CultureLa cinéphilie de Félix Dufour-Laperrière

Audrey Pilon-Topkara11 mai 20215 min

Rien ne laissait présager l’histoire d’amour entre Félix Dufour-Laperrière et le septième art. Et pourtant, le réalisateur originaire de Chicoutimi combine habilement, depuis plus de 20 ans, le cinéma d’animation avec les arts visuels et contemporains afin de créer des oeuvres empreintes de poésie, comme son tout dernier long métrage Archipel. Portrait d’un artiste passionné.

Le réalisateur, producteur et scénariste a présenté en février 2021 son deuxième long métrage d’animation intitulé Archipel en grande première mondiale au Festival international du film de Rotterdam (IFFR). À mi-chemin entre la réalité et la fiction, l’œuvre fait appel au dessin, à la peinture, à la poésie des mots et des images ainsi qu’aux archives historiques pour créer une ode au territoire, à l’histoire et aux peuples du Québec. « C’est le film que j’aurais voulu faire en sortant de l’université », explique-t-il en entrevue avec le Montréal Campus.

Né en 1981 à Chicoutimi, Félix Dufour-Laperrière a grandi au sein d’une famille d’avocats et d’ingénieurs et se destinait à un parcours scientifique. Doué en mathématiques, il a étudié pendant un an en physique à l’Université Laval à Québec. « Mes frères et moi sommes les premiers artistes dans toute notre famille élargie », confie-t-il. C’est grâce aux visites « boulimiques » dans les clubs vidéo que Félix a nourri son intérêt et développé sa culture cinématographique, notamment pour le cinéma d’auteur. « Je louais facilement sept à dix films par semaine », avoue-t-il. Freiné au début par son manque de confiance en soi, il finit par se laisser influencer par ses amis musiciens et ose aller vers l’art. « Je suis monté faire du pouce vers Montréal et je me suis dit “Je vais faire du cinéma” ». 

En arrivant à Montréal, les écoles de cinéma ont refusé sa candidature. Il se tourne alors vers la littérature comparée et les études cinématographiques à l’Université de Montréal. Après un an, le programme de cinéma d’animation de l’Université Concordia refuse une seconde fois sa candidature. Félix n’abandonne pas et redouble d’efforts en dessin et en peinture pour peaufiner sa technique. Inspiré par sa passion et son travail acharné, un professeur du programme de cinéma d’animation de Concordia décide de donner sa chance à Félix en l’ajoutant sur la liste d’attente. Il finit enfin par être accepté dans le programme universitaire de ses rêves. « Cela a changé ma vie. À partir de ce moment, je suis tombé en amour avec le cinéma d’animation ».

 

Au début, il est marqué par son retard technique important par rapport aux autres élèves qui ont déjà pour la plupart un bagage artistique et de l’expérience. Néanmoins, il met les bouchées doubles pour répondre aux exigences de son programme universitaire très contingenté. Il admet même qu’il dormait régulièrement trois à quatre nuits par semaine à l’école pour être sûr de mettre la main sur des bancs-titres, les caméras utilisées en animation. « Je travaillais la nuit, je me lavais comme un chat dans la salle de bain, je dormais quelques heures sur un sofa et je recommençais ma journée d’école », raconte-t-il en riant. 

L’inspiration et la passion de l’animation

Félix Dufour-Laperrière a découvert le cinéma d’animation en allant aux projections hebdomadaires de la Cinémathèque québécoise. « J’y allais religieusement. Pendant trois ans, je pense n’avoir manqué aucune représentation », affirme-t-il. De nature timide, il s’intéresse au dessin et la peinture qui conviennent à son caractère réservé, ce qui fera du cinéma d’animation une forme d’expression idéale pour lui. Il admire la puissance de la mise en scène de ce médium multidisciplinaire, qui réunit les composantes du cinéma, des arts visuels et de la musique. « Ça correspond bien à ma façon de voir les choses, avec une part d’abstraction, une part de concret. Ça m’a tout de suite plu », ajoute-t-il. 

Sans se restreindre à un processus créatif précis, il s’inspire de la vie, des échanges et de ses expériences lors de l’amorce d’un nouveau projet, toujours dans une démarche de vérité. Il admire particulièrement le travail de cinéastes, d’animateurs et d’animatrices et de peintres d’ici comme Gilles Groulx, Michèle Cournoyer, Marcelle Ferron, Jean McEwen et Pierre Gauvreau. Il ne cache pas non plus son admiration pour les cinéastes européens  Jan Švankmajer, Chris Marker et Gianluigi Toccafondo, dont l’influence est palpable dans l’ensemble de sa filmographie.

Le plaisir avant tout

À la demande de son amie Ying Gao, professeure à l’École supérieure de mode de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), le cinéaste a donné pendant deux ans le cours « Introduction à la mode » à l’Université. Il referait l’expérience n’importe quand : « J’ai adoré ça. C’est très exigeant d’être professeur, mais j’ai trouvé ça extrêmement précieux et riche. »

Pour les réalisateurs et les réalisatrices en devenir, il admet que la compétition est plus féroce qu’auparavant et qu’obtenir du financement est parfois ardu. Il leur conseille de faire preuve d’acharnement et « d’une stricte honnêteté envers soi-même ». Il insiste par ailleurs sur l’importance de rester fidèle à ses convictions et de rester unique, car c’est cette unicité qui permet de se démarquer et de faire son chemin dans ce milieu très compétitif. S’il pouvait donner un conseil au jeune Félix de 21 ans, il lui dirait de ne pas penser aux écueils à venir et de garder le plaisir de faire son métier, car il en vaut la peine. « On a qu’une vie à vivre et il faut la vivre comme on a envie de la vivre! », s’exclame-t-il.

Félix Dufour-Laperrière travaille sur son prochain long métrage d’animation,  LA MORT N’EXISTE PAS : « C’est grosso modo la Crise d’octobre qui rencontre Alice au pays des merveilles ». Ce sera son projet le plus ambitieux à ce jour. Il s’agit d’un récit narratif qui promet d’être tragique, sombre et traitera de la violence politique. « C’est un film douloureux, mais que j’ai vraiment envie de faire », conclut-il.

Mention photo: Fabrice Gaetan

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