CultureFaire de l’improvisation son métier, un défi

Mathilde Beaulieu-Lépine23 décembre 20225 min

Ce texte est paru dans l’édition papier du 30 novembre 2022

Les joueurs et les joueuses d’improvisation réclament une professionnalisation de leur art, mais le milieu culturel québécois est encore réticent à l’idée de l’intégrer comme option de carrière viable au sein des arts de la scène. Certaines initiatives montréalaises proposent des pistes de solution pour y remédier. 

Arrivé au Québec en 2011, l’étudiant d’origine française Armand du Verdier a tout de suite su qu’il voulait essayer l’improvisation. Il a décidé de tenter sa chance avec la ligue de l’Université de Montréal, sans succès. « Je me suis pris une grosse claque, je n’ai rien compris de ce qui m’arrivait », raconte-t-il. Après avoir suivi de nombreux cours, notamment ceux de l’École d’impro de la Ligue Nationale d’Improvisation (LNI), il est maintenant partie prenante de l’univers de l’improvisation montréalais.

C’est à la Rocambolesque qu’Armand a trouvé ses repères. Cette ligue montréalaise regroupe différentes activités de jeu comme des cours, des équipes plus compétitives ou des matchs d’exploration. Des auditions sont tenues deux fois par an par la Rocambolesque pour classer les interprètes selon leurs besoins. La ligue présente aussi des centaines de spectacles chaque année.

En tant que coordonnateur des projets de la Rocambolesque, Armand est l’une des rares personnes qui vivent de cet art au Québec.

La ligue d’improvisation centrale de l’Université du Québec à Montréal (LicUQAM) regroupe année après année les meilleur(e)s interprètes de l’Université. « J’ai toujours aspiré à jouer dans la LIC », révèle David Laflamme, joueur membre de l’équipe du Mistral de la LicUQAM. Pour lui, cette ligue a toujours représenté un défi qu’il se lançait à lui-même et l’apogée de ses efforts en tant que joueur.

Sa carrière ayant débuté au primaire, David ne voit pas de fin à son parcours pour l’instant. S’il le pouvait, il vivrait de l’improvisation. « Ça serait la meilleure façon de gagner ma vie », exprime-t-il.

David explique que pour pouvoir en faire une carrière viable financièrement, il devrait non seulement participer à des parties, mais aussi entraîner plusieurs équipes et s’impliquer en dehors de la patinoire en tant qu’organisateur. Le joueur n’est pas prêt à mettre les efforts nécessaires pour le faire.

Peu de carrières

Même si les joueurs et les joueuses sont intéressé(e)s, peu d’opportunités pour une carrière professionnelle sont offertes dans le domaine de l’improvisation. Frédéric Barbusci, fondateur de l’organisme des Productions de L’Instable, tente de remédier à la situation.

Au cours de l’année 2021, les Productions de L’Instable et le Théâtre Aux Écuries ont lancé un nouveau concept : un spectacle complètement improvisé et spontané intitulé PARC. Le but était de faire entrer le théâtre d’improvisation dans le monde du théâtre traditionnel. Les critiques ont été favorables, mais l’expérience n’a pas été répétée. 

En janvier 2023, Frédéric Barbusci lancera une nouvelle initiative pour tenter de professionnaliser les improvisateurs et les improvisatrices. Jouer, improviser, maintenant (JIM) sera un terrain de jeu pour les interprètes qui souhaitent essayer de nouvelles choses, en dehors du contexte d’un match. M. Barbusci espère que les joueurs et les joueuses participeront à cette initiative afin de trouver des solutions aux problèmes qu’ils et elles rencontrent sur la patinoire. « Sans nécessairement venir [sur le terrain de jeu] pour trouver, mais venir pour faire, pour rencontrer », indique le fondateur des Productions de L’Instable.

Des ateliers sous forme de jeux d’exploration seront donnés plusieurs fois par semaine. Ceux-ci seront accessibles pour tous et pour toutes, mais M. Barbusci pense qu’ils seront populaires auprès des acteurs et des actrices déjà établi(e)s.

« Je veux que ce soit un endroit utile au théâtre, mais pour nous, notre outil principal, c’est l’impro », précise M. Barbusci. Il affirme que les deux formes d’art sont indissociables.

Selon lui, faire de l’improvisation professionnelle n’est pas toujours envisageable. « Même les finissants et les finissantes des écoles de théâtre peinent à se tailler une place dans le monde des acteurs et des actrices », mentionne-t-il.

Barbusci pense que le rôle d’improvisateur ou d’improvisatrice peut éventuellement s’ajouter à la liste des métiers artistiques. « J’espère que d’autres compagnies vont [s’ouvrir] pour faire des productions », exprime-t-il.

Des formats différents

Le monde de l’improvisation est en pleine évolution, avance M. Barbusci. En créant de nouvelles opportunités, les interprètes arrivent à trouver un terrain de jeu qui leur convient. Selon lui, c’est de cette manière que l’improvisation peut se tailler une place dans l’univers culturel professionnel québécois.

À Montréal, plusieurs options permettent déjà aux interprètes de s’éloigner de la rigidité de l’art popularisé par Robert Gravel. Supervisée par un ou une arbitre, une partie se joue traditionnellement à l’intérieur de bandes d’improvisation. Pour le coordonnateur des projets de la Rocambolesque Armand du Verdier, ce format, qui est encore exploité dans plusieurs ligues, est une bonne manière d’apprendre les bases de l’improvisation, mais il peut rapidement devenir restrictif.

Le format du spectacle Le Punch Club mérite d’être plus connu, selon le joueur de la LicUQAM David Laflamme. « C’est la forme la plus pure et simple de l’improvisation, il n’y a pas de règle, c’est trois [contre] trois et ce sont les meilleurs au Québec », explique-t-il. Des formats plus longs existent aussi, comme La LNI s’attaque à… , qui explore l’improvisation théâtrale et structurée.

David Laflamme ajoute que la ligue de la Limo-Improvisation propose « de l’improvisation sans règle stricte, avec audace, ouverture et irrévérence ». Cette ligue gagne aussi en popularité depuis quelque temps.

Pourtant, les personnes approchées par le Montréal Campus ne sont pas inquiètes du sort réservé à la partie traditionnelle. « C’est très difficile de s’en détacher », déclare Armand du Verdier.

Mention photo : Chloé Rondeau | Montréal Campus

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