CultureH’RIRA : le Maroc haut en couleurs

Camille Brasseur27 octobre 20213 min

Avec H’rira, l’artiste québéco-marocaine Sfiya raconte le Maroc dans sa première exposition au Centre Culturel Marocain de Montréal du 21 au 28 octobre. Dans des toiles superbes et captivantes, elle explore sa culture, son identité et son expérience personnelle.

Les toiles de Sfiya sont colorées, graphiques et pleines de détails. Dans une approche maximaliste, elles transportent le spectateur au Maroc, celui que l’artiste connaît.

C’est un Maroc humain, vivant, empreint d’un beau mélange de cultures. On y observe des familles, des touristes, des artistes, les grands-parents de Sfiya, un couple d’amoureuses, des chats, et partout, le zellige, cette mosaïque marocaine typique.

Dans ses toiles, l’artiste expose des situations du quotidien : l’intérieur d’une maison, l’animation d’une rue, des fêtes. Ses œuvres transcendent la réalité. Quelques signes enfantins et des caractères arabes, berbères ou latins témoignent de l’ambiance de la scène. À tel point que le public croit parfois entendre le brouhaha des voix et des musiques.

Wa h’rira hiya ! [Voilà la soupe !]

Lors du vernissage de l’exposition, c’est une ambiance envoûtante avec musique, distribution de thé à la menthe et dégustation de h’rira, une soupe riche et épaisse marocaine, qui accueille le public. Le h’rira est un mets typique du ramadan, le mois pendant lequel les musulman(e)s jeûnent du lever au coucher du soleil.

Peut-être à cause de la composition insaisissable et chargée de ce plat, la h’rira est aussi, au sens figuré, un état d’anarchie et de chaos, souvent inévitable. L’artiste a choisi de plonger dans sa h’rira personnelle pour la partager avec le public. Les deux sens du mot justifient le nom de l’exposition.

Sfiya, la petite Safae aux deux cultures

L’artiste s’appelle Safae, ou Sfiya de son surnom typiquement marocain, une version plus enfantine et attachante. Elle est née à Montréal, puis a grandi au Maroc. En 2017, elle a choisi de revenir au Québec. Comme elle l’explique : « Plus on s’éloigne physiquement, plus intérieurement il y a un attachement qui se crée, une connexion qu’on a envie de préserver. »

Alors, elle peint une toile qu’elle intitule H’rira, en référence à son état d’esprit. « Ça a été le commencement pour moi, j’avais plein d’idées et j’avais du mal à faire le tri et à me reconnecter de façon saine à la culture marocaine. » Au fur et à mesure, elle s’est apaisée et chaque idée est devenue une toile. « À la fin ça donne quelque chose d’hyper bienveillant dans la guérison et la réconciliation », conclut-elle.

Décolonisation et réflexion identitaire

La toile intitulée Mounika présente deux personnes. L’une est vêtue d’une djellaba, une longue robe traditionnelle, et d’un voile. Elle porte des perruches en cage sur la tête et des khobz dar, des pains maison, dans les bras. L’autre a des vêtements bariolés, des lunettes en forme de cœur et une poupée blanche à la main.

Tout un spectre de possibilités existe entre les deux. Sfiya interroge le public sur l’importance de l’équilibre entre appartenance et émancipation, tradition et mondialisation.

Les visages sont souvent fermés, voire mécontents. Sfiya explique : « Il y a un “struggle[une lutte intérieure] que je voulais matérialiser. C’est un processus, il y a toujours quelque chose qui ne va pas. » Mais parfois, le bonheur s’impose largement et la toile dégage un bien-être incroyable. « Ça, c’est de la joie. C’est de l’amour pur », confirme Sfiya.

Cet hommage au Maroc veut rompre avec la représentation orientaliste et colonialiste de l’art nord-africain. C’est un pari réussi.

Photos fournies

Un commentaire

  • Benjelloun samira

    27 octobre 2021 at 11:51

    Bravo l’artiste et très bonne continuation.

    La

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