SociétéÉcoféminisme et zéro déchet, ou comment renouer avec le vivant

Avatar Augustin de Baudinière9 novembre 20204 min

Face au bouleversement climatique, certaines femmes retournent à un savoir-faire plus traditionnel et se connectent au vivant pour tenter de sauver la planète en crise en se sauvant d’abord elles-mêmes. Loin d’être un mouvement essentialiste, l’écoféminisme propose une vision du monde dans laquelle il convient de s’allier à la nature plutôt que de la repousser. 

https://aqper.com/fr/concours-etudiant-2021

À l’occasion de la journée d’ouverture du Festival zéro déchet, qui s’est tenu du 30 octobre au 1er novembre dernier, l’Association Québécoise Zéro déchet (AQZD) a invitée Amandine Gournay, analyste en développement durable, à animer la conférence « L’écoféminisme et le zéro déchet ».

Le mode de vie zéro déchet invite à la simplicité, à une diminution de notre consommation et à une moindre possession de biens matériels afin de diminuer son empreinte écologique. Comme l’a expliqué Mme Gournay lors de sa conférence virtuelle, ce mouvement partage avec l’écoféminisme l’envie de réévaluer les besoins et de limiter la doctrine de la croissance. 

Le terme « écoféminisme » a été utilisé pour la première fois dans le livre de Françoise d’Eaubonne, Le Féminisme ou la mort, publié en 1974, pour dénoncer le lien indissociable entre l’oppression des femmes et l’exploitation de la planète par le capitalisme patriarcal. 

Une nouvelle voie vers la simplicité semée d’embûches

Tout comme le mouvement écoféministe, le mode de vie zéro déchet prône un retour à l’autonomie et à la simplicité. En pratique, comme le souligne Amandine Gournay, « les activités liées au zéro déchet sont vues comme chronophage », c’est-à-dire qu’elles demandent beaucoup de temps d’organisation.

Et pour cause, le zéro déchet augmente la charge mentale et morale des femmes, puisque ce sont elles qui déterminent en majeure partie les tendances de consommation des ménages, selon la doctorante en sociologie de l’Université McGill Céline Hequet. « Ça prend énormément de planification […] pour faire son épicerie zéro déchet parce qu’il n’y a pas tout à l’épicerie. Si on veut réduire encore plus, on peut essayer de faire soi-même. […] Ça finit par devenir des tâches quasi quotidiennes », résume-t-elle.

La gestion des déchets, des couches lavables, des savons faits maison ou encore des produits d’alimentation en vrac augmente le nombre de tâches qui sont traditionnellement assignées aux femmes. Céline Hequet précise que « les femmes sont rentrées dans la sphère publique, mais les hommes [eux] sont peu rentrés dans la sphère privée. » Elle ajoute que ces derniers ont très peu progressé dans le partage des tâches à la maison. 

De plus, selon Amandine Gournay « le mouvement zéro déchet a été féminisé. Les hommes savent donc moins vers quels outils se tourner [pour opérer une transition vers le zéro déchet]. » Toutefois, selon un sondage de l’AQZD publié en 2020, cette réalité serait en train de changer. En effet, 56% d’entre eux estiment avoir « des bonnes habitudes zéro déchet et souhaitent s’améliorer ». 

 Une charge mentale et morale temporaire

La charge mentale que doivent supporter les femmes qui pratiquent le zéro déchet pourrait n’être que momentanée et diminuer lorsque cette routine sera partagée par les hommes. « C’est la phase de transition qui va être une charge mentale pour certaines. Une fois que les habitudes sont ancrées [tant chez les hommes que chez les femmes], elle va être moindre », clarifie l’autrice et conférencière.

Ce temps disponible acquis par les femmes leur permettrait d’être plus présentes dans la sphère décisionnelle de l’espace public, estime Céline Hequet. Cette dernière avance que les femmes pourraient ainsi avoir un impact décisif sur l’environnement en s’impliquant davantage. Amandine Gournay abonde en ce sens : « C’est important de s’impliquer sur le terrain par l’activisme. On s’aperçoit que ce sont souvent les femmes qui sont au coeur des mouvements citoyens. »

Pour Céline Hequet, il faut d’ailleurs privilégier l’activisme. « La priorité absolue est bien au-delà de notre empreinte écologique individuelle, indique-t-elle. Il faut aller au fond du problème et se demander pourquoi on détruit le monde? »

Alors qu’on se rend compte de la difficulté qu’ont les hommes à trouver de solutions à la crise environnementale qu’ils ont provoquée, il paraît salutaire d’intégrer les femmes dans les sphères décisionnelles et politiques. Peut-être sauront-elles dessiner une nouvelle voie pour nourrir l’espoir d’un futur meilleur.

Mention photo Association Québécoise Zéro déchet

 

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *