UQAMZoom sur les péripéties de l’enseignement en ligne

Daphné Chamberland18 février 20216 min

Pandémie oblige, les professeur(e)s enseignant(e)s de l’UQAM devaient choisir comment ils et elles allaient adapter leurs cours à l’automne 2020. Après une session et demi entière derrière son écran, le corps professoral de l’université pose un regard neuf sur ses méthodes d’enseignement.

Lors de la session d’automne, le professeur du département d’histoire Alain Beaulieu enseignait la matière de son cours par vidéos préenregistrées. « J’avais choisi de faire un montage intéressant pour les étudiants et les étudiantes », explique-t-il. Ils et elles disposaient ensuite de deux jours pour préparer une question qui serait abordée en classe, lors du rendez-vous hebdomadaire en ligne. Avec ce format, le professeur cherchait à maintenir l’intérêt des élèves.

Si le contenant du cours semblait plaire aux étudiants et aux étudiantes, le professeur était confronté à la charge que le contenu impliquait. « Ça demandait beaucoup plus de travail que ce que je pensais », affirme M. Beaulieu.

À l’hiver 2021, la tâche s’est allégée pour les quelques professeur(e)s enseignant(e)s qui se sont chargés du même cours qu’à l’automne. Cassandre Roy-Drainville, qui enseigne l’histoire des autochtones depuis cette session, avait discuté du sujet avec quelques collègues : « Une fois le cours prêt et les capsules montées, la tâche était moins lourde pour eux », rapporte-t-elle.

Ceux et celles qui enseignent une matière différente ont dû à nouveau bâtir un cours adapté à l’enseignement à distance. « On est capable d’une session à l’autre d’améliorer nos techniques », ajoute Alain Beaulieu, qui modifierait un peu sa méthode s’il avait à redonner un cours en ligne. Pour alléger sa tâche, le professeur enseignant diminuerait la longueur des vidéos et augmenterait celle des interactions en classe virtuelles.

Certain(e)s professeur(e)s enseignant(e)s de l’UQAM ont plutôt choisi l’apprentissage en direct sur zoom. D’après le directeur de l’école des médias, Pierre Barrette, « il est possible que certains ne souhaitent pas tout rebâtir étant donné l’éventuel retour à la normale. » Mme Roy-Drainville souligne que l’adaptation des cours en capsules vidéo peut effrayer certain(e)s professeur(e)s enseignant(e)s

Au terme d’une réunion avec des collègues, elle a conclu que l’adaptation était plus difficile pour certains et certaines. Les moins aisé(e)s avec les technologies, par exemple, « n’ont pas tous envie d’essayer de nouvelles méthodes », rapporte-t-elle.

Un peu d’aide pour le corps professoral

Pour accompagner les professeur(e)s enseignant(e)s qui craignent la transition vers le numérique, l’UQAM a préparé des mesures de soutien. Par exemple,  des tutoriels concernant l’utilisation des différentes plateformes comme Zoom ou Moodle ont été mis à la disposition du personnel. « Quelqu’un qui voulait apprendre à bien s’adapter avait l’aide nécessaire », affirme le directeur de l’École des médias.

Cassandre Roy-Dainville croit que débuter sa carrière de professeure enseignante lors de l’hiver 2021 était avantageux. « Tout est déjà monté sur le site de l’UQAM.  J’ai plus de ressources pour adapter mes cours », assure-t-elle.

M. Barrette ajoute que les professeur(e)s enseignant(e)s ont reçu des montants d’argent pour financer l’équipement nécessaire aux cours à distance. Il précise qu’un montant forfaitaire de 300$ leur a été attribué à cet effet. Des sommes leur ont été versées pour d’autres dépenses en lien avec la pandémie. Le montant de ce soutien financier varie en fonction des demandes. Le budget prévu pour les auxiliaires d’enseignement a également été augmenté, affirme le directeur. Il explique que cette mesure financière permet d’engager des étudiants et des étudiantes qui pourront aider à la gestion des groupes lors des cours en ligne.

Les examens et la tricherie

Si l’adaptation des cours comporte son lot de difficultés, la conception des évaluations est aussi une source de défis. Certain(e)s professeur(e)s enseignant(e)s ont été forcé(e)s de revoir entièrement les objectifs d’apprentissage de leurs cours. C’est le cas de la professeure enseignante au département de musique de l’UQAM Vanessa Blais-Tremblay.

Celle qui enseigne « Musique et contre culture » veut s’assurer qu’elle évaluera les compétences souhaitées chez ses étudiants et ses étudiantes lors de la session d’hiver. À l’époque des cours en présence, elle pouvait noter ses élèves sur leur capacité à reconnaître certains styles musicaux. Désormais chez eux lors des évaluations, ils et elles pourraient obtenir les réponses grâce à leurs outils technologiques. L’exercice perdait sa pertinence. 

« Ça a complètement changé ma manière de penser les évaluations », affirme Mme Blais-Tremblay. Elle s’est tournée vers les travaux d’équipe et favorise les interactions entre les étudiants et les étudiantes. 

Les situations inhabituelles

Lorsque des élèves présentaient des symptômes s’apparentant à la COVID-19, les professeur(e)s enseignant(e)s de certains cours normalement donnés en présentiel ont été forcés d’enseigner en ligne. C’est le cas du professeur enseignant du département de musique Frédéric Lambert, qui a donné ses cours d’instruments par visioconférences.

L’enseignement se donnait alors dans des circonstances hors normes : « Je demandais à mon élève de s’installer dans la pièce qui sonnait le mieux. Souvent c’était la salle de bain », confie celui qui est également violoniste et altiste. D’après M. Lambert, l’absence de proximité lors des explications développe le vocabulaire et l’éloquence. « Ça amène à trouver un lexique qui sera clair  pour l’étudiant au lieu de montrer visuellement », affirme-t-il. 

L’avenir de l’enseignement 

Vanessa Blais-Tremblay pense que le mode hybride sera encore présent pour une longue période. C’est, selon elle, un fonctionnement qui s’applique particulièrement bien aux cours de sciences sociales. « La matière peut varier et prendre différentes formes ce qui facilite l’adaptation », explique la professeure enseignante.

Ce que deviendra l’enseignement après la pandémie reste très mystérieux, d’après Pierre Barrette. Il est d’avis que la qualité des relations développées lors des cours en présentiel est hors d’atteinte avec l’enseignement en ligne. Il ajoute cependant que l’on ne connaît pas encore l’ensemble de perspectives que pourraient permettre les cours à distance .

« Peut-être que l’enseignement ne sera plus jamais le même étant donné les possibilités dévoilées par l’apprentissage en ligne. Seul l’avenir nous dira ce qu’il en est  », souligne M. Barrette.

Mention illustration Lila Maitre | Montréal Campus

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