UQAM#papaUQAM : mouvement de solidarité pour Hélène Boudreau

Geneviève Abran3 avril 20216 min

Une vague de soutien déferle sur les réseaux sociaux en appui à Hélène Boudreau, cette étudiante de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) poursuivie pour la somme de 125 000$ en raison de ses photos de finissante jugées obscènes par l’établissement scolaire. 

Sous le mot-clic #papaUQAM, les sympathisant(e)s de Mme Boudreau publient des photos d’eux-mêmes partiellement dénudé(e)s, parfois même accompagné(e)s de leur diplôme universitaire ou du nom de l’université. Plusieurs de ces personnes dénoncent la décision de l’UQAM de poursuivre l’étudiante. Mme Boudreau, qui a une page OnlyFans dans laquelle elle partage du contenu explicite, est considérée par plusieurs comme une travailleuse du sexe. 

L’intention de ce mouvement est de « répartir le poids afin d’alléger la charge qui repose sur les épaules de Hélène », soutient l’une des instigatrices du mot-clic, Cato Fortin. Elle souligne que cette initiative, démarrée avec son amie Stéphanie Roussel, est personnelle et qu’elle ne connaît pas directement Mme Boudreau, ni personne de son entourage. 

Une intention artistique 

Le 24 février 2021, Hélène Boudreau publie une photo de finissante sur son compte Instagram pour souligner la fin de ses études. Dans celle-ci, elle soulève sa toge et exhibe partiellement ses seins, tenant un diplôme arborant le logo de l’UQAM dans sa main droite. « Ces photos constituent de l’art en soi et ma seule motivation était que je voulais que mes photos de graduation me représentent et constituent une expression artistique originale », insiste Mme Boudreau dans sa déclaration sous serment dont le Montréal Campus a obtenu une copie. 

Elle ajoute que « ceux et celles qui y ont vu une atteinte à la réputation de l’UQAM […] n’y ont absolument rien compris et ont une conception plutôt minimaliste de l’art contemporain. » La photo, publiée ensuite sur ses comptes Facebook et Twitter, ainsi que sur sa page OnlyFans, a fait rapidement le tour des réseaux sociaux. 

Par la suite, elle reçoit une lettre du vice-recteur à la Vie académique Jean-Christian Pleau lui demandant de supprimer sa publication Instagram. Ce dernier enverra deux autres lettres à l’adresse de son père, dont elle affirme ne pas avoir eu connaissance avant le début de la poursuite. Dans celles-ci, le vice-recteur lui demande de supprimer la photo de toutes ses plateformes. Mme Boudreau supprime donc uniquement sa photo de son compte Instagram. Dans le cadre d’un projet artistique, elle altère ses photos de graduation en remplaçant le logo de l’UQAM par « UCÙM », qu’elle publie sur son compte Instagram au début du mois de mars. Ces photos ont été retirées depuis. 

Hélène Boudreau terminera son baccalauréat en arts visuels et médiatiques en avril 2021. « C’est une source de satisfaction pour moi de pouvoir affirmer que je serai bientôt diplômée de l’UQAM et que, même si je publie effectivement du contenu explicite […] je suis néanmoins une jeune femme instruite et capable de réussir des études universitaires, ce dont je suis particulièrement fière », indique l’étudiante dans sa déclaration.  

Si la poursuite se rend devant un ou une juge, la défenderesse devra examiner le processus ayant mené à la photo afin de déterminer s’il est considéré comme artistique, explique la professeure au Département de sciences juridiques de L’UQAM Rachel Chagnon. Selon elle, le « débat social » autour de « l’objectification du corps de la femme » pourrait expliquer une telle poursuite de l’Université. 

« C’est un geste assez lourd de sens d’accuser l’une de ses diplômées. C’est assez rare qu’on voie ça », remarque Mme Chagnon. Elle mentionne que malgré la « réputation de tolérance », l’Université pourrait avoir agi ainsi dans le but de protéger son image. Selon elle, il pourrait s’agir d’une stratégie de « marketing d’image » pour attirer des étudiants. « Ça reste quand même une étudiante », juge la professeure. 

