CultureLe monde de l’humour, de plus en plus éclaté au Québec

Olivier Guillet27 décembre 20224 min

L’émergence des humoristes en ligne et la popularité grandissante des soirées de « stand-up » offrent la possibilité de faire carrière en humour, et ce, sans formation professionnelle. Pour rester un pilier de la formation des humoristes, l’École nationale de l’humour (ENH) doit s’adapter à un milieu en pleine évolution.

L’ENH, premier établissement de formation professionnelle en humour au monde, célébrera ses 35 ans d’existence en 2023. Près de 81 % des artistes nommé(e)s au Gala Les Olivier en 2021 étaient d’anciens et d’anciennes diplômé(e)s de l’école, selon son site Internet. « L’impact et le rayonnement des diplômés, c’est la donnée la plus éloquente pour toute institution », affirme la fondatrice et directrice générale de l’ENH, Louise Richer.

« Sans l’école de l’humour, je ne pense pas que je serais humoriste aujourd’hui », affirme Dominic Paquet, humoriste diplômé de l’ENH en 1998. Ce dernier présente actuellement son quatrième « one-man-show » (Laisse-moi partir). L’encadrement par des praticiens et des praticiennes, comme l’auteur François Avard, a permis à M. Paquet de bâtir sa confiance, lui qui se trouvait timide à l’époque. 

De son côté, la finissante du programme de création humoristique de l’ENH Élizabeth Grondin mentionne qu’il s’agit d’une formation de croissance personnelle. « Ça vient jouer dans les cordes de qui tu es, puisque les textes parlent de soi, ajoute-t-elle. Chaque semaine, il faut présenter un numéro. On doit l’écrire, le présenter au prof et à des auteurs, le corriger, l’apprendre par cœur et ensuite le présenter. ». Le travail sous pression est habituel pour les étudiants et les étudiantes de l’ENH.

Même si elle estime qu’il n’est pas obligatoire de passer par l’école pour devenir humoriste, Mme Grondin juge que, dans son cas, étudier à l’ENH était essentiel, car elle n’avait jamais fait de « stand-up » auparavant. Les diplômé(e)s de l’ENH se distinguent des autres humoristes par leur acquisition d’une crédibilité qui aide leur début de carrière, selon Mme Grondin. « Ça fait une différence sur un CV », plaide-t-elle.

Un parcours différent

Pour les humoristes de la relève, l’ENH n’est pas le seul chemin possible pour faire carrière — et c’est d’autant plus vrai aujourd’hui. Arnaud Soly, Mariana Mazza et P-A Méthot ont réussi professionnellement sans étudier à l’ENH. Ces humoristes ont notamment fait leur chemin sur les réseaux sociaux ainsi qu’à la forte popularité des soirées d’humour dans les restaurants et les bars. 

Zach Poitras est un humoriste de 32 ans. Il se consacre entièrement à son métier depuis six ans sans avoir reçu de formation professionnelle. Ce qu’il aime par-dessus tout, c’est de faire du « stand-up ».   

La popularité des soirées d’humour lui permet de vivre de sa passion. « On peut jouer tous les jours si on veut », témoigne l’humoriste. 

Malgré le respect qu’il accorde aux créateurs et aux créatrices de contenu humoristique sur les réseaux sociaux, Zach Poitras ne comprend pas vraiment cette « game-là ». « Moi, je suis sur la scène, c’est ce que je veux faire », précise-t-il.

Une formation en constante évolution

Pour la directrice Louise Richer, garder l’ENH pertinente est une préoccupation « obsessive ». « Une formation professionnelle, quelle qu’elle soit, pour demeurer pertinente, doit être en adéquation avec l’évolution même de la pratique professionnelle », croit-elle. 

L’environnement dans lequel se forme la relève n’est plus dans l’ère de l’humoriste qui « plaît à tous », estime Mme Richer. Quelques années auparavant, les artistes dépendaient des organisateurs et des organisatrices de festivals d’humour, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Les réseaux sociaux et la diversification des clientèles cibles offrent un public aux créatrices et créateurs considéré(e)s plus marginaux et marginales. 

« On n’a plus peur des Denis Drolet, nous sommes rendus en 2022 », lance la fondatrice de l’ENH qui fait allusion à l’humour absurde du duo qui ne faisait pas l’unanimité à l’époque. « On tient à favoriser l’éclosion de la singularité de chacun », résume Mme Richer.

Mention illustration : Camille Dehaene | Montréal Campus

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