CultureFermeture des galeries: une nouvelle crève-coeur pour les artistes

Avatar Samira Ait Kaci Ali9 octobre 20204 min

Alors que plusieurs galeries d’art et salles d’exposition entamaient tout juste leur rentrée avec une nouvelle programmation adaptée aux mesures émises par la santé publique, Québec a annoncé la fermeture des établissements culturels à Montréal pour une durée de 28 jours, qui a débuté le 1er octobre dernier. 

Antidote 10

La déception et l’incompréhension règnent au coeur de la communauté artistique qui se sent lésée par cette récente décision gouvernementale. C’est notamment le cas de la Galerie de l’UQAM, qui débutait sa saison d’automne avec l’exposition portant sur l’histoire du rock acadien de Rémi Belliveau, étudiant à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM.  

Il raconte avoir été profondément déçu de ne pas avoir pu présenter son projet sur lequel il travaillait depuis deux ans. La fermeture des galeries a surpris le jeune artiste qui a dû annuler, pour le mois d’octobre, son exposition qui débutait le 18 septembre dernier. Rémi explique que son projet de maîtrise représentait pour lui le lancement de sa carrière.

« Ce n’est pas tout le monde qui a la chance d’exposer à la galerie de l’UQAM, j’avais très hâte puisque c’est une occasion d’obtenir de la visibilité et de commencer à me faire un nom », exprime l’artiste qui espère pouvoir recommencer son exposition au début du mois de novembre.

« Je trouve que c’est absurde de forcer la fermeture des galeries artistiques alors que les gens peuvent se promener librement dans les centres d’achat », affirme Rémi Belliveau, qui croit que le risque de contamination est plus élevé dans d’autres secteurs d’activités.

Rémi explique qu’il a l’impression que le gouvernement se permet de fermer le secteur culturel, car, d’un point de vue économique, il ne prend pas cette industrie au sérieux.

Un plan d’aide financière insatisfaisant

Chez les directeurs et directrices de galeries d’art, cette annonce a été reçue sans grande surprise. Stéphanie Chabot, responsable de la galerie SKOL, indique qu’elle s’attendait à cette nouvelle, qui vient freiner l’exposition de l’artiste Mancy Rezaei, aussi étudiante à la maîtrise en arts visuels et médiatiques à l’UQAM.

Mme Chabot explique toutefois que les pertes économiques seront faibles puisque sa galerie est financée en grande majorité par des organismes publics. Elle craint toutefois des retombées majeures sur la communauté artistique qui devra assumer des pertes de revenus en lien avec l’annulation de contrats.

D’autres gestionnaires ont préféré ne pas offrir de programmation cet automne, craignant un reconfinement précoce. C’est le cas de la Galerie DBC, qui n’a pas rouvert ses portes depuis le 24 mars dernier. Jennifer-Lee Baker, responsable de la galerie, a toutefois offert à des artistes d’exposer dans ses vitrines extérieures afin de les soutenir pendant cette période critique. 

Pour répondre au mécontentement émanant de la communauté artistique, la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, a dévoilé un plan d’aide financière de 50 millions de dollars pour les établissements de culture québécois. Ce plan vise à rembourser 75% de l’écart entre les revenus de billetterie de cette année et celle de l’année précédente. Cette aide sera distribuée sur une période de 6 mois, soit, à partir du 1er octobre 2020 jusqu’au 31 mars 2021.

Pour y avoir accès, les établissements devront présenter une programmation et faire la preuve que cette subvention sera utilisée afin de payer les artistes. Avec cette nouvelle mesure, le gouvernement québécois aura injecté près d’un demi-milliard de dollars dans l’industrie de la culture québécoise depuis le début de la crise sanitaire.

Mme Lee Barker explique malheureusement que la formule de ce plan d’aide n’est pas compatible avec l’industrie des arts visuels. « En tant que galerie, je ne fonctionne pas avec un système de billetterie, notre plan économique est axé sur la vente d’oeuvres », explique la gestionnaire, qui n’est donc pas admissible au programme d’aide du gouvernement.

« Je suis quand même chanceuse, mon propriétaire est compréhensible et on a convenu d’un arrangement pour le loyer compte tenu de la crise », précise-t-elle.

« J’ai l’impression que lorsqu’on parle de culture, les arts visuels sont souvent ignorés et oubliés, le plan du gouvernement en est un bon exemple », conclut l’artiste Rémi Béliveau, qui refuse toutefois de se laisser décourager par les circonstances. Il est en train de penser à de nouvelles façons créatives de faire vivre son projet en dehors des murs de la galerie.

C’est également dans cette optique que Mme Chabot de la galerie SKOL prépare ses prochaines expositions, notamment en favorisant une approche virtuelle pour permettre aux artistes de présenter leurs oeuvres malgré les contraintes de la santé publique.    

Crédit photo Marie-Jeanne Ledoux-Labelle 

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