Deux poids, deux mesures

Le choix du mot-clic #papaUQAM se veut comme une critique de l’approche « paternaliste et infantilisante » de l’établissement scolaire à l’égard de Mme Boudreau, explique Cato Fortin. « C’est comme si l’UQAM nous prenait pour ses enfants et, comme de bons enfants, on était éternellement redevable à l’UQAM, alors que c’est une relation bidirectionnelle », juge-t-elle. Elle ajoute que l’Université ne peut pas rayonner sans les accomplissements de sa communauté étudiante.  

Mme Fortin est une étudiante au doctorat en études littéraires à l’UQAM et ses recherches se concentrent sur le traitement réservé aux corps des femmes et des personnes queers. Elle a d’ailleurs reçu la bourse Joseph Armand Bombardier, totalisant 105 000$ sur 3 ans, pour étudier ces enjeux dans le cadre de son doctorat, soutenu par l’UQAM. Son mouvement vise à souligner « l’hypocrisie » de l’Université, explique-t-elle. 

« Le rayonnement de l’UQAM se fait beaucoup par les études féministes », rappelle l’étudiante au doctorat. Par contre, cette poursuite de l’UQAM envoie le message que celle-ci tente de « contrôler le corps et l’image » de sa communauté étudiante. « C’est un pas en arrière pour le féminisme », considère Mme Fortin. Selon elle, « le problème de l’UQAM est putophobe parce que c’est le travail du sexe auquel il ne veut pas y être associé. » Elle mentionne que des personnes utilisent souvent des déguisements pour personnaliser leur photo de finissant sans que l’Université n’y voie de préjudice à son image. 

Dans un communiqué, la directrice des relations de presse de l’UQAM Jenny Desrochers déclare que les procédures judiciaires « n’ont aucunement pour but d’interdire à [Hélène Boudreau] de diffuser des photos intimes d’elle-même ». Elle renchérit que « Si l’UQAM a dû s’adresser aux tribunaux, c’est qu’en dépit de trois demandes formelles, l’étudiante a continué à associer le nom de l’Université et son logo (parfois modifié) à ses photos intimes, portant ainsi atteinte au nom et au logo enregistrés de l’UQAM et à la réputation de l’Université. » 

L’artiste avant tout 

Mme Fortin croit que « l’UQAM n’utilise pas ses lunettes d’université pour regarder le travail d’Hélène, c’est complètement réducteur et putophobe. » Selon elle, on lui retire son statut d’intellectuelle et d’artiste parce qu’elle vend des photos de son corps sur son compte OnlyFans. « Pour l’UQAM, c’est juste de la publicité. Ce n’est pas une posture, ce n’est pas de l’art et il n’y a pas d’esthétique recherchée », croit-elle. 

Rachel Chagnon explique que « la licence artistique est protégée par la liberté d’expression ». Ainsi, la défenderesse doit pouvoir démontrer la démarche artistique ayant mené à la photo. 

La défenderesse soutient d’ailleurs dans sa déclaration que, malgré ce qu’affirme l’UQAM, l’Université n’est pas identifiée comme étant une « marque ». En effet, l’établissement n’apparaît pas au Registraire des marques de commerce du Canada

  • HLT

    5 avril 2021 at 18:56

    C’est triste que l’immaturité des humains et le dénigrement des valeurs soit rendu si banal et qu’il devient même une cause sociale. La violence et le non respect malheureusement c’est universel et n’a pas de sexe. Je crois qu’on confonds diplômes avec conscience.
    En tant que métis autochtone et minorité,
    Je me demande si n’importe qui prenait le nom ou l’image de n’importe quelle personne morale ou physique pour de fins personnelles ou osées, ne pas ceci un manque de jugement?

    La

  • GILLES OLIVIER

    6 avril 2021 at 14:40

    La direction de l’UQAM devrait avoir honte de poursuivre cette étudiante qui à toutes fins pratiques n’a rien faite de mal, si ne n’est de choquer des « bien-pensants » arrogants qui se pensent plus fins que la plupart d’entre nous, alors que dans la réalité c’est tout le contraire.

    La

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