La soirée du format court

Le festival international de court métrage Courts d’un soir lançait sa 8e édition le 12 avril dernier à Montréal. Le Montréal Campus a assisté, le 13 avril, à la troisième soirée de projection intitulée La tête sous l’eau et a pu couvrir trois films qui sont de bon augure pour la relève internationale et québécoise du cinéma court.

Le Temple : bataille navale et tentacules

Mystères sous-marins et horreurs abyssales enveloppent le récit autant envoûtant qu’effrayant de Le Temple, le court métrage d’animation d’Alain Fournier.

Le film québécois adapte librement le récit éponyme d’H.P Lovecraft, dans lequel l’équipage d’un sous-marin allemand se retrouve, à la suite d’étranges évènements, coincé sous la mer de l’Antarctique. Récit lovecraftien oblige, le commandant Heinrich (Jean-François Beaupré) doit donc faire face à plusieurs atrocités tentaculaires, mais aussi à un équipage sur le bord de la mutinerie.

Avec un récit concis qui s’adapte parfaitement au format du court métrage, le film n’a aucune longueur et sait tenir le public en haleine tout le long de ses 17 minutes. 

Une magnifique plongée

Avec une animation en 3D simplement époustouflante frôlant le réalisme, Le Temple présente une identité visuelle distincte soutenue par un jeu d’éclairage plus que maîtrisé. Par exemple, les plans sous la mer où la seule lumière provient du fameux sous-marin U-29 de l’équipage sont à couper le souffle. Chaque plan raconte donc sa propre histoire et une ambiance mystique se construit lentement, mais sûrement tout au long de l’histoire.

La beauté visuelle du film est aussi soutenue par une composition musicale magnifique. À travers sa musique, Patrick Lavoie sait habiller à la fois les scènes d’incertitudes, mais aussi celles des grandes batailles navales, lors de la première partie du court métrage. Les deux acteurs qui forment la distribution de Le Temple, Jean-François Beaupré et Olivier Barrette, livrent de solides prestations qui, avec le reste du travail sonore de Raymond Legault, réussissent à compléter une ambiance horrifante.

À la fontaine : l’envers du deuil

À travers le personnage d’Alice (Sara Montpetit), le court métrage réalisé par le jeune cinéaste de 20 ans Philippe Berthelet, À la fontaine, explore une situation difficile avec une sensibilité et une beauté qui se font rares. 

Cependant, le scénario est quelque peu vide, se contentant d’un simple rafistolage de moments du quotidien d’Alice. Un important rebondissement vers la fin du film permet toutefois de compenser la faiblesse de l’histoire. Malgré tout, les personnages manquent de profondeur et après ses 13 minutes, le film laisse le public sur sa faim.

Les dialogues saccadés donnent trop l’impression d’être lus, ce qui entache la crédibilité du récit. Sara Montpetit et Paul Doucet arrivent malgré tout à livrer des performances convaincantes et touchantes, surtout lorsque leurs personnages ne parlent pas. La meilleure scène du court métrage est d’ailleurs la dernière, où Sara Montpetit ne dit pas un mot, mais transmet tout ce qu’elle a à dire uniquement par ses expressions faciales.

Mention photo : Aimé Irabahaye et Nicholas Tadro

Avec justesse

Ceci étant dit, même si À la fontaine ne traite pas d’un sujet des plus originaux, le court-métrage arrive à aborder le deuil de manière juste tout en y apportant sa touche personnelle et un angle unique qui mérite d’être exploré.

Le petit budget se fait malheureusement ressentir lors de la production sonore. La conception sonore de Zachary Plourde fonctionne lorsque certains sons sont suramplifiés, créant efficacement un effet d’inconfort. Cependant, la majorité du temps, les sons ajoutés en postproduction manquent de naturel, ce qui brise un peu l’immersion du public.

Par contre, en ce qui concerne le visuel, il n’y a rien à redire. La direction photo d’Aimé Irabahaye et de Nicholas Tadros est tout simplement magnifique. Le noir et blanc est habilement utilisé pour donner une profondeur sans égal à l’image, et le cadrage en 4:3 permet des plans serrés qui se prêtent bien au scénario de Philippe Berthelet.

Le voyage d’un souvenir d’Allos Enas

Allos Enas s’inspire de l’image tristement célèbre de l’enfant syrien échoué sur une plage de Turquie après le naufrage d’un bateau de réfugiés en septembre 2015. Le film est ainsi un voyage psychologique et mélancolique qui se pose la question « Et si j’avais pu sauver cet enfant ? ». 

Se traduisant littéralement par Un autre, le film réalisé par Theo Papadoulakis propose de suivre un pêcheur qui découvre l’image de l’enfant à la suite d’une sortie de pêche en pleine tempête. Ce dernier s’imagine donc comment il aurait pu retrouver et secourir cet enfant. 

Au rythme des vagues, le public découvre comment le pêcheur, interprété avec douceur par Sofoklis Malaxianakis, aurait pu s’occuper de l’enfant. Un montage efficace permet d’alterner avec fluidité entre les deux réalités. 

Mention photo : Giorgos Bombolakis

Un cauchemar magnifique

Les images d’Allos Enas sont à couper le souffle sur quasiment toute la ligne. Seul bémol, les scènes en pleine mer souffrent d’images de synthèse de petit budget qui heurtent l’immersion en début de film. Le reste de la direction photo de Giorgos Bombolakis jouit cependant d’une compréhension de l’éclairage et de la composition d’images hors du commun qui ne fait qu’améliorer l’œuvre de Theo Papadoulakis. 

Le court métrage étant presque entièrement muet, ce sont les images qui portent le récit de l’avant. Sofoklis Malaxianakis apporte une douceur et une intensité uniques à chaque plan. À travers les dix minutes du film, rien n’est dit de manière explicite, mais à travers les regards, tout est immédiatement compris. Rarement un seul soupir aura été aussi efficace pour raconter une histoire  à la fois simple et complexe.

Allos Enas propose une idée réellement unique et comprend parfaitement le format court au cinéma, sachant tirer sa révérence au bon moment. C’est ce qui en fait une véritable pépite du festival Courts d’un soir.

Mention photo : Gabriel Beauvais

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