Crise d’Octobre : Raconter pour ne pas oublier

Un des chapitres les plus violents de l’histoire contemporaine du Québec, la crise d’Octobre, a marqué l’imaginaire collectif et a inspiré un grand nombre d’auteurs et d’autrices, de cinéastes et de documentaristes dans les dernières décennies. Retour sur l’héritage artistique des événements survenus en octobre 1970 .

Il y a cinquante ans, les cellules révolutionnaires Libération et Chénier du Front de libération du Québec (FLQ) enlevaient James Richard Cross et Pierre Laporte. L’armée descendait dans les rues de Montréal et cinq cents citoyens et citoyennes étaient arrêté(e)s et emprisonné(e)s en vertu de la Loi sur les mesures de guerre. 

De grands cinéastes québécois, comme Michel Brault (Les Ordres), Pierre Falardeau (Octobre) et Robert Lepage (), se sont nourris des événements d’octobre 1970 afin de réaliser des films qui sont devenus des incontournables du cinéma politique. 

Ce n’est rien d’étonnant selon le professeur au département de sociologie de l’UQAM, Jacques Beauchemin, qui estime que la crise d’Octobre est un événement dramatique parfait pour les auteurs et les autrices ainsi que pour les cinéastes : « Il est question de passion politique, de mort, de violences et d’enlèvements. C’est un matériel merveilleux pour quiconque veut raconter une histoire. »

Dans le monde de la fiction

Nicole Bélanger avait huit ans en octobre 1970. Avec ses cousins et ses cousines, elle allait agacer les soldats dans son quartier Hochelaga-Maisonneuve en leur lançant « Salut mon roi mongol ! ». Elle s’est inspirée de son expérience de la crise d’Octobre pour écrire son livre Les rois mongols, paru en 1995 et adapté pour le cinéma en 2017. 

Dans son premier roman, elle raconte le drame de Manon, une jeune fille de douze ans, qui sera séparée de son petit frère Mimi lorsque leur père, atteint d’un cancer, décédera. Afin d’éviter d’être placée en famille d’accueil, Manon s’inspire de l’actualité politique et kidnappe une dame âgée, avec son petit frère et ses cousins afin de revendiquer de meilleures conditions familiales. 

« J’avais envie d’écrire pour les petites gens, ceux pour qui le FLQ se battait à l’époque », explique l’autrice. Elle ajoute que la littérature ou les films parus à l’époque montraient davantage le point de vue des felquistes ou des politiciens et politiciennes que celui des « des gens qui ont subi la crise d’Octobre ». 

Quelques mois avant la parution de son livre, Octobre avait pris l’affiche dans les cinémas. Ce film de Pierre Falardeau raconte, jour après jour, la réalité de la cellule de financement Chénier, qui avait enlevé et tué le vice-premier ministre du Québec, Pierre Laporte

Dans l’univers du documentaire

Selon le documentariste Félix Rose, les Québécois et les Québécoises ont été gravement marqué(e)s par les événements de la crise d’Octobre. « C’est un traumatisme collectif », constate-t-il.

Afin de guérir collectivement de ces blessures, le fils du felquiste Paul Rose croit qu’il faut comprendre ce qui a mené à l’escalade des violences, tant chez les felquistes que chez les forces policières et gouvernementales. 

Ce besoin « d’expliquer l’inexplicable », comme l’exprime le sociologue Jacques Beauchemin, s’est traduit chez Félix Rose en la réalisation d’un documentaire sur sa famille, impliquée dans les activités du Front de libération du Québec. 

Il est ainsi parti à la recherche des pièces manquantes en 2012, auprès de son père, Paul, et de son oncle, Jacques, qui étaient des protagonistes importants du FLQ. 

« Étant [moi-même] un Rose, j’avais accès à une perspective historique différente. D’après moi, pour comprendre la crise d’Octobre, il faut comprendre un peu plus cette famille, leur origine et leurs motivations », soutient le cinéaste.

Après de longues années de recherche et de témoignages, Félix Rose a partagé son long-métrage documentaire subjectif et intimiste, Les Rose, pour la première fois en août dernier. 

Les Rose s’ajoute aux films Les événements d’octobre 70 de Robin Spry et La liberté en colère de Jean-Daniel Lafond dans les puissants longs-métrages documentaires au sujet de la crise d’Octobre. 

Un devoir de mémoire

La plateforme de cinéma documentaire d’auteurs, Tënk, réalise une escale « Les 50 ans de la crise d’Octobre » durant les mois d’octobre et de novembre, à l’occasion du cinquantième anniversaire des événements. Elle présente cinq films documentaires sur la crise d’Octobre qui sont commentés par le cinéaste Jean-Pierre Masse, qui a également réalisé un court-métrage documentaire sur le FLQ. 

« Ce qui nous intéressait, c’était d’avoir un regard qui ne s’arrêtait pas seulement à la crise d’Octobre, mais qui traversait le temps », explique la coordonnatrice générale et directrice artistique de Tënk, Naomie Décarie-Daigneault. Ainsi, la programmation propose des films qui précèdent la crise d’Octobre afin d’en comprendre le contexte et d’autres qui se déroulent après octobre 1970 et qui permettent de faire un retour sur les événements et de voir quels héritages les Québécois et les Québécoises peuvent en tirer. 

« C’est bien qu’une société profite des anniversaires pour revenir sur elle-même et sur ce qui est arrivé », philosophe Jacques Beauchemin. « C’est tellement inédit, que même 50 ans après on se demande ce qui a bien pu se passer. Comment ça a pu arriver ? », s’interroge le professeur. 

Sans avoir réussi à lever le voile sur tous les coins d’ombre de ce chapitre de l’histoire, les cinéastes, les auteurs et les autrices ainsi que les documentaristes font oeuvre utile 50 ans plus tard en se remémorant les événements afin que les Québécois et les Québécoises ne les oublient pas.

Crédit photo Lila Maitre | Montréal Campus

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