UQAMUn confessional pour la communauté étudiante

Mia Gagné Vincent16 février 20225 min

Si vous faites partie de la communauté uqamienne, vous avez probablement entendu parler du compte Instagram uqam.confessions. Vous vous y êtes peut-être même déjà « confessé ». La page, qui compte aujourd’hui plus de 2700 abonné(e)s, semble parfois susciter la controverse.

« Pétition pour bannir les chaises inconfortables à l’UQAM. »

« Qui d’autre est déprimé par les cours en ligne? »

« Allo je me cherche un chum en éduc »

« Où dormir à l’UQAM? »

Voici quelques-uns des messages publiés sur la page Instagram uqam.confessions.

Si elle le faisait au départ simplement pour « suivre la tendance », la personne qui se cache derrière le compte désire alimenter la page jusqu’à la fin de ses études, a-t-elle confié au Montréal Campus, sous le couvert de l’anonymat. Elle a créé ce compte au mois de décembre 2021, une semaine avant le début des examens finaux, après avoir constaté un engouement pour ce genre de contenu sur les réseaux sociaux.

« Je trouve ça quand même bien, ça peut même créer un certain esprit de communauté », décrit Roxanne Thomassin, étudiante au certificat en littérature à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’étudiante a elle-même déjà fait publier un message sur la page afin d’obtenir des informations sur le baccalauréat en télévision, pour lequel elle souhaite poser sa candidature. « T’en apprends plus sur les différentes perspectives de chacun(e) », ajoute-t-elle.

Si pour Roxanne ce compte a des retombées majoritairement positives pour la communauté étudiante, elle s’interroge sur les aspects plus négatifs de celui-ci. Par exemple, « quand les personnes disent des noms complets de personnes sur la page », ou encore « qui dénoncent un certain problème sans s’adresser directement à la personne », énumère-t-elle.

Un compte qui va trop loin?

La personne qui gère la page est sans équivoque : « si ça vient qu’il y a trop de problèmes, je vais la fermer ». Elle ajoute que si une personne lui demande de retirer une publication, elle le fait.

Même si elle tente du mieux qu’elle peut de filtrer le contenu, elle avoue parfois uniquement « survoler » les confessions.

Après avoir consulté la page Instagram, le professeur au département de communication sociale et publique Camille Alloing s’interroge sur les intentions de la personne derrière le compte. « Les publications toutes mélangées comme ça, ça donne la sensation que c’est fait juste pour être fait », avance le professeur.

Selon lui, des futures situations problématiques sont peu probables avec le compte Instagram uqam.confessions. « C’est plutôt les personnes qui s’occupent du compte qui doivent faire attention. Parce que si elles [publient] un propos diffamatoire […], elles se retrouveront dans une situation où soit elles devront donner le nom de la personne qui a fait le message, soit en prendre le contrecoup », nuance l’enseignant, tout en rappelant que personne n’est anonyme sur le web.

M. Alloing ne pense pas que l’UQAM devrait intervenir pour fermer la page Instagram. « Cela pourrait être pris comme de la censure, et à l’UQAM, la liberté d’expression, c’est censé être quelque chose de central », souligne-t-il. L’Université pourrait toutefois demander que certains messages soient retirés si des propos diffamatoires envers l’établissement étaient publiés, sans demander à ce que le compte au complet soit supprimé.

L’enseignant explique que la communauté étudiante a déjà des moyens de s’exprimer librement au sein de l’établissement, sans avoir à utiliser un réseau social pour le faire. L’évaluation des enseignant(e)s, par exemple, est un processus qui se déroule dans l’anonymat.

Une page qui fait œuvre utile

Des étudiant(e)s peuvent se sentir moins seul(e)s en voyant qu’un malaise ressenti ou qu’une interrogation est partagée par les autres membres de la communauté étudiante.

Certaines confessions démontrent même le besoin des étudiant(e)s de s’exprimer et de dénoncer des comportements problématiques sous le couvert de l’anonymat. « J’ai été agressée par un prof. Je veux le dénoncer, mais il est très influent à l’UQAM. Donc si je le fais, les conséquences vont être horribles pour moi » et « hey guys j’suis en profonde dépression […] est ce que vous [auriez] des ressources [d’aide]» en sont des exemples. Sous ces mêmes publications, des abonné(e)s ont fourni des ressources à ces étudiants et ces étudiantes en détresse, notamment des lignes d’aide téléphoniques.

Pour M. Alloing, cette page Instagram répond au besoin de la communauté étudiante de s’exprimer et de dénoncer certaines situations. « En tant qu’institution, on pourrait se demander ce qu’on pourrait fournir comme exutoire aux étudiants et aux étudiantes », se questionne-t-il.

« À la fin de la journée, je fais juste ça pour le plaisir », rappelle toutefois la personne derrière le compte Instagram uqam.confessions.

Mention photo Manon Touffet | Montréal Campus

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