SociétéUn climat médical angoissant pour les personnes grosses

Malika Alaoui25 mai 20215 min

Ne pas se sentir écouté(e)s par les professionnel(le)s de la santé, se faire discriminer en raison de son poids : c’est la réalité de plusieurs personnes grosses dans les bureaux des médecins. Si certain(e)s ont simplement cessé d’aller à des rendez-vous médicaux à la suite d’expériences de grossophobie médicale, ils et elles sont anxieux(ses) à l’idée d’aller se faire vacciner contre la COVID-19, dans un environnement médical.

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Même si les complications liées à la COVID-19 sont plus dangereuses pour les personnes grosses, beaucoup craignent d’aller se faire vacciner.,Plusieurs d’entre elles racontent avoir vécu de la grossophobie médicale, et ces expériences passées leur laissent un souvenir amer. « La plupart du temps quand je vais à l’hôpital, quel que soit le problème, on me répond qu’en perdant du poids ça m’aiderait. Un urgentologue m’a déjà dit que mes crises d’anxiété pourraient se régler avec une perte de poids… Comme si l’anxiété ne concernait que les personnes grosses », raconte Vanessa Flaglor, accompagnatrice de personnes autistes et déficientes intellectuellement. 

« [Beaucoup de mes] symptômes graves et maux ont été ignorés [par les médecins]. Aujourd’hui, ils correspondent à des diagnostics précis. La grossophobie passe aussi par un regard acharné sur mon poids et l’ajout d’actes médicaux inutiles simplement en fonction de mon IMC [Indice de masse corporelle] », explique Amélie Danserau, conseillère d’orientation et enseignante pour adultes

« Dorénavant, je suis très méfiante, mal à l’aise et je ne me sens pas en sécurité avec la plupart des médecins », confie-t-elle. 

Le sentiment d’Amélie ne lui est pas unique. Beaucoup de personnes grosses n’ont pas une relation de confiance avec le corps médical. 

Et malgré les nombreux témoignages des personnes grosses, il n’existe pas d’initiatives pour contrer la grossophobie médicale selon Isabelle Cloutier, infirmière au centre de vaccination de l’hôpital Charles-LeMoyne. « Nous n’avons pas de formation en lien avec la grossophobie, simplement un code d’éthique et de bonnes conduites [à respecter] envers tous les patients », explique-t-elle. Ce manque d’encadrement peut laisser place à des dérapages du personnel soignant, selon Vanessa et Amélie.

Une crainte exacerbée face à la vaccination

Le 22 avril, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ajoutait les personnes obèses avec un IMC supérieur ou égal à 35 à la liste des groupes prioritaires à la vaccination. Pour plusieurs, cet ajout a été un soulagement. « Cela fait un an que les grosses personnes se font taper dessus en se faisant dire qu’elles sont un peu des bombes à retardement pour la COVID-19, particulièrement pour la forme grave. Savoir que l’on est protégé, c’est vraiment un soulagement », affirme Édith Bernier, auteure, conférencière et fondatrice de Grossophobie.ca, premier site de référence québécois sur la discrimination envers les personnes grosses.

Même si cet ajout en rassure plusieurs, les mauvaises expériences en milieu médical vécues par des personnes grosses leur font appréhender la vaccination. Vanessa Flaglor a souvent dû faire face aux commentaires désobligeants du personnel médical lors de prise de vaccins : « Toutes les fois où je me suis fait vacciner, on me disait toujours qu’un bras gras c’était plus difficile à piquer et qu’il fallait prendre une plus grosse aiguille, avec un tas de commentaires désobligeants. Je doute qu’ils parlent de cette façon aux personnes minces ». L’accompagnatrice de personnes autistes et déficientes intellectuelles craint les commentaires déplacés qu’elle pourrait entendre lors de son rendez-vous pour se faire vacciner contre la COVID-19, prévu pour le 29 mai. 

Des retours positifs

Malgré les craintes évoquées, des personnes grosses qui ont été se faire vacciner affirment avoir bien vécu la vaccination. Édith Bernier raconte que « tout le monde était d’une gentillesse, d’un sourire, et d’une bonne humeur… du premier agent de sécurité à la dernière personne qui m’a donné mon rendez-vous pour la deuxième dose ».

Elle affirme également que d’autres personnes grosses vaccinées ont apprécié ce moment qui peut devenir anxiogène : « En dehors de mon expérience personnelle excellente, la plupart des personnes grosses qui sont passées par le processus semblent avoir eu des expériences très positives. Je comprends que les gens puissent être inquiets. J’espère que le personnel qui va administrer les vaccins va rester dans cette bienveillance à laquelle j’ai eu droit ». Isabelle Cloutier, qui vaccine dans le cadre de son travail d’infirmière, affirme également que le processus reste le même pour tout le monde, sans distinction de poids.

Edith Bernier souligne que la reconnaissance du besoin d’ajouter les personnes grosses aux personnes prioritaires sur les listes de vaccination, « c’est une reconnaissance un peu douce-amère puisqu’on associe l’obésité aux maladies graves. [La priorisation] pourrait donner une mauvaise image des personnes grosses et les marginaliser, alors qu’elles sont déjà très marginalisées dans la société ».

Mention illustration Lila Maitre | Montréal Campus

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