CultureFlashwood : quand l’adolescence s’ennuie

Avatar Maïka Yargeau18 août 20204 min

Après sept ans de tournage, le pari risqué qu’était Flashwood est sorti en salle le 7 août dernier au grand plaisir des cinéphiles. Rencontre avec l’acteur Jean-Carl Boucher (1981, 1987, 1991), qui a décidé de passer derrière la caméra en réalisant son premier long-métrage. 

Antidote 10

« J’avais envie d’explorer autre chose au niveau de la forme, je voulais que ce soit différent de ce qu’on voit d’habitude », explique l’artiste de 26 ans en entrevue avec le Montréal Campus. Son premier film, qui ne possède pas une structure narrative traditionnelle avec un début, un milieu et une fin, peut paraître aux premiers abords comme une œuvre décousue, mais il trouve sa narrativité dans des éléments de forme telle la musique onirique, qui guide l’œuvre dès la première minute jusqu’au générique. 

Le film se déroule sur trois périodes définies par des couleurs qui emplissent l’écran tel un séparateur dans un cartable. En 2013, c’est la couleur jaune qui donne le ton aux scènes où l’on retrouve Pier-Luc Funk, Antoine Desrochers, Simon Pigeon, Maxime Desjardins-Tremblay, Laurent-Christophe de Ruelle et Karelle Tremblay. En 2018, le bleu royal prend le relais pour la deuxième séquence avant de finir le film, en 2019, avec un rouge écarlate. Tout comme la musique, ces fonds colorés créent un lien entre les différents moments de vie des personnages. 

Jean-Carl Boucher donne la clé pour élucider l’opus : « Je voyais [mon film] comme quelque chose de très photographique. » Il faut voir l’oeuvre tel un album photo où l’on tourne les pages. Il n’y a pas de clichés pour chaque journée ni de réponses à toutes les questions ; seulement les souvenirs de quelques aventures.

Certains spectateurs et certaines spectatrices trouveront peut-être qu’il y a trop de place laissée à l’imagination, mais c’est un procédé bien volontaire. L’un des objectifs du film est de sentir l’incertitude des protagonistes à l’écran. 

Adolescence bouillonnante dans une banlieue stagnante

« C’est un film sur un âge qu’on a tous vécu, l’espèce de période d’errance à l’adolescence, quand tu n’as pas grand-chose à faire, que tu vois pas mal toujours le même monde, que tu te tiens aux mêmes endroits et que c’est à la fois bin le fun et bin plate », détaille Rose-Marie Perreault, qui interprète Stéphanie dans le long-métrage.

Selon celle qui a joué dans Les faux tatouages, il est « rare d’aussi bien dépeindre l’univers des jeunes de cet âge-là. » L’une des forces du film réside effectivement dans l’authenticité du jeu des comédiens et des comédiennes. « Les discours sont naturels, les conversations crues et pas du tout adoucies pour l’écran », ajoute Rose-Marie Perreault. 

Pour le réalisateur, cela est directement lié à la dynamique d’amitié qui régnait sur le plateau. Aucune audition n’a été passée, puisque ce sont tous des amis de Jean-Carl Boucher. « Je savais que je pouvais me fier à leur instinct et leur capacité d’improviser », indique ce dernier. « C’était très ludique, comme des gamins qui jouent, surenchérit Rose-Marie Perreault, c’était différent des autres plateaux, le plaisir était exacerbé puisque l’on se connaît tous. » 

Quelques longueurs et scènes malaisantes parsèment l’oeuvre, comme la scène où Stéphane Crête vend un vélo (silence malaisant, discours qui ne finissent pas), mais qui, finalement, rappelle encore une fois la banalité de certains moments de la vie. Des images de maisons de banlieue sont d’ailleurs dispersées tout au long du film, de manière à rappeler ce lieu où semblent enfermés ces jeunes adultes bouillonnants d’énergie et d’ambition. « Il y a quelque chose d’immobile [dans ce décor] qui contraste beaucoup avec ce que tu vis entre 16 ans et le début de la vingtaine », explique le réalisateur.

C’est d’ailleurs ce qui a inspiré le nom du film. Flashwood est la traduction littérale de Boisbriand, quartier où Jean-Carl Boucher a passé beaucoup de temps étant plus jeune. « Les petits bums de la place appellent ça comme ça et je trouvais que ça fonctionnait bien avec le film, de ne pas assumer l’endroit où on est, de vouloir se l’approprier. »

Photo François-Alexis Favreau | Montréal Campus

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont marqués *