qu’il a lui-même invité(e)s. 

Cette position était partagée par plusieurs syndicats, dont la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Présente sur les lieux, la présidente de la CSN, Caroline Senneville, a dénoncé au Montréal Campus une « injustice majeure » envers ceux et celles à qui l’on a « tourné le dos ». « Ce qui est fait en ce moment, c’est renier notre parole aux immigrant(e)s », a-t-elle déclaré.

Outre les acteurs institutionnels, le rassemblement a été porté par un élan de solidarité citoyenne. Parmi ces visages, Monique Fournier, une sociologue québécoise dans la quarantaine, s’est présentée au Montréal Campus comme une alliée. « Ici, on peut militer en sécurité pour protéger nos immigrés et je pense qu’on a la responsabilité de le faire », a dit la sociologue. Pour elle, le Québec ne peut exister sans l’inclusivité. 

D’autres rassemblements avaient aussi lieu samedi à Québec, à Trois-Rivières, à Sherbrooke, à Chicoutimi, à Saguenay, à Gatineau et à Rimouski. 

                                                         

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