UQAMUn scientifique dans la cité

Avatar Léa Carrier1 août 20204 min

Neuf ans après s’être éteint, le maître à penser de l’écologie au Québec, Pierre Dansereau, habite toujours les lieux qu’il a foulés. Le Jardin botanique de Montréal et l’UQAM se remémorent celui dont l’inébranlable optimisme a réinventé nos rapports aux écosystèmes.  

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Le printemps se pare de ses beaux jours. Au Jardin botanique de Montréal (JBM), tous et toutes s’activent à l’approche de la saison estivale, petite révolution annuelle qui réveille en Michel Labrecque, chef de division de la recherche et du développement scientifique du JBM, le souvenir de ceux et celles qui l’ont précédé. « Au Jardin botanique, nous sommes tous des enfants de Dansereau. Nous continuons de vivre en lui, de lui faire référence. Son aura plane toujours », illustre-t-il. 

Agronome de formation, Pierre Dansereau s’est fait connaître au tournant des années 1950, au moment où ses recherches sur les écosystèmes suscitaient curiosité et admiration de part et d’autre du globe. Quelques années avant la parution de l’œuvre qui lancerait sa carrière scientifique, Biogeography: An Ecological Perspective, Pierre Dansereau s’est d’abord joint à l’équipe du frère Marie-Victorin, fondateur du JBM, à titre de premier directeur scientifique du Jardin. Malgré un passage de courte durée, sa réflexion scientifique anime toujours les différents espaces du site. 

« Dansereau avait une vision englobante qui manque parfois au domaine des sciences. Il avait une ouverture à tout, à l’art, aux sciences, à l’humain. Une ouverture que nos équipes prônent toujours aujourd’hui », indique M. Labrecque. En réponse à une science de l’environnement de plus en plus pointue, Pierre Dansereau défendait une approche multidisciplinaire à la rencontre des différents savoirs.

Des sciences naturelles aux sciences humaines et sociales, toute l’originalité de l’oeuvre de Dansereau tient en ce qu’elle se veut un point de jonction des connaissances. Son apport majeur à l’interdisciplinarité en écologie lui aura d’ailleurs valu une place dans la liste des 2000 chercheurs et chercheuses les plus influent(e)s du XXe siècle de l’estimée Encyclopaedia Britannica.

Plaidoyer pour l’éducation 

Aux abords de la Place-des-Arts à Montréal, un bâtiment tout de fenêtres et de végétation se détache du paysage urbain. Le complexe des sciences Pierre Dansereau de l’UQAM porte bien son nom. « Dansereau, c’est une fierté de notre université », fait valoir le sociologue de l’environnement et professeur à l’UQAM René Audet. 

Vers la fin de sa carrière, et après des passages remarqués dans plusieurs universités à travers l’Amérique du Nord, Pierre Dansereau termine son parcours professionnel à l’UQAM, où il s’emploie à l’enseignement et au développement des sciences de l’environnement alors parents pauvres des cercles universitaires de 1972 jusqu’à sa retraite en 2004. 

« Dansereau insistait beaucoup sur l’importance de l’éducation des sciences de l’environnement. Il jugeait nécessaire de comprendre la nature pour être capable de comprendre notre rôle en son sein », explique M. Audet, coauteur du livre L’espoir malgré tout : l’œuvre de Pierre Dansereau et l’avenir des sciences de l’environnement. Selon lui, Pierre Dansereau a même surpassé cet objectif, son aide apportée à la création de l’Institut des sciences de l’environnement et d’un programme de maîtrise en sciences de l’environnement contribuant à faire de ce domaine une expertise reconnue de l’UQAM. 

« Évidemment, les sciences évoluent tellement vite aujourd’hui, nous sommes rendus ailleurs que ce sur quoi Dansereau travaillait. Mais au niveau de ses idées, de ses valeurs, il est encore très présent dans notre façon d’enseigner à l’UQAM », juge M. Audet. 

Défense climatique

Alors que retentit le glas de l’urgence climatique, la philosophie de Pierre Dansereau transcende les décennies avec une triste pertinence. Une philosophie qui plaide pour la collaboration entre espèces vivantes et qui réinsère l’humain au coeur des écosystèmes. 

« Dansereau a été un des premiers à comprendre que l’humain modifie les écosystèmes » explique M. Audet. Dans cet esprit pragmatique qui lui est connu, Dansereau déplace ainsi le terrain d’action en l’humain même, à la fois source de problème et moteur de changements. « Il comprend que c’est dans la société qu’il faut agir, en changeant ses valeurs, son mode de vie », continue M. Audet. 

Il y a par ailleurs un peu de Dansereau dans la tendance actuelle de simplicité volontaire. Dans les années 1970, l’écologiste proposait alors plutôt le concept d’une « austérité joyeuse », évoluant quelque part entre le deuil d’une consommation devenue opulente et la rencontre de nouvelles richesses sociales et naturelles. « Aujourd’hui, on va beaucoup parler de décroissance en termes de processus économique. Mais on a oublié l’autre aspect de l’équation, l’aspect joyeux. Celui de retrouver le bonheur ailleurs », évoque M. Audet.

Cet article devait paraître dans l’édition papier du printemps 2020 qui a été annulée en raison de la COVID-19.

Crédit photo Service des archives | UQAM

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