Relancer l’enjeu sur l’accessibilité aux établissements culturels

Bien que de nombreux progrès aient été réalisés dans les dernières années, des organismes et des personnes vivant avec un handicap physique jugent que l’accessibilité aux cinémas et aux salles de spectacle demeure trop restreinte au Québec.

La majorité des salles de spectacle et des cinémas sont accessibles physiquement aux personnes à mobilité réduite, mais le matériel nécessaire afin de fournir une expérience optimale à ces personnes s’avère souvent manquant. Le président-directeur général des Cinémas Beaubien, du Parc et du Musée, Mario Fortin, se réjouit de posséder la technologie pour présenter des films aux personnes malentendantes ou malvoyantes. « Mais trop peu de copies de films, de supports numériques, nous arrivent avec l’encodage nécessaire pour offrir le service. Ce serait pourtant la responsabilité des distributeurs de nous le fournir », déplore-t-il. 

La présidente de l’organisme Audition Québec, Jeanne Choquette, affirme quant à elle que l’accessibilité aux cinémas et aux salles de spectacles ne s’est pas améliorée dans les dernières années. Elle explique que même si plusieurs systèmes existent pour permettre aux personnes malentendantes d’assister à un film, ces systèmes ne sont souvent pas branchés, ou le personnel n’est pas formé pour les maîtriser. « J’ai une amie qui a dû aller trouver le gérant et qui a manqué le début de son film. La direction nous donne un remboursement, mais ça recommence à la visite suivante », regrette-t-elle. Mme Choquette déplore également certains angles morts dans l’accessibilité aux cinémas. « Les films québécois ne sont jamais sous-titrés », mentionne-t-elle en guise d’exemple. 

Mario Fortin relève qu’il n’existe pas de subvention gouvernementale pour aider les cinémas et les salles de spectacles à améliorer leur accessibilité. « Ni pour adapter les salles ni pour aider les distributeurs à nous fournir le matériel adéquat », dénote-t-il. Il mentionne que peu de gens qui vivent avec un handicap fréquentent ses cinémas, et souvent, elles ne s’y identifient pas.

Kim Auclair est née avec une surdité, mais elle entend depuis 2019 grâce à un implant cochléaire. Bien qu’elle dise avoir observé des progrès dans les dernières années concernant l’accessibilité aux infrastructures culturelles, elle s’afflige du « manque de sensibilisation sur les difficultés des personnes sourdes et malentendantes en public. » Elle insiste qu’il « reste énormément de travail à faire. » 

Certaines avancées visibles

Ce ne sont pas toutes les institutions culturelles qui accordent la même importance à l’aménagement de leurs installations pour les personnes qui vivent avec un handicap. Certaines s’affichent toutefois fièrement comme de bonnes élèves. Le directeur aux communications, au marketing et aux ventes pour le Théâtre du Nouveau Monde (TNM), Frédérique Brault, se réjouit que son théâtre ait prévu de nombreux aménagements supplémentaires pour les personnes qui vivent avec un handicap dans son projet d’agrandissement, qui doit être complété en 2023. « Nous avons prévu d’ajouter des places adaptées au balcon de la salle principale, de rendre l’ascenseur entièrement accessible et d’ajouter une rampe permanente ainsi qu’un guichet adapté aux personnes à mobilité réduite », énumère-t-il.

Il affirme également que le TNM fait certifier ses mesures d’accessibilité aux deux ans avec la visite d’un représentant ou d’une représentante de Kéroul, un organisme qui vise à rendre le tourisme et la culture accessibles aux personnes à capacité physique restreinte.

Frédérique Brault assure que les places à mobilité réduite de la salle principale du TNM sont occupées à presque toutes les représentations, et que les appareils pour personnes malentendantes sont largement distribués.

Le TNM est également cosignataire de la charte Exeko, avec 10 autres grandes institutions culturelles, ainsi que 80 co-chercheurs et co-chercheuses issu(e)s de 9 organismes communautaires. Cette charte, patronnée par la Commission canadienne pour l’UNESCO, a pour but de lancer la réflexion pour développer de meilleures pratiques en matière d’accessibilité culturelle.

L’accessibilité aux salles de spectacles et aux cinémas pour les personnes qui vivent avec un handicap dépend souvent de la volonté des différents établissements culturels de s’adapter. « J’ai toujours grandi dans un monde entendant », constate Kim Auclair. « J’ai dû beaucoup m’y adapter. » Cela montre qu’encore trop souvent,  ce ne sont pas les institutions qui s’adaptent aux personnes, mais bien les personnes qui doivent s’adapter à l’offre culturelle.

Mention photo Manon Touffet | Montréal Campus

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