CultureUne exposition au timbre de la musique acadienne

Avatar Aurélie Moulun28 septembre 20205 min

« Hier semble si loin », une exposition sur le rock’n’roll en Acadie créée par Rémi Belliveau, lui-même artiste acadien et finissant de la maîtrise en arts visuels et médiatiques de l’UQAM, avait lieu le 18 septembre à la Galerie de l’UQAM pour la première fois.

Antidote 10

À travers une exposition minimaliste, dans une pièce entièrement réservée à son projet, M. Belliveau tente de revendiquer la contribution de Jean Dularge, grand chansonnier dans l’histoire du rock en Acadie. Car bien que ses chansons continuent d’être jouées, le chansonnier a, lui, disparu de la mémoire collective.

L’artiste qui écrivait des textes politisés a été confronté à des disputes de droits d’auteurs suite à l’enregistrement de sa chanson « Viens voir l’Acadie », chanson bien connue par les habitants de cette région.

Un petit tour de l’exposition

À l’entrée, une table expose des disques «45 tours» originaux d’artistes de la musique country acadienne des années 60, en passant par le rockabilly, le yé-yé, la Beatlemania, allant jusqu’au hard rock des années 70. Le public peut brancher ses propres écouteurs pour écouter des chansons tout en découvrant l’exposition.

Projetée sur une toile, une vidéo permet au public d’assister à l’enregistrement de la célèbre chanson de Jean Dularge « Viens voir l’Acadie », enregistrée en 1967 et qui s’inscrit dans le genre musical folk/rock.

On y voit l’artiste interpréter sa chanson au micro, puis les producteurs lui donner des conseils. On observe les musiciens communiquer entre eux, refaire des prises jusqu’à atteindre la perfection. La vidéo en noir et blanc transporte le public dans un studio analogique de l’époque avec de vieilles bobines et d’anciennes consoles d’enregistrement. Dans une immersion quasi totale, les grosses lunettes fumées à l’intérieur du studio ou encore le cendrier sur le piano plongent le public en plein coeur des années rock’n’roll. 

Une « historiographie expérimentale »

Grâce à son exposition, Rémi Belliveau souhaite remémorer un pan de l’histoire de la musique acadienne qui a été oublié par les habitants de la région. « Je me suis rendu compte, un moment donné, qu’il y avait toute une histoire que y’avait eu lieu, pis personne chez nous s’en rappelait. Tu sais ce qu’on voit dans l’expo, demande à des gens du Nouveau-Brunswick, ils vont pas forcément savoir qu’est-ce que c’est », confie-t-il d’un accent acadien prononcé.

L’artiste explique qu’il s’intéresse à l’histoire de cette musique oubliée qui a pourtant encore des répercussions aujourd’hui. Il raconte qu’à l’époque, il existait deux grands réseaux de musique au Canada: le francophone qui était par conséquent québécois et le réseau anglophone qui était plutôt anglo-canadien. Lorsqu’un artiste chantait, il était automatiquement classé dans l’une de ces deux catégories. 

« Alors que chez nous, vu que les Acadiens sont historiquement bilingues, y’avait la possibilité d’enregistrer dans les deux langues. […] Peut-être que dans les années 60, les gens se percevaient comme étant des musiciens d’origine acadienne, mais l’histoire, par la suite, les a récupérés pour les classer, pis ça a tombé dedans Québec ou Canada », explique Rémi Belliveau.

L’artiste raconte que lors de ses recherches pour son projet de maîtrise, qui lui permet de se plonger dans l’autofiction, l’historiographie et de l’archéologie musicale en Acadie, cette classification des réseaux ne lui a pas simplifié la tâche. En effet, il était plus difficile pour lui de retrouver l’origine véritable des artistes, puisque les Acadiens et les Acadiennes ont été confondu.es et absorbé.es par d’autres régions.

Le rock de l’Acadie, une musique éclectique

L’idée clichée de la musique de l’Acadie est souvent celle d’une musique plutôt folklorique. Comme le décrit la professeure de musique et enseignante à l’École des médias de l’UQAM, Daphnée Boisvert, la musique traditionnelle de l’Acadie se caractérise par « la présence de violon, d’accordéon, la rythmique aussi et on peut même voir des frottoirs à l’occasion. » Pourtant, dans le cas du rock’n roll, « on est moins dans la logique de recréer comme avant, là c’est plus une question de réappropriation culturelle », explique l’enseignante.

Effectivement, la musique acadienne se différencie de la musique américaine par exemple, mais sans réellement s’en éloigner. «Ce qui est particulier de ces types de musiques là, c’est qu’ils s’approprient certains codes folkloriques et ils les adaptent à des réalités contemporaines », affirme Mme Boisvert. 

Le rock’n’roll américain a émergé d’une volonté de rupture avec la musique traditionnelle, celle des chanteurs de charme, plus souvent appelé les crooners, par exemple. «C’est une musique qui s’adresse aux jeunes. On danse, on brise les codes de la musique de l’époque. Alors que la musique acadienne n’a pas tout à fait le même rôle ni le même but », explique la professeure de musique. «Le rock’n’roll de l’Acadie cherche plutôt à faire des ponts, à se reconnecter avec la musique culturelle acadienne, à assumer ses origines et se réapproprier son style musical.»

Si les mélodies de Jean Dularge ont mûri quelques décennies dans leur boîte à musique, Rémi Belliveau compose un nouveau refrain de l’identité et l’histoire musicale acadienne dans Hier semble si loin.

